Leatrice Eiseman, directrice exécutive du Pantone Color Institute, décrit le Classic-Blue comme une couleur qui évoque « le ciel immense et infini du soir ». Le Classic-Blue, élu couleur pantone de l’année 2020, donne un ton onirique et céleste à cette cinquième édition du Colorama Street Art Festival.

L’une des motivations principales du Colorama festival est de se démarquer par sa charte graphique établie en fonction de la couleur pantone de l’année. Ce festival fait aussi la part belle à l’essence originelle du street art en plaçant au centre l’éphémère des lieux. Du 3 octobre au 3 janvier, l’art urbain se décline dans toutes ses formes à l’ancien hôtel Bellevue à Biarritz. 28 artistes de toute la France ont décidé de relever le défi en mettant au point une création artistique ayant strictement recours au bleu.

La rencontre décisive de Grems et Myriam Kanou, à l’origine du Colorama

Affiche du Colorama Street Art Festival
Affiche du Colorama Street Art Festival

Depuis la première édition, Michaël Eveno alias Grems et Myriam Kanou sont les figures de proue de l’évènement. Le Colorama Street Art Festival, est né d’un partenariat professionnel et artistique entre eux deux. En 2016, Grems, à la fois graffeur, designer et rappeur, a alors en tête de créer le meilleur festival de street-art. Le bon accueil des artistes de tous horizons est une des clés de son succès depuis cinq ans :

Quand un artiste est bien accueilli, ça donne toujours un résultat surprenant.

Grems

Myriam, directrice du festival, participe aussi pleinement à son organisation et s’appuie sur le travail avec les marques. Elle travaille depuis 22 ans dans une boite de production : Migal Productions Spectacles. Elle décide de créer avec Grems l’agence Mykka Agency à Biarritz, tournée vers la création artistique, l’événementiel et le management de projet, à l’origine de la marque Colorama qui devient le Colorama Street Art Festival en 2016. La rencontre avec Grems s’est d’abord faite autour de sa musique avant de se poursuivre sur le terrain artistique :

J’ai d’abord monté sa tournée musicale. Il a refait la façade de la salle de l’EMB à Sannois avec le collectif Anyway studio puis un an après on est parti sur le projet du Colorama Street Art Festival

Myriam Kanou
Façade de l'Hôtel COLORAMA
Façade de l’Hôtel COLORAMA

Ce festival est un patchwork de styles urbains

L’idée est de montrer le maximum de styles dans le street art pour comprendre sa diversité. Il encourage depuis les premiers instants cette rencontre d’artistes réunis pour faire bouger les lignes du street art, bien au-delà de cette définition « fourre-tout » qu’on lui attribue. Un raccourci que pointe du doigt Grems :

Street-art n’est pas un mot fourre-tout où graffiti, pochoiriste, affichistes et muralistes sont mélangés. Les 10 % d’artistes du graffiti s’ennuient vraiment dans ces règles trop réductrices et veulent faire évoluer le graffiti vers une peinture plus contemporaine et singulière.

Comme les éditions précédentes, les street artists s’adonnent à leur art dans un lieu éphémère voué à la destruction en respectant la couleur pantone de l’année, un concept unique qui fait la force du festival.

La particularité du Colorama, c’est d’utiliser uniquement la couleur pantone de l’année. Chaque édition, on se calque sur cette couleur tendance. L’année dernière, les street artists devaient utiliser la couleur corail et l’année d’avant, en 2018, l’ultra-violet. Les éditions précédentes, on avait fait construire plusieurs garages et cette année, ce n’est plus le cas. Certains viennent par envie de se dire : j’ai vu ça avant et maintenant ça n’est plus là.

Myriam Kanou

Le Colorama occupe un nouvel espace

Pour cette cinquième édition, le Colorama Street Art festival a décidé d’investir un tout nouveau lieu avant une ultime destruction : l’ancien hôtel Bellevue, à présent rebaptisé Hôtel Colorama, un espace de 700 mètres carrés sur quatre étages avec un labo de recherche ambiance start-up, entre autres. C’est donc la dernière édition du festival Colorama qui va changer en une Biennale d’Art Internationale à l’horizon 2022. Cette année, le festival n’est pas seulement ouvert aux street-artists confirmés : il accueille également 6 écoles de Biarritz du CP au CM2, dans les conditions réelles d’un street artist. Ils ont une salle pour eux et ils utilisent le médium dont ils ont envie. Cette action culturelle aussi aura lieu d’octobre à décembre.

L’ouverture à tout type de public est justement une caractéristique majeure :

J’ai eu des très bons retours d’un large panel de personnes. Ils sont ravis du choix d’utiliser une seule couleur, car le rendu est très digeste et homogène.

Myriam Kanou

Même son de cloche du côté de Grems qui affirme que cette contrainte de la couleur pantone permet de mettre tout le monde d’accord et que chaque artiste soit au même niveau. Le succès est tel que le système de réservation a rapidement affiché complet bien que le festival soit en accès libre.

L’organisation d’un festival de cette envergure est généralement compliquée et la COVID a rendu cette partie encore plus houleuse. La COVID a non seulement entraîné le report de la date du festival qui aurait dû avoir lieu initialement en août mais a aussi imposé ses règles. Cette édition s’est déroulée dans des conditions particulières. Autre modification de dernière minute : la fermeture temporaire du festival depuis le reconfinement.

Focus sur Brusk et Jace Ticot, deux artistes de cette édition

BRUSK

Cédric alias Brusk peint depuis 30 ans. Très tôt, il s’intéresse de près au street-art. À l’âge de 20 ans, il rentre à l’École des Beaux-Arts de Saint-Etienne. Son approche est à la fois cérébrale et engagée, aux antipodes d’une démarche artistique qu’il désigne comme trop tournée vers l’esthétique finale à la place de la réflexion qui reste un incontournable pour Brusk. Son art est débordant de vie. Touche-à-tout, il mêle le dessin, la peinture et le graffiti sur des supports variés. Son art se nourrit des événements de sa vie et de causes qui lui tiennent à cœur. Street-art rime pour lui avec changement et mouvement :

Un de mes bonheurs, c’est d’aller d’un médium à l’autre. Je pratique depuis pas mal d’années et mon identité artistique s’est affirmée avec le temps.

BRUSK

Il travaille beaucoup autour de la couleur et pratique le dripping style d’une toute autre manière que Jackson Pollock. Le concept de la déchirure jalonne ses créations. Depuis quelques années, il s’est éloigné du milieu du street art en zone urbaine pour se diriger vers une pratique en atelier. Ce qu’il aime plus que tout, c’est l’essence même du street art : apporter de la vie à l’environnement et s’approprier un espace pour toucher ses pairs. C’est ce qu’il a fait au Colorama Street Art Festival : apporter de la vie dans l’Hôtel Bellevue quand tout restait à décorer. Grems, son ami, l’avait déjà contacté l’édition précédente, mais c’est cette année qu’il s’est déplacé à Biarritz. Il y a découvert une bonne ambiance propice à la création :

J’étais présent à l’hôtel pendant cinq jours positifs. Moi, qui souvent bosse seul dans mon atelier, ça m’a changé. Il y avait une euphorie ambiante agréable.

Respecter la couleur bleue a été, pour lui, un challenge à la fois inspirant et difficile. Sa création au Colorama ? Une énorme chauve-souris trône au sommet de la cage d’escalier de l’hôtel sans oublier des chauves-souris bleutées qui ornent les murs à proximité.

JACE TICOT

Jace Ticot a lui aussi été nommé dans la liste des 28 street artistes nationaux du Colorama Street Art Festival. Depuis 1989, il peint dans la rue. Il crée alors un petit personnage emblématique de la Réunion : le gouzou, bien avant l’apparition du mot « street art ». Adepte de la bombe de peinture, il aime se focaliser sur l’essentiel dans ses créations à l’image du gouzou dans sa plus simple expression : « pas de visages, ni de mains, ni de pieds ». Au gré de ses déplacements, le gouzou orne toujours plus de murs :

Je m’amuse avec le gouzou. Je le représente dans des situations variées.

Jace Ticot

Son approche artistique est selon lui, modeste et décomplexée au service du plus grand nombre. Au moment de sa nomination au Colorama, il était justement en France métropolitaine. Une aubaine pour lui. Il se dit ravi d’avoir participé au festival pour la qualité et la diversité de la line-up ainsi que pour la proximité directe avec la plage de Biarritz. Un environnement qui l’a influencé jusque dans son œuvre au Colorama :

Je me suis retrouvé au niveau de l’escalier ce qui n’était pas prévu initialement. Je me suis donc adapté et j’ai réalisé une scène de surf avec une vague géante qui épouse la forme architecturale de l’escalier. Avec bien sûr quelques gouzous pour agrémenter le tout. Le bleu, c’était une véritable contrainte, car j’utilise en général une débauche de couleurs ! Mais avec les contraintes, on sort de sa zone de confort et c’est là que l’on devient original et plus créatif. Cette consigne a permis d’avoir un ensemble très homogène malgré des styles complètements disparates.

Les 28 artistes du Colorama Street Art Festival

BRUSK · MOMIES · BAULT · POPAY · MOSA · JAIN · IRSUT

OBISK· CLARA GUELFI · LANDRY A · DIFUZ · CLÉA LALA · LORCOLORS · BABS

CHARLIE PHILIPPON · MADAME HUBERT · CHARLOTTE ESQUERRÉ · JACE · ZETO

CLÉMENT LAURENTIN · FLORE DELAGE · LORRAINE MOTTI · CHARLINE GROËN

BOKU · GILBERT · MARIE PRESSMAR · PANDORA DECOSTER · PHIL QUATRE

Infos utiles

DU 03 OCTOBRE 2020 AU 03 JANVIER 2021

OUVERT TOUS LES WEEK-END ET VACANCES SCOLAIRES

DE 10H À 12H30 — DE 14H30 À 19H30

HÔTEL COLORAMA — 5 AVENUE EDOUARD VII, 64200 BIARRITZ – FR

TARIFS : ENFANTS : 3€ / ADULTES 5 €

Par Audrey Poussines,

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Audrey Poussines

Journaliste web et print passionnée par les faits de société, la culture, l'environnement, le sport et bien d'autres rubriques. En matière de sport, je suis très intéressée par les sports extrêmes. Je suis aussi une fan d'art urbain et d'art moderne, de gastronomie du terroir et exotique, captivée par tout moyen d'expression : danse, littérature, musique...

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