A l’instar du kilt ou du whisky, la cornemuse est devenue l’un des symboles les plus célèbres de l’Ecosse. Mais connaissez-vous vraiment les origines de cet instrument millénaire ?

Quand vous entendez le doux son de la cornemuse, à quoi pensez-vous ? La plupart d’entre nous pensons instinctivement au pays des Highlands ou encore la Bretagne. Pourtant, presque 80 cornemuses sont recensées aujourd’hui … Alors comment s’y retrouver ?

Les recherches historiques récentes permettent d’affirmer que les cornemuses existent depuis longtemps, vers environ 3000 ans avant J.-C. dans toute l’Europe. Nous pouvons alors mentionner le Nord de l’Afrique, la Scandinavie, la Russie ou encore l’Inde. 

Des mystères persistent quant à ses origines aux vues du peu de preuves archéologiques dont nous disposons aujourd’hui. 

Retour sur les origines de cet instrument fascinant et quelque peu mystérieux…

DES CORNEMUSES EN EGYPTE ANTIQUE ?

Et oui, la cornemuse a des origines que vous ne soupçonnez pas !

Rechercher une origine commune entre les différentes cornemuses est un vrai casse-tête ; il est d’ailleurs possible que cet instrument ait été créé simultanément ou à des époques différentes, et cela dans des régions très éloignées.

Cependant, les recherches des historiens nous permettent de supposer que la cornemuse tirerait ses origines en Egypte antique. En effet, nous retrouvons de nombreuses représentations de chalumeaux doubles.

Quelques céramiques grecques témoignent également de cette origine antique déployée autour du bassin méditerranéen. On y voit des joueurs d’Aulos, ancêtre des cornemuses. Ce sont alors des clarinettes et des hautbois primitifs composées de tuyaux en roseau ou en bois percés munis d’une anche simple ou double. L’ajout d’une poche pour remplacer la technique du souffle continu a constitué la première cornemuse ! Des débris de cet instrument sont retrouvés dans des pyramides égyptiennes datant d’environ 300 ans av. J.-C.

Joueuse d’aulos double ; poterie grecque attique à figure rouge, vers 480 av. J.-C

L’instrument se développe pendant l’Antiquité gréco-romaine autour du bassin méditerranéen, puis les romains l’exportent lors de leurs campagnes.

Ces informations nous sont parvenues grâce à certaines sources littéraires antiques. En effet, d’après Procope (fin du Ve siècle – vers 562) la cornemuse est l’instrument de marche des légions romaines. Qui l’aurait cru ? 😉 Cependant, rien ne permet de conforter cette théorie car nous disposons aujourd’hui que peu de témoignages. Mais Suétone dans sa célèbre œuvre « Vie des douze Césars » évoque alors cet instrument joué par l’empereur Néron (37-68)

Sur la fin de sa vie, il avait fait le vœu solennel, s’il triomphait de ses ennemis, de jouer de l’orgue hydraulique, de la flûte et de la cornemuse, pendant les jeux qu’on célébrerait pour sa victoire ; de se faire histrion le dernier jour de ces fêtes, et de danser le Turnus de Virgile. 

Enfin au début de l’ère chrétienne, on joue de la cornemuse dans tout le bassin méditerranéen. Au Moyen Age, la cornemuse est très populaire et on en joue dans les cours royales de toute l’Europe. Cependant à la fin de la période, sa popularité baisse et la cornemuse se joue de moins en moins – sauf en Ecosse.

ET POURQUOI AUJOURD’HUI UN SYMBOLE ECOSSAIS ?

Dans les îles britanniques, les historiens attestent les premières preuves d’existence de la cornemuse en Angleterre au Moyen Age. Instrument populaire, c’est à partir du XIe siècle que l’instrument se développe tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il se compose alors de bourdons, d’une poche et d’un chalumeau.

Nous retrouvons par ailleurs de nombreux exemples à cette période et ce dans différents domaines tels que sculpture ou encore la littérature. Le terme de « bagpipe » (cornemuse) est déjà mentionné dans les célèbres contes de Canterbury de Chaucer en 1386 ! 

Et l’Ecosse dans tout ça ? 

La première mention d’une cornemuse apparaît dans une pièce écrite par le roi Jacques Ier et dans un registre de paiement aux musiciens de la cour au début du XVIe siècle. Dans les régions gaéliques, cela est encore plus tardif : dans la terre des highlands, nous retrouvons une référence 1549 ; pour l’Irlande, il faut attendre la littérature de la fin des Tudor.

Doit-on alors en conclure que la cornemuse n’existe pas en Ecosse avant cette date ? Certainement pas !

Aucun document historique ne prouve une existence plus ancienne. Mais plusieurs hypothèses soulevées par les historiens dans les années 1980 évoquent une présence antérieure de l’instrument en Ecosse.

Piper, soldat et tambour d’un régiment de Highlanders – par I S Muller – 1774 – (National Museum of Scotland Ref. M.1966.109)

De nos jours, la cornemuse écossaise « scottish highland bagpipe » est mondialement connue. Mais pourquoi un tel succès ?

Au XVIIIe siècle, le sonneur de cornemuse possède un rôle très important au sein des clans écossais. En effet, il possède certaines responsabilités. En outre, il doit accompagner le chef de clan, jouer lors de divers évènements, ou encore être présent lors des combats. Peut-être pour transmettre des ordres ?

Nous pouvons également mentionner sa popularisation par les fanfares militaires intégrant les cornemuses des régiments de Highlanders écossais. En effet, ces derniers sont dans l’armée royale de l’Empire britannique.

Notons également l’émigration écossaise en Amérique du Nord, en Nouvelle-Zélande ou encore en Australie. Cette dernière contribue à la diffusion de l’instrument dans toutes les terres de l’Empire partout dans le monde.

Véritable symbole identitaire, la cornemuse apparaît aujourd’hui comme une tradition écossaise pourtant ancrée dans de nombreux pays. La notoriété exceptionnelle de la cornemuse écossaise cache parfois que cet instrument se joue dans de nombreux pays. Ni qu’il existe sous des formes très variées dès l’Antiquité ! Mais cette notoriété contribue aujourd’hui à la construction identitaire écossaise et d’un imaginaire collectif, son histoire et ses traditions.

Sur ce, je vous laisse pour aller écouter un petit extrait de « Flowers of Scotland » 😉

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Par Morgane Lelong,

Licenciée d’histoire-patrimoine, j’achève désormais mon Master Gestion du Patrimoine Culturel. Je me suis spécialisée dans la médiation que je pratique actuellement à la Direction de l’Archéologie du Pas-de-Calais. Arrageoise, je suis amoureuse de ma région que j’aime découvrir mais également faire découvrir au plus grand nombre. Passionnée de lecture, d’histoire médiévale et d'archéologie, je suis également une grande curieuse et touche à tout. J’ai soif d’apprendre et j’adore transmettre, vous l’aurez compris !

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