Autrefois, seuls les nobles et les bourgeois pouvaient investir leur généalogie.

A présent, c’est devenue un loisir à part entière pratiquée massivement. La numérisation et l’augmentation de l’offre d’outils de recherche facilitent aussi grandement l’accès à la généalogie. Retour sur les bienfaits de la généalogie.

Bien des choses s’éclairciraient si nous connaissions notre généalogie.

Gustave Flaubert

Cette citation résonne bien avec l’importance de connaître ses ancêtres.

La généalogie : qu’est-ce que c’est ?

Partir en quête de ses origines est vital. Certains le font par plaisir. D’autres y voient un enjeu important pour retrouver des origines et des ancêtres insoupçonnés. Parfois même un parent pour les enfants nés sous X.  L’arbre généalogique matérialise graphiquement les différents liens de filiation entre membres d’une même famille.

Certains viennent de s’y mettre quand d’autres sont plongés dans leur arbre généalogique depuis plus de 10 ans. Jean Louis Beaucarnot, journaliste spécialisée en généalogie annonce dans son livre La généalogie facile, les raisons pour lesquelles on commence à investir sa généalogie.

Non seulement elle est accessible à tous, mais elle est la porte ouverte sur l’aventure et la passion, comme elle permet aussi de se resituer en découvrant ses origines et des réseaux de parenté pouvant venir rompre bien des solitudes nées de la vie moderne.

Même son de cloche pour Gilles Prévost, rédacteur en chef de Généalogie magazine: « 

Dans une période où les repères deviennent plus flous, où l’on perd du sens, revenir sur son arbre généalogique est une façon de retrouver de la fixité dans sa vie.

C’est aussi le troisième passe-temps des français après le jardinage et le bricolage. Ils seraient 4 millions de français à pratiquer la généalogie. Et les jeunes s’y mettent de plus en plus tôt. Deux tiers des moins de 35 ans auraient déjà démarré des recherches pour en savoir plus sur leurs ancêtres.

Grand parchemin généalogique
Grand parchemin généalogique

Un atout biographique et historique

Jeanne est employée à la Fédération Française de généalogie qui regroupe environ 150 associations en France et en Outre-mer. Elle se consacre à la promotion de la généalogie. Le rôle de l’association est aussi d’assurer la défense de certains principes de généalogie et d’organiser des évènements nationaux . Les congrès par exemple, lieu où tous les acteurs de la généalogie sont présents : libraires, archivistes, éditeurs de logiciels…

Jeanne a bien voulu nous aiguiller.  En 2020, elle a remarqué que beaucoup de personnes se sont laissé embarquer par de telles recherches alors qu’ils ne se destinaient pas à en faire. C’est donc un travail laborieux et enrichissant.

Faire son arbre généalogique, ce n’est pas seulement remplir des cases, c’est aussi s’immerger dans le passé et comprendre leur mode de vie. A force de recherche on peut apprendre beaucoup de choses sur comment ils vivaient.

Elle compare alors volontiers la recherche généalogique à une véritable enquête policière. Les apprentis enquêteurs se transforment alors en historiens de la famille.

Selon elle, chacun va trouver son compte dans la généalogie. Puis va se spécialiser sur une facette ou une autre de son arbre.

On peut se spécialiser en fonction de l’avancée de ses recherches. Il y a des gens qui vont remarquer que leurs ancêtres se dirigent vers un certain type de métier. D’autres vers une zone géographique particulière. On en apprend aussi sur les époques. Savoir si un de ces ancêtre a vécu à une période marquée par la guerre. On s’est aussi rendu compte grâce à la généalogie, des raisons de certaines migrations professionnelles. C’est le cas des maçons de la Creuse qui sont allés massivement à Paris pour travailler.

Vue de l'éditeur généalogique Geneanet
Vue de l’éditeur généalogique Geneanet

Evina a beaucoup investi Geneanet. Comme beaucoup, elle a rapidement accroché, motivée par des découvertes croissantes.

Je trouve que c’est une recherche passionnante et qui fait du bien. Savoir ce qu’ont traversé nos ancêtres est particulièrement prenant surtout quand on est descendant comme moi de Guadeloupe et d’Afrique. Cela m’a permis d’apprendre des petits détails. J’ai cherché dans un premier temps à retrouver mes aïeuls. Du côté de mes origines antillaises, j’ai réussi à remonter jusqu’à un ancêtre né en 1776. Il venait directement d’Afrique pour être esclave en Guadeloupe. Il a vécu la seconde abolition de l’esclavage en 1848 et a pu enfin être plus qu’un numéro. Impossible pour moi de remonter plus loin, je ne sais même pas de quel pays d’Afrique il venait. En tout cas, toutes ces recherches m’ont fait une piqure de rappel sur l’histoire. « 

Pour démarrer ses recherches, on commence d’abord par interroger sa famille. Puis petit à petit on va chercher plus en profondeur dans des actes notariaux. Des livrets de famille, des livrets militaires, des actes de naissance et des actes de mariage… Parfois, les recherches se complexifient et il est bon de se sentir soutenu par une association ou même de se rendre aux archives.

Jeanne ajoute avec entrain.

Les bienfaits de la généalogie sont légion. En se renseignant sur son histoire de famille cela permet de faire un point sur son histoire personnelle et de comprendre qui l’on est. C’est aussi un moyen de faire des découvertes inattendues. Parfois il arrive que certains se rendent compte qu’ils ne peuvent pas aller plus loin dans leurs arbres car leurs ancêtres n’ont pas de pères ou de mères officiels. La généalogie offre alors la possibilité de rechercher l’acte d’abandon. Une délivrance pour beaucoup. On peut aussi parfois tomber sur des ancêtres qui ont fait de la prison ou du bagne. C’est donc aussi un formidable outil de culture générale.

La numérisation facilite les recherches en généalogie

Les outils numériques comme les éditeurs d’arbres en ligne deviennent incontournables et très pratiques. Généatique ou Heredise par exemple. Sans compter les sites comme Geneanet et Filae qui rivalisent d’ingéniosité pour attirer toujours plus de passionnés ou d’amateurs. La numérisation de la généalogie depuis les années 80 a donc incontestablement favorisé son essor

Aujourd’hui il y a beaucoup de gens qui tiennent un blog sur la question. Ce sont les geneablogueurs. Maintenant il est très simple d’obtenir l’accès à ses actes en ligne grâce à des sites comme Geneanet et Filae qui proposent des indexations d’actes. Avant les années 80, c’était beaucoup moins pratique car il fallait se rendre dans plusieurs mairies où l’on devait s’adapter aux horaires contraignants. On n’était même pas sûr de trouver ce que l’on recherchait. La numérisation permet de conserver plus longtemps les registres. Le plaisir de la recherche reste authentique : pour parfaite son arbre, se rendre aux archives est un passage important en plus d’investir des outils numériques.

Arbre généalogique
Arbre généalogique

Autre atout de la numérisation ? Le partage en ligne d’un arbre commun par des membres de la même famille qui ne se connaissent pas encore et qui vont s’aider mutuellement. La généalogie est donc souvent un travail collectif, loin de l’image du généalogiste solitaire qu’on peut imaginer. Ces sites généalogiques deviennent alors de véritables bourses d’échanges.

Des évènements multiples dans toute la France

Le salon de la généalogie est organisé depuis six ans par la mairie du 15ème arrondissement. Chaque année, c’est le haut lieu de rencontre d’associations, de centres d’archives et d’acteurs professionnels de la généalogie. Là-bas on croise de tous les âges et les personnes viennent pour des motifs divers. En octobre 2020, la Fédération Française de généalogie a organisé la première édition du salon de la généalogie exclusivement en ligne. Le Gene@2020, du jamais vu. Tout le territoire français est concerné.  Une opportunité pour attirer plus de monde. A défaut de la semaine nationale de la généalogie qui a rapidement prit fin en France. Contrairement au Canada très friand de cet événement. 

Salon de la généalogie 2020
Salon de la généalogie 2020

Des outils facilitants comme les magazines spécialisés et les livres

La Revue française de généalogie, crée en 1979, propose des méthodes et des conseils pour tous ceux qui souhaitent faire des recherches dans le domaine de la généalogie. Il y est aussi possible de connaître toutes les ressources, contacts et sites d’archives de son département. Généalogie magazine, mensuel édité depuis 1982, est aussi une valeur sûre.

Le livre de Jean Louis Beaucarnot : La généalogie facile peut aussi grandement aider. Dans ce guide est expliqué comment mener ses recherches et toquer aux bonnes portes pour exploiter toutes les sources qui pourraient apporter des informations précises. Les recherches deviennent plus accessibles grâce à une approche complète détaillant près de 500 mots indispensables pour tout apprenti généalogiste. Le journaliste a récemment été remis sous les feux des projecteurs en faisant des révélations fracassantes sur la généalogie de personnalité politique. Marine Le Pen, serait, selon lui, descendante de Mahomet. Emmanuel Macron descendrait supposément d’Hugues Capet.

Anecdote cultur'easy sur la généalogie
Anecdote cultur’easy sur la généalogie

Un apport scientifique et psychologique : le boom des tests génétiques et de la psycho généalogie

Les tests génétiques sont sur presque toutes les lèvres. Plusieurs médias se sont penchés sur la question : Marianne qui mentionnait davantage les points négatifs de tels tests ou encore dans l’émission Flash Talk sur France O. My HeritageADN est un des tests les plus connus.

Pour Jeanne, employée à la Fédération Française de généalogie, les tests font débat.

En France, il est interdit de faire ces tests. La protection des données est très importante bien qu’ils s’avèrent bien utiles. Grâce aux tests les plus précis, certains ont pu trouver des ancêtres en plus de connaître leurs origines. De plus en plus de gens s’y mettent mais selon moi sans arbre généalogique, ils ne sont pas utiles.

Gilles Prévost, lui souligne que ces tests sont plus ou moins fiables mais n’ont pas grand-chose à voir avec la généalogie.

Les résultats sur les origines ancestrales sont fiables car ces sociétés s’appuient sur des bases de données reconnues. Notamment celles du Human Genome Diversity Project (HGDP). Celui-ci rassemble des données génétiques des populations du monde entier ayant permis d’identifier les marqueurs génétiques communs à 52 groupes de population. Cela signifie que les populations de certaines régions du monde ont des marqueurs génétiques communs bien identifiés, avec un faible taux de mutation.  Ces sociétés ne font que reproduire ce que l’on sait déjà en génétique. Mais attention, cela reste des statistiques, pas de la généalogie !

La psychogénéalogie, inventée dans les années 70, permet d’expliquer des traumatismes actuels à travers une histoire familiale insoupçonnée. Les psychothérapeutes qui font de la généalogie peuvent aider les patients grâce a cette connaissance. La généalogie en général peut parfois permettre de déceler des maladies ou une propriété héréditaire dont on peut remarquer la présence dans certaines branches de l’arbre généalogique. On parle alors d’hérédité biologique. Idem pour les tests ADN qui mettent en avant les détails biologiques de sa parentèle. Ces tests permettent alors de prévenir certaines maladies.

Bien que ces tests possèdent de nombreux aspects positifs, ils sont encore à considérer avec des pincettes. Ils peuvent être à l’origine d’une certaine forme de discrimination. Les tests en vue de déceler des maladies ne sont pas a mettre entre toutes les mains. Des personnes ont par exemple décidé de se soigner ou encore de s’amputer d’un membre alors même que le danger n’était pas imminent et que les résultats étaient incertains.

Preuve de son dynamisme, la généalogie attire désormais les enfants, fait surprenant. C’est ce qu’annonce le rédacteur en chef de généalogie magazine.

La généalogie est désormais au programme de l’Éducation nationale, des classes de maternelle jusqu’en 6e. C’est une activité culturelle et pluridisciplinaire par nature. Elle permet d’aborder l’histoire ou la découverte du temps, mais aussi les mathématiques, la géographie, le français… Elle peut avoir une place de choix en tant qu’activité ludo-éducative, d’éveil, de découverte, d’exploration. Par ailleurs, la pratique généalogique avec le jeune public favorise le « vivre ensemble » à tous les niveaux. Elle encourage les liens interfamiliaux et intergénérationnels, et la prise de conscience du patrimoine dont nous sommes porteurs.

En bref, la généalogie a encore de beaux jours devant elle.

Par Audrey Poussines,

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Audrey Poussines

Journaliste web et print passionnée par les faits de société, la culture, l'environnement, le sport et bien d'autres rubriques. En matière de sport, je suis très intéressée par les sports extrêmes. Je suis aussi une fan d'art urbain et d'art moderne, de gastronomie du terroir et exotique, captivée par tout moyen d'expression : danse, littérature, musique...

1 Comment

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    Merci pour ce passionnant article sur la généalogie qui m’a donné envie de reprendre mes recherches. La psycho-généalogie présente aussi un certain intérêt.

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