Considéré comme l’un des ouvrages les plus mystérieux jamais découverts, le manuscrit de Voynich reste, aujourd’hui encore, impénétrable. Depuis 600 ans, érudits, linguistes, cryptologues, services secrets… tous tentent de déchiffrer son énigmatique langage. De ses origines aux recherches les plus récentes en passant par ses divers propriétaires, décryptage !

La redécouverte du manuscrit de Voynich

En 1912, l’antiquaire et bibliophile polonais (naturalisé américain) Wilfrid M. Voynich se trouve en Italie pour affaires. Il cherche à acquérir une partie de la collection de livres anciens détenue par les jésuites du collège de Mondragone (sud de Rome). Parmi la trentaine d’ouvrages médiévaux qu’il achète se trouve le parchemin qui le rendra célèbre. Environ 200 pages, format in octavo (23 x 15 cm), couverture simple, pages en vélin (peau de veau servant de support à l’écriture, considérée comme plus noble que le parchemin traditionnel), rien ne le prédestine à sa renommée future. Rien, si ce n’est son alphabet inconnu et ses curieuses illustrations… Non titré, le manuscrit prend dès lors le nom de son propriétaire et déchaîne sans relâche les passions.

Un long voyage jusqu’aux Etats-Unis

La bibliothèque Beinecke qui conserve le manuscrit de Voynich
La bibliothèque Beinecke qui conserve le manuscrit de Voynich

Accompagnant le manuscrit, une lettre de Johannes Marcus Marci (recteur de l’Université de Prague), datée de 1666, nous en apprend davantage sur son histoire. Premier propriétaire mentionné, l’empereur du Saint-Empire romain germanique Rodolphe II l’acquiert, avant 1611, pour une importante somme. On admet alors que l’ouvrage est de Roger Bacon, éminent érudit anglais du XIIIe siècle. Il passe ensuite entre les mains du médecin de Rodolphe II, Jacobius Sinopius et de l’alchimiste Georg Baresh. Puis, son ami Marci en hérite, avant de l’envoyer à Athanasius Kircher dans l’espoir d’être traduit.

Au cours des deux siècles suivants, le livre intègre les collections du Collège romain puis du collège de Mondragone. Voynich entre alors en scène. A sa mort, les propriétaires successifs sont sa veuve, Ethel Voynich, une amie proche, Anne Nill, et le libraire Hans Peter Kraus. Ce-dernier tente sans succès de revendre le manuscrit, avant d’en faire don à la bibliothèque Beinecke de l’Université de Yale (États-Unis). Il y est conservé depuis 1969.

Portrait de l’empereur Rodolphe II par Hans von Aachen / Musée d’Histoire de l’art de Vienne
Portrait de l’empereur Rodolphe II par Hans von Aachen / Musée d’Histoire de l’art de Vienne

Le manuscrit de Voynich serait un traité d’alchimie médiévale ?

Bien qu’il reste indéchiffrable, les illustrations présentes dans le manuscrit de Voynich laissent croire en un traité d’alchimie. Cette ancienne discipline a pour buts la transmutation des métaux communs en métaux précieux, et la confection d’un élixir de longue vie. Six sections se distinguent dans l’ouvrage.

Tout d’abord, la botanique avec de nombreux dessins de plantes, similaires à ceux des herbiers contemporains. Puis, l’astronomie (ou astrologie), avec des représentations d’étoiles, de phases de la Lune, de constellations… Viennent ensuite des pages traitant de biologie, cosmologie (étude de la structure de l’Univers) et pharmacologie dont les figures évoquent des organes ou des détails de végétaux utiles à un apothicaire (ancêtre du pharmacien). Enfin, l’ouvrage se conclut par une liste à puces de plusieurs pages.

Page triple de la section astronomie - astrologie comprenant différentes représentations stellaires / Bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits / manuscrit de Voynich
Page triple de la section astronomie – astrologie comprenant différentes représentations stellaires / Bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits / manuscrit de Voynich

Les premières tentatives de traduction

Dès son achat, Voynich fait parvenir des copies de l’ouvrage aux érudits désireux de le traduire. Tous s’avouent vaincus. Les nombreux schémas de botanique et d’astronomie n’aident d’ailleurs pas au décryptage ; la plupart sont considérés comme fictifs. Dans les années 1920, William R. Newbold propose, le premier, une traduction du texte. Il suppose alors un traité scientifique de Roger Bacon sur la vie organique, écrit dans un latin simplifié et codé. Dès 1928 et la publication de ses résultats, il se voit contredit par John M. Manly. En effet, celui-ci découvre que le système de Newbold repose en partie sur des écailles d’encre ou d’aspérités du vélin.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour d’Alan M. Turing et William F. Friedman, les cryptographes américains ayant déchiffrés les codes nazi et japonais, de déclarer forfait. Les années 1970, quant à elles, sont marquées par les travaux de deux autres spécialistes : Robert S. Brumbaugh (professeur à l’université de Yale) et Prescot Currier (cryptographe de l’US Navy). Pour le premier, le livre est encodé selon un système numérique. Il propose, par ce procédé, la traduction de plusieurs noms de plantes et d’astres, mais reste défait par le texte principal. Le second conclut à un ouvrage écrit par plusieurs auteurs utilisant leurs propres codes. Les recherches récentes, assistées par ordinateurs, semblent corroborer cette thèse.

Une nouvelle théorie tous les 6 mois…

Depuis le début des années 2010, la presse se fait écho des nombreuses nouvelles tentatives de traduction du manuscrit. Une tous les 6 mois en moyenne selon Kate Wiles (historienne et linguiste à l’université de Londres), mais toutes restent peu concluantes et ne font pas l’unanimité.

Quelques exemples notables :

  • En 2014, Stephen Bax (linguiste) pense identifier une dizaine de mots en faisant appel à la linguistique comparée. Cette même méthode a été utilisée par Champollion pour déchiffrer les hiéroglyphes en 1822.
  • En 2017, Stephen Skinner (spécialiste des ouvrages d’alchimie) attribue le manuscrit de Voynich à un auteur juif du nord de l’Italie. Il se base sur l’absence de symboles chrétiens et sur l’architecture des châteaux dessinés en marges du livre.
  • En 2019, Ahmet Ardiç (passionné de linguistique) considère l’ouvrage comme une transcription du turc ancien. Gérard Cheshire (chercheur à l’université de Bristol), lui, fait sensation avec sa thèse : un ouvrage thérapeutique rédigé en proto-roman par des sœurs dominicaines en Italie, à l’intention de la reine d’Espagne Marie de Castille. Selon lui, cette langue aujourd’hui disparue, est l’ancêtre de nos français, espagnol, italien, portugais, catalan ou encore galicien actuels. Cette théorie sera très vivement critiquée.
  • En 2020, enfin, Rainer Hannig (égyptologue) penche pour un manuscrit en hébreu…

Sujet à de nombreuses théories, des plus fouillées aux plus conspirationnistes, le manuscrit de Voynich reste l’un des mystères de l’humanité

600 ans après sa rédaction, il continue de tenir en échec les meilleurs esprits et systèmes informatiques. A tel point que certains pensent à un canular…

Si vous souhaitez vous mesurer au Voynich, sachez qu’il est accessible sur le site internet de la bibliothèque Beinecke, ou en reproduction auprès de la librairie espagnole Siloe, pour la modique somme de 8 000€…

Nous nous sommes alors dit qu’il serait intéressant de vous le mettre à disposition ici.

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Par  Aurélien Nicole ,

Diplômé en Histoire et en Gestion du patrimoine culturel, c’est à Paris 1 Panthéon-Sorbonne qu’Aurélien termine ses études. D’expérience en expérience, il côtoie les plus grandes institutions muséales françaises, mais aussi les associations au plus près du patrimoine local. De retour dans sa région, il choisit Arras pour implanter son activité d’indépendant. Gestion de collections, production d’expositions, conseil, rédaction d’articles, enseignement… il est toujours dans l’action avec pour objectifs : assouvir sa curiosité et transmettre.

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