Guerres, écologie, féminisme, humanisme, la photographie est un médium artistique profondément politique. Sans Photoshop, une image ne capte que le réel, ce qui se déroule devant les yeux du photographe sans retouche.

Certains photographes, en véritable artiste, ont dédié leur vie et leur métier à leur engagement politique. On vous a donc concocté un top 10 des expositions de photographies engagées qu’il ne fallait surtout pas louper.

1. « Legacy – Yann Arthus-Bertrand » à la Grande Arche de la Défense, Paris

Présentée en 2019 à la Grande Arche de la Défense, l’exposition retrace presque 50 ans de travail photographique réalisée par Yann Arthus Bertrand. Oui, ce nom vous dit quelque chose puisqu’il s’agit du réalisateur du film Planète Océan (2012) ! Cette exposition s’est tenue sur le toit de la Grande Arche. Elle offrait simultanément une vue incroyable sur les tours de la Défense et les clichés les plus iconiques de l’artiste. Vues de notre magnifique planète prise depuis une montgolfière. Portraits d’agriculteurs africains avec leurs troupeaux et images de notre quotidien en Europe.

L’exposition est à la fois l’héritage photographique de Yann Arthus Bertrand et notre héritage à nous. En tant qu’humains vivant tous ensemble sur Terre. En plus d’être un cinéaste et photographe célèbre militant pour l’écologie, Yann Arthus Bertrand a aussi créé une fondation. GoodPlanet influence aujourd’hui la politique française en matière d’environnement. Toutes ses expositions sont résolument engagées. Chapeau l’artiste !

2. « Cote à cote ou face à face – Israéliens et Palestiniens : 50 ans de photographies par Jean Mohr » au Musée de la Croix-Rouge, Genève

Proche de nos frontières françaises se trouve l’humble ville de Genève où la Croix-Rouge, fameuse association, a été créée en 1864. Un siècle plus tard, en 1988, le Musée International de la Croix-Rouge y a ouvert ses portes. Toutes leurs expositions soutiennent le travail de l’association : elles donnent à voir le travail de photojournalistes qui documentent la guerre, l’exil, la souffrance des victimes. Car le conflit israélo-palestinien est toujours malheureusement d’actualité, nous avons choisi pour ce top 10 l’exposition « Cote à cote ou face à face – Israéliens et Palestiniens », qui s’y est tenue entre 2003 et 2004.

Jean Mohr n’est pas un photographe de guerre. Son travail montre la vie des victimes de conflits, leurs exils, leurs vies dans les camps de réfugiés, mais aussi la souffrance des Casques bleus, soldats et travailleurs sociaux devant les accompagner. Il ne photographie pas la violence des conflits. Bien au contraire, Jean Mohr rend hommage aux victimes avec une photographie sobre, en noir et blanc. Il donne à voir les conséquences humaines d’un conflit. Une des expositions les plus engagées pour la paix.

3. « JR – Momentum » à la Maison européenne de la Photographie (MEP), Paris

S’il y a bien un artiste français dont le travail est défini par l’engagement, c’est JR. Street artiste à la renommée internationale, le but de son art n’a jamais changé : attirer l’attention sur des lieux oubliés et négligés par la création d’œuvres démesurément grandes. Si vous avez un doute, rappelez-vous de son installation au Musée du Louvre où il a fait disparaitre la pyramide !

L’exposition qui s’est tenue à la MEP entre 2018 et 2019 est la première rétrospective de l’artiste dans une institution muséale majeure. Elle réunissait différents exemples de son travail : graffiti, collages, photographies et installations reprises de ses séries iconiques « Portrait d’une génération » et « Women are heroes ». Si JR n’est pas à proprement parler un photographe, ses graffitis et collages monumentaux sont connus uniquement grâce à des photographies. Doublé par son engagement sans faille auprès des communautés ghettoïsées de banlieues parisiennes ou des favelas au Brésil, cette exposition mérite sa place au sein de notre top des expositions de photographies engagées.

4. « Autour d’Izis, Boubat, Brassaï, Doisneau, Ronis et les autres. La photographie humaniste, 1945-1968 » à la Bibliothèque nationale de France, Paris

Les horreurs commises pendant la Seconde Guerre mondiale n’ont eu cesse de hanter les journalistes les ayant documentées. Izis, Boubat, Brassaï, Doisneau, Ronis et les autres ont tous arpenté une Europe meurtrie par la guerre en 1945. Certains, comme Robert Doisneau, ont même documenté l’ouverture des camps de concentration. Profondément marqué, leur travail ne s’est jamais vraiment détaché de ce travail journalistique. La photographie humaniste, courant artistique qu’ils ont développé, est justement définie par cette imagerie en noir et blanc, douce, mais puissante. Ils donnent à voir aussi bien le quotidien dans l’Europe de l’après-guerre que le fond de l’âme humaine. Cette exposition qui a eu lieu en 2006 à la Bibliothèque nationale de France retrace la vie de ces photographes engagés et raconte ce grand moment de l’histoire de la photographie.

5. « Dorothea Lange – Politiques du visible » au Jeu de Paume, Paris

Avant la Seconde Guerre mondiale, la photographie n’était pas considérée comme un médium artistique : elle servait à illustrer un texte journalistique. Lors de la Grande Dépression suivant le Krach boursier de 1929, le gouvernement américain décida de financer quelques photographes pour documenter la vie quotidienne de ses citoyens, dont Dorothea Lange.

À travers cette rétrospective tenue en 2018 sur le sol français, le Jeu de Paume démontre que Dorothea Lange a été le précurseur de la photographie humaniste. Ses images des familles américaines appauvries par la crise financière sont aujourd’hui iconiques. Mais elle a aussi photographié les Japonais internés dans des camps aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces clichés, cachés jusqu’en 2006, ont été présentés pour la première fois en Europe à l’occasion de cette rétrospective. Décédée dans les années 60, Dorothea Lange est restée une photographe engagée jusqu’à la fin de sa vie. À travers cette exposition, le musée français lui rend sa place dans l’histoire de la photographie.

The Miriam and Ira D. Wallach Division of Art, Prints and Photographs: Photography Collection, The New York Public Library. (1937). Cotton sharecropper
family. Macon County

6. « Pictures by Women: A History of Modern Photography » au Museum of Modern Art (MoMA), New York

S’il y a bien un médium artistique qui est féminin, c’est la photographie : Dorothea Lange, Sabine Weiss, Diane Arbus, Berenice Abbott, Nan Goldin, Cindy Sherman et Kiki Smith ne sont que les plus connues. Malheureusement, les femmes sont souvent oubliées par l’Histoire… À travers cette exposition, le MoMA corrige le tir en leur rendant leur place dans l’histoire du médium. On ne peut pas dire que les images exposées ont toutes un contenu engagé, mais la démarche du musée est dans ce contexte fondamentalement militante. On se devait donc de lui donner une place dans ce top des expositions engagées !

7. « Déclarations, exposition photo de Sebastiao Salgado » au Musée de l’Homme, Paris

L’intérêt de JR pour les favelas au Brésil est hérité de l’imagerie de Sebastian Salgado, le plus célèbre des photographes humanistes brésiliens. Il s’est spécialisé dans la capture des conditions de travail difficiles des mineurs en Amérique du Sud et en Afrique, et plus récemment dans la retranscription de la vie des migrants en exil aux quatre coins du monde.

Encore en activité aujourd’hui, Salgado utilise toujours la méthode argentique, comme les humanistes de l’après-guerre. Ses clichés sont définis par un fort contraste entre le noir et le blanc intensifiant et magnifiant le sujet photographié. En 2019, le Musée de l’Homme a sélectionné 30 images de l’artiste pour illustrer les articles de la Déclaration des droits de l’Homme. L’institution parisienne rend ainsi un magnifique hommage à l’engagement d’un des plus grands photographes contemporains. L’une de ses dernières expositions « Genesis » fait également partie des expositions engagées que nous aurions aimé pouvoir ajouter à ce top.

8. « Soulèvements » au Jeu de Paume, Paris

En 2017, le Jeu de Paume a présenté « Soulèvements ». L’exposition donne à voir l’iconographie du «soulèvement », d’un militant qui harangue la foule à la levée d’une barricade. Ce qui rend la visite mémorable, c’est la présence des quatre photographies du camp d’Auschwitz prises par les hommes du Sonderkommando, c’est-à-dire les juifs chargés d’accompagner leurs pairs jusqu’aux chambres à gaz et de brûler les corps ensuite. Pendant le IIIe Reich, il existait une photographie officielle des camps par les nazis dans le but de soutenir le système au sein des administrations.

Ici, c’est l’inverse. Il s’agit des clichés saisis clandestinement par les victimes de ce même système. La notion de soulèvement ? Dépasser l’interdit, dépasser la mort, la sienne et celle des autres. Malgré leur rôle terrible, ces images sont la preuve que ces hommes résistaient à l’horreur des camps. Elles sont un acte de soulèvement, elles sont un acte d’engagement. Bien que l’exposition ne soit pas uniquement dédiée à la photographie, la présence de ces clichés l’a fait immédiatement rentrer dans notre top.

9. « Controverses – Une histoire juridique et éthique de la photographie » au Musée de l’Élysée, Lausanne

Une des plus célèbres expositions engagées de photographies a été organisée par le Musée de l’Élysée en 2011. Cette exposition thématique ne présente que des images qui ont créé le débat, la controverse. Réunissant des photographies célèbre, comme celle de Lewis Caroll, auteur d’Alice aux Pays des Merveilles, ou méconnu, comme celle terrible des corps entassés à l’ouverture du camp de la mort de Bergen Belsen, l’exposition contraint le spectateur à vivre le choc produit par chaque cliché. Elle l’interroge sur sa place de spectateur, dans l’exposition et face au drame humain photographié. En retraçant une histoire éthique de la photographie, le musée lausannois montre bien qu’un appareil photo est l’arme de combat du photographe engagé.

Alice Liddell as a beggar-maid (from the story of Cophetua). Supposed tear hole or ink-blot in photo digitally removed. This was first published in Carroll’s biography by his nephew: Collingwood, Stuart Dodgson (1898) The Life and Letters of Lewis Carroll, London: T. Fisher Unwin, pp. p. 80 Retrieved on 22 December 2010.

10. « Don McCullin » à la Tate Britain, Londres

L’appareil photo est une arme. Don McCullin, le légendaire photographe de guerre, le sait bien. Pour ses 84 ans, la Tate Britain à Londres a organisé une rétrospective de son oeuvre. Immense, l’exposition présentait l’ensemble des travaux de l’artiste. Comme les humanistes en leur temps et Salgado, McCullin utilise l’argentique pour produire des tirages en noir et blanc intenses dans lesquels il donne à voir la profondeur de la misère du monde. Ses images de soldats après le combat, épuisés, sales, fumant des cigarettes, sont iconiques. Elles relèvent simultanément l’intensité du combat et la vacuité de la violence entre les hommes. Don McCullin est si célèbre qu’Angelina Jolie a annoncé préparer un film sur la vie du photographe. Tom Hardy pourrait incarner le personnage. On ne sait pas vous, mais à la rédaction, on est impatient de voir ça !

Par Eva Szereda,

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Eva Szereda

Enfant déjà, Éva arpentait les musées parisiens. Son préféré ? Le Musée d’Orsay ! Après des études en Histoire de l’Art à Paris et en Muséologie en Suisse, c’est le marché de l’Art qui remporte son cœur. Aujourd’hui, Éva parcourt quotidiennement les salles des ventes parisiennes, pour son plus grand bonheur !

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