Tout au long du 20ème siècle, les femmes ont utilisé la mode comme un outil de féminisme. Leur style leur a permis de bouleverser le statu quo et de prendre leur place dans la société. Découvrons ensemble 10 vêtements avec lesquels elles ont pris le pouvoir.

Pendant des siècles, les femmes ont été emprisonnées dans leurs vêtements. “La silhouette féminine était coupée en deux”, explique la journaliste Julie Rambal, “la taille soulignée par des laçages et armatures austères, les jambes cachées dans des tissus volumineux gênant le moindre déplacement. L’allure des femmes était un moyen de contrôle.”  Alors que les habits des hommes étaient destinés au travail et au mouvement, ceux des femmes étaient tournés vers l’esthétique et vers… l’immobilité.

Dès la fin du 19ème siècle, les femmes commencent à remettre en cause le statu quo et à faire entendre leur voix. Leur outil principal ? La mode ! Les vêtements deviennent pour elles un moyen de provocation, une manière de bousculer l’ordre établi et de prendre le pouvoir. Depuis le pantalon bouffant jusqu’au blazer, en passant par le bikini et la mini-jupe, découvrons ensemble 10 vêtements qui ont révolutionné le statut de la femme.

1. Le Pantalon Bouffant, premier pas vers une garde-robe plus confortable

En 1850, le “Bloomer” ou pantalon bouffant est l’un des premiers vêtements féministes à trouver un écho à travers le monde, grâce à un groupe de Suffragettes. Ces dernières considèrent l’évolution de la garde-robe féminine comme partie intégrante de leur bataille pour le droits des femmes.

Selon elles, les robes et jupes longues limitent leur liberté de mouvement. Le but n’est pas de faire un affront aux hommes mais de permettre aux femmes de vaquer à leurs occupations de manière plus sécurisante et confortable. Vous vous imaginez, vous, faire vos corvées du dimanche en jupe longue ? Pas moi.

Le Bloomer est très vite passé de mode car les femmes ne le trouvaient… pas très esthétique.

Le Bloomer était le plus souvent porté en-dessous d’une jupe plus courte.
Library of Congress, Washington, D.C. (digital. id. cph 3b49861)
Le Bloomer était le plus souvent porté en-dessous d’une jupe plus courte.
Library of Congress, Washington, D.C. (digital. id. cph 3b49861)

2. La Robe “Flapper”, paillettes et décadence

Ce n’est un secret pour personne : la Première Guerre Mondiale a bouleversé la place des femmes dans la société. Durant cette période, elles ont été contraintes de reprendre les activités des hommes partis au combat et ont été au-delà des traditionnelles tâches domestiques. Dans la foulée, en août 1920, les femmes américaines se voient octroyer le droit de vote.

C’est le début des années folles, et l’indépendance des femmes est bien en marche. Elles s’émancipent et n’ont pas peur de l’afficher : elles fument, elles boivent, elles font l’amour et dansent le Charleston… lovées dans leurs robes “flapper”, ornées de strass, de paillettes et de franges. La petite révolution apportée par ce vêtement ? Contrairement à ses prédécesseurs, il ne marque pas la taille. C’est la fin de la séparation entre le haut et le bas du corps ; la fin du règne du corset.

Une particularité ? Parmi les vêtements qui ne marquent pas la taille
Une particularité ? Parmi les vêtements qui ne marquent pas la taille

3. Le costume deux pièces – Le masculin au féminin

Dans les années ‘30, alors que les femmes sont doucement en train de prendre leur place dans le monde du travail, elles réclament de plus en plus de droits économiques et politiques.

C’est dans ce contexte que Coco Chanel imagine sa version du costume deux pièces. Elle l’a voulu sophistiqué mais aussi confortable, à l’image des costumes de ses amants. La créatrice n’a pas été la première à créer des costumes pour femmes, mais elle a largement contribué à les populariser. Porter un costume Chanel, c’est incarner le pouvoir masculin au féminin.

Costume Chanel
Costume Chanel

C’est l’héritage de Chanel qui inspire l’iconique Smoking d’Yves Saint Laurent en 1966. Bien que le style ne soit plus nouveau, le designer lance une véritable émulation autour de cet ensemble emprunté au vestiaire masculin. Malgré tout, cette tendance reste controversée. Une femme qui s’habille en homme : une drôle d’idée ?

Le costume n'a plus de sexe / Getty Images
Le costume n’a plus de sexe / Getty Images

Pas vraiment ! Faisons un bon dans les années 80. Les femmes prennent de plus en plus de place dans le monde du travail, et le smoking conjugué au féminin devient de plus en plus courant. Selon Shira Tattant, professeur et auteur, “Porter un costume était attendu de celles qui voulaient être prises pour des femmes d’affaires sérieuses, mais celles qui le faisaient étaient critiquées par certaines féministes, qui voyaient dans cette tendance une manière d’imiter les hommes.”  Dilemme.

4. Le bikini, “plus petit que le maillot de bain le plus petit du monde”

Quittons cet open space austère et allons faire un tour à la piscine, juste après la Seconde Guerre Mondiale. En 1946, Louis Réard, ex-ingénieur automobile, invente le bikini. Il le qualifie de “plus petit que le maillot de bain le plus petit du monde”. Au départ, personne n’ose le porter et Réard peine à trouver une mannequin prête à promouvoir sa création. Le maillot de bain est qualifié de “scandaleux” et est interdit sur les plages de plusieurs pays européens, dont la France.

(Pourtant, le bikini est loin d’être nouveau… On en retrouve des traces dans l’Antiquité, et même à la période du Néolithique…)

Les mœurs s’adoucissent dans les années 1950 et le maillot de bain deux pièces devient alors un vêtement populaire, grâce, entre autres, à Brigitte Bardot. Contrairement à ce que pouvaient penser ses détracteurs, le maillot de bain deux pièces n’a rien de sexuel : il célèbre la liberté et la joie de vivre. Le corps des femmes peut enfin sortir de sa tanière.

Le bikini de Réart porté par Micheline Bernardini, danseuse du Casino de Paris lors de sa présentation à la piscine Molitor

5. La Mini Jupe – Emblème des années 60

Nous sommes en plein dans les années 60, les femmes ont désormais accès à la pilule contraceptive et le divorce est légion. Les femmes continuent à prendre du galon, et leur garde-robe en est témoin. Leurs jupes, qui cachaient jadis leurs chevilles, remontent désormais… jusqu’au-dessus de leurs genoux. C’est la designer Mary Quant que l’histoire retient comme pionnière de la mini-jupe, mais Mary ne s’attribue pas cette création. “Ce sont les filles qui déambulent sur King’s Road qui ont inventé la mini”, confie-t-elle au Telegraph.

La “mini” est vite adoptée par toutes les femmes, qu’importe leur âge ou leur classe sociale. Ce vêtement représente une manière de dépasser leurs rôles traditionnels d’épouse et de mère et de s’inventer une nouvelle identité.

La mini-jupe / Photo : Popperfoto/Getty Images
La mini-jupe / Photo : Popperfoto/Getty Images

6. La robe “nuisette”

La tendance de la robe nuisette (“Babydoll dress”) des années ‘60 s’inscrit dans la lignée de celle de la mini-jupe. Mais elle va encore plus loin. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une robe, ce vêtement qui colle à la peau des femmes depuis des siècles.

La révolution sexuelle a libéré les garde-robes féminines, et le confort prime enfin sur la coupe des vêtements. Tout comme la robe “flapper” des années ‘20, la robe nuisette ne marque pas la taille. Sa coupe droite symbolise le rejet de la forme de la femme “parfaite” en “sablier”, qui était revenue en force dans les années ‘50. La Babydoll est un symbole de rébellion pour les jeunes Mods qui l’ont rendue populaire.

Miu Miu, qui revisite la robe lors d’un défilé en 2016, la décrit comme “une armure contre le conservatisme pour les femmes.”

La Babydoll / Photo : Getty Images
La Babydoll / Photo : Getty Images

7. Le soutien-gorge de sport

Nous avons parlé de robes, de costumes, de maillots de bain, de pantalons et de jupes… mais pas encore de vêtements de sport ! Il est temps d’y remédier. Nous sommes en 1970. Les femmes font du sport, bien sûr, mais un bémol les empêche d’en profiter pleinement : le manque de soutien au niveau de la poitrine. Deux femmes, Lisa Lindahl et Hinda Millier, ont décidé de prendre ce problème à bras-le-corps. Elles donnent naissance au “Jog Bra” en 1978. Cette invention permet aux femmes de se faire une place de plus en plus importante dans l’univers du sport et de, tout simplement, continuer à s’épanouir dans des activités non-domestiques.

Jogbra, Inc. Records, Archives Center, National Museum of American History, AC1315-0000026. © Smithsonian Institution
Jogbra, Inc. Records, Archives Center, National Museum of American History, AC1315-0000026. © Smithsonian Institution

8. Le jean

Le jeans existe depuis presque un siècle lorsque le premier modèle féminin est mis sur le marché, fin des années ‘50. Ce pantalon est alors intimement lié à la rébellion des adolescent.e.s qui ne se retrouvent pas dans le conservatisme ambiant de l’époque. Porté par les femmes en particulier, le jeans représente le pouvoir et la force. Depuis, la popularité de ce pantalon n’a fait que grandir. Dès 1965, la production des pantalons pour femmes dépasse celle des jupes, et en 2017, 72% des femmes disent porter un pantalon tous les jours. Il y a fort à parier que la plupart de ces pantalons sont… des jeans.

Levi Strauss & co
Levi Strauss & co

9. La Robe Portefeuille

En 1974, Diane von Furstenberg invente la robe portefeuille. La “Wrap Dress” est aux années ‘70 ce que la robe Nuisette fut aux années ‘60 : un symbole de liberté sexuelle et de libération de la femme. Son point fort ? Elle est aussi sensuelle que pratique. Démunie de boutons et de zipper, elle s’enfile et se noue en quelques secondes. Le corset est désormais un très, très lointain souvenir… Lorsqu’on lui demande d’où l’idée de cette robe lui est venue, la créatrice rétorque : « Si vous essayez de vous échapper sans réveiller un homme endormi, les fermetures éclair sont un cauchemar.” Tout est dit. La femme est désormais maîtresse de sa vie, à la maison comme au travail.

Vogue #1549
Vogue #1549

10. Le Blazer

Porté avec un pantalon ou avec une jupe, pour aller travailler ou pour sortir, le blazer est une pièce emblématique du dressing des femmes des années 1980. Avec ses épaulettes larges et ses coupes “oversize”, le blazer véhicule le message que les femmes peuvent être aussi puissantes que les hommes. Cette veste, synonyme d’élégance et de féminité, reste encore aujourd’hui incontournable.

L'indémodable blazer
L’indémodable blazer

Cela fait des décennies, voire des siècles, que les femmes utilisent leur garde-robe pour remettre en cause le rôle étroit que la société leur a attribué.

Choisir de porter telle robe ou tel pantalon n’est pas un geste anodin : c’est une réelle démarche proactive. Selon l’historienne de la mode Deidre Clemente, “Les tendances ne sont pas le reflet du changement, elles sont un élément constitutif du changement.”

Le style que nous choisissons d’adopter nous permet d’incarner et d’affirmer notre identité. Nos tenues contribuent à faire connaître nos intentions. Nos vêtements lancent des mouvements.

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Par  Chloe Van Dooren,

Rédactrice et coach de 31 ans, Chloé est animée par la curiosité. Comment les êtres humains fonctionnent-ils ? Pourquoi développent-ils certains comportements ? Comment sont-ils arrivés là où ils sont aujourd’hui ? Ces interrogations guident sa vie et ses écrits… Toujours saupoudrés d’humour et de fantaisie.

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