En voilà un être mystérieux et dont les contours interrogent depuis la nuit des temps. La différence, la magie, le changement, la transformation, la mort. La sorcière, cet être obscur, contient en son sein tant d’éléments mystiques que l’on peine à en définir les limites ou encore les pouvoirs.

Jean Veber – « Les Sorcières ou Tandem » (1900); lithographie en coul. ; 56,7 x 45,2 cm (f.); Éditeur : Duchâtel ([Paris]) / Wikicommons.
Jean Veber – « Les Sorcières ou Tandem » (1900); lithographie en coul. ; 56,7 x 45,2 cm (f.); Éditeur : Duchâtel ([Paris]) / Wikicommons.

Dans notre inconscient collectif, nous connaissons tous la sorcière comme être vicieux et trompeur.

En effet, il suffit de se tourner vers les dessins animés de notre enfance pour y découvrir une vieille femme aux atours inquiétants. Parée d’un chapeau pointu noir, un nez crochu souvent habillé d’une verrue et un rire démoniaque, elle s’adonne à des sortilèges sordides.

On la voit tantôt mélanger des produits plus infectes les uns que les autres au sein de son énorme chaudron, tantôt faire des invocations monstrueuses. Un autre ami fidèle de la sorcière se révèle sa fameuse boule de cristal. Souvent, lorsqu’elle nous évoque l’avenir, la sorcière use d’énigmes pour suggérer sans trop dévoiler, ce qui accentue cette part impalpable de son essence.

Un être aux multiples facettes

Dans sa dimension spirituelle, elle se fait sibylle, magicienne, guérisseuse ou encore nécromancienne. Au contraire, dans sa forme mythique, elle est représentée comme vivant dans des contrées cachées, dans les bois, les endroits méconnus et les chemins sinueux.

La sorcière incarne l’indicible, l’occulte, l’étrange, l’apparence, le sournois. Etre de secrets, de profonds mystères, à la fois magique et hideux, fascinant et repoussant. Diurne comme nocturne, elle se fait créature polymorphe et omnipotente. Son ambivalence n’a de cesse d’attiser les curiosités de tout un chacun…

Sorcière, sorcière, qui es-tu ?

Bien que les origines de la sorcière soient très anciennes, cet être de l’ombre est toujours le fruit de nombreux questionnements. Tantôt force obscure, persécutée et chassée, tantôt créature lumineuse, nous peinons à savoir où se trouve la limite poreuse entre fiction et réalité. Enfin, qu’en-est-il de la dimension symbolique ?

Sarah Bernhardt jouant une sorcière / Wikicommons
Sarah Bernhardt jouant une sorcière / Wikicommons

La naissance des sorcières

Pour  connaître les origines de la sorcière, il convient de remonter à l’Antiquité. A cette époque, selon le mythe, les sorcières venaient de Thessalie. Là-bas, elles attiraient  la lune à elles lors d’un rituel afin de se nourrir dans ses rayons de pouvoirs sombres et malveillants.

A l’image d’un chaman, elle se nourrissait de la nature et avait sur cette dernière un contrôle total. Médiatrice, elle pouvait communiquer avec les esprits, les entités et les énergies. Selon les sorcières, le soleil était attribué aux forces masculines alors que la lune était attribuée aux forces féminines. De nombreuses références à la sorcière ont été usitées très tôt à en croire la mythologie grecque.

L’exemple de Circé

Circé apparaît dans le chant X de  l’Odyssée. Qualifiée par Homère de magicienne aux pouvoirs démiurgiques, cette dimension se fait très rapidement le prélude à celle du néfaste, de la sorcellerie. Le mythe raconte que quand Ulysse en a fait la connaissance, cette dernière a transformé ses compagnons en porcs. Tout de suite mois enchanteur en effet.

Outre ce mythe, nous pensons également à la déesse Hécate qui était connue pour sa sorcellerie ou encore Médée, être de cruauté suprême et mère éhontée qui dévora ses enfants.

Avec ses multiples visions, la sorcière étonne et bouscule. Elle voit ce que l’on ne peut voir, manipule nos réalités et nos perceptions. Avec ses philtres, elle brouille nos repères et nous perd, si bien que nous peinons à savoir si nous sommes bel et bien dans le réel.

Le sabbat : qu’est-ce donc ?

Etymologiquement, le Sabbat vient de Sabasius, qui signifie Bacchus, dieu romain lié à son pendant grec Dyonisos. Il s’agissait, selon la légende mystique, de fêtes, d’assemblées nocturnes de sorcières. Lors de ces célébrations avaient lieu danses, orgies, rites, prières. Ces lieux de rencontres étaient en général réfléchis à l’avance : ils se passaient toujours au contact de la nature, loin de toute trace humaine, dans des forêts lointaines ou des clairières par exemple.

Hans Baldung - « Le sabbat des sorcières » / Wikicommons
Hans Baldung – « Le sabbat des sorcières » / Wikicommons

Toujours d’après la légende, le sabbat prenait acte la veille des fêtes chrétiennes, voire même dans la nuit du jeudi au vendredi.

C’est à partir du Moyen-âge que le sabbat des sorcières commence à être pointé du doigt

En partie car selon les catholiques, ces réunions nocturnes étaient le fait de crimes. Une autre raison se veut purement lexicale : le Sabbat ressemblant au Sabbath juif, une analogie s’est créée entre les deux termes. Si bien que l’antisémitisme et la sorcellerie finirent par être les branches d’un même arbre…

Peu de temps après sont apparus les premiers stéréotypes du sabbat. Il était dit que les sorciers et sorcières s’enduisaient entièrement d’un onguent fait d’enfants sacrifiés. Plutôt sympa non ?

Et ce n’est pas tout, apparemment, la cérémonie était tenue par le Diable en personne. Enfin pas vraiment parce qu’il était représenté par un bouc. En effet, en réaction au catholicisme le dieu cornu s’est transmué en Diable. Les sorciers, par geste d’adoration, s’empressaient d’aller lui baiser l’anus. Et si…

Ces réunions étaient la preuve d’un rejet du christianisme encore accentué par les fameuses orgies entre les sorciers et les démons succubes et incubes.

La chasse aux sorcières

Ce n’est pas une surprise, les réactions contre le christianisme, d’autant plus à cette période, ont fini par avoir raison des sorciers. La chasse aux sorcières s’est déroulée entre 1450 et 1700 et on en décompte environ 100 000  tuées. Pourquoi des sorcières en particulier ? Parce qu’on était déjà dans une époque emprunte de misogynie. Oui oui, déjà en ce temps là.

Tony Grist – « Sabbat » / Wikicommons
Tony Grist – « Sabbat » / Wikicommons

 Lors de la suprématie de la chrétienté, la persécution commença. Selon une pièce de théâtre hollandaise datant du XIVè siècle:

Une jeune chrétienne rentrait chez elle un soir, quant le Diable l’aborda. Ce dernier lui soumit sa volonté : elle devenait sa maitresse et, en échange, il lui enseignait la nécromancie et les sept arts libéraux y compris l’alchimie.

Dans une dimension moins candide, pour les catholiques, les sorcières étaient également perçues comme les putains du diable.

Et la dimension symbolique dans tout ça ?

Comme nous l’avons dit, lorsque l’on pense à la sorcière de prime abord, nous en avons une certaine vision bien ancrée. Une femme repoussante et inquiétante. Mais n’est-ce pas quelque peu réducteur ? Il existe par exemple des images bien plus érotiques de la sorcière en tant que force sexuelle. D’aucuns évoquent même son ballai phallique pour témoigner de cette attitude transgressive.

Boule de cristal / Wikicommons
Boule de cristal / Wikicommons

La sorcière peut s’avérer dangereuse. Elle représente le meurtre et la trahison. Dans les contes, elle séduit sous des airs de douceur maternelle et de candeur enfantine pour mieux capturer ses proies. Cependant, si la sorcière nous effraie, elle peut également représenter une étape nécessaire à la vie de l’être humain, pour le pousser dans ses retranchements et le pousser à changer. Quoi ? Comment-ça vous dites-vous ?

Même si on la targue d’être un personnage toxique, mortel même, la sorcière apparait au centre vital de l’ordre

Elle remet en cause ce qui semblait immuable. Transforme nos réalités en nous permettant peut être de les remettre en question, afin de nous conduire à  notre vraie nature. Elle crée ou met un terme à l’ordre établi. Elle fait bouger les choses et permet, grâce à ses potions, la métamorphose. Et n’est-ce pas lorsque notre vie devient insupportable que nous décidons d’emprunter un autre chemin ? Parfois, cette nouvelle voie est exactement celle qu’il nous fallait prendre…

Emma Watson joue le rôle de la sorcière Hermione Granger dans la saga Harry Potter
Emma Watson joue le rôle de la sorcière Hermione Granger dans la saga Harry Potter

Bien qu’il s’agisse d’un être mystique, il est pourtant le fait de réalités historiques et sociales qui sont les nôtres, peut-être est-ce là son vrai pouvoir, celui de se faire miroir du monde avant tout.

Par Leana Zocolan,

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Les mots, c’est la seule chose qu’on ait et qui nous reste, quoi qu’il arrive, la seule trace gravée sur le papier. J’écris depuis que j’ai l’âge de tenir un stylo parce que c’est ma façon à moi de respirer, de reprendre une bouffée d’oxygène. Dire l’amour, la haine, la colère, la joie, les goûts et les choses, dire et se dire, je trouve qu’il n’y a rien de plus puissant.

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