De Verdun à Vichy, le Maréchal Pétain a laissé un souvenir ambigu dans l’Histoire de France. (Re)découvrez le portrait d’un homme à deux visages, à la fois héros national et traître à la patrie.

Symbole de la Première Guerre mondiale, Philippe Pétain incarne aussi la Collaboration pendant l’Occupation allemande. Comment ce militaire à l’aube de la retraite est-il devenu le chef d’un État français en pleine tourmente ? Avec cette courte biographie, partons sur les traces du Maréchal Pétain, depuis le Pas-de-Calais jusqu’à l’île d’Yeu.

Philippe Pétain, l’enfant de l’Artois

Philippe Pétain naît le 24 avril 1856, à Cauchy-à-la-Tour, dans l’Artois (Pas-de-Calais). En 1870, il assiste à la défaite de la France contre les Prussiens. L’adolescent décide alors de devenir soldat. Il intègre d’abord l’école de Saint-Cyr, en 1876, avant de rejoindre l’École supérieure de guerre en 1888. Passant de sous-lieutenant à capitaine, il mène une carrière sans éclat particulier.

Il devient professeur à l’École supérieure de guerre en 1901. Ses idées sont à contre-courant de celles de l’époque. En effet, il privilégie la stratégie défensive plutôt qu’offensive. Il est commandant de la 4e Brigade d’infanterie lorsqu’il décide de prendre sa retraite. Il n’en aura pas l’occasion : nous sommes en 1914 et la Première Guerre mondiale vient d’éclater.

Comment Pétain est devenu le héros de la bataille de Verdun ?

Pour la 4ème Brigade d’infanterie, la guerre commence le 15 août 1914, sur la Meuse. Pétain s’y distingue par son énergie et sa prudence. En récompense, il devient général de corps d’armée et reçoit le commandement d’une division. Il remporte une victoire à Montceaux-lès-Provins en septembre 1914, puis à Notre-Dame de Lorette le 9 mai 1915. Impressionné, le général Joffre lui confie le commandement de la IIe armée en Champagne.

Le 21 février 1916, les Allemands attaquent Verdun. Pétain organise la résistance de la ville et l’arrivée des renforts, permettant aux Français de l’emporter. Le « Vainqueur de Verdun » passe alors commandant en chef de l’armée française en 1917. Il doit notamment faire cesser les mutineries qui se multiplient depuis l’offensive ratée de Nivelle sur le Chemin des Dames. Le 11 novembre 1918, la guerre s’achève. Dix jours plus tard, Philippe Pétain devient maréchal de France.

Général Pétain causant avec le général de B. en 1917 (photographie de presse de l’Agence Meurisse) / Gallica
Général Pétain causant avec le général de B. en 1917 (photographie de presse de l’Agence Meurisse) / Gallica

Le début d’une carrière politique

Le Maréchal Pétain reste le commandant en chef des armées françaises pendant encore 10 ans. Toujours auréolé de prestige, il devient vice-président du Conseil supérieure de la guerre en 1920. Il part comme ambassadeur en Espagne en 1939, mais revient à Paris en mai 1940. L’armée allemande vient de percer le front français, contournant la ligne Maginot. Héros de guerre, Pétain est vu comme l’homme providentiel.

Le 16 juin, il devient président du Conseil. Or, il se montre ouvertement défaitiste sur l’issue du conflit. Le 17 juin, à la radio, il déclare : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat ». L’armée française achève de s’effondrer. Elle signe un armistice le 25 juin. À Londres, le 18 juin, le général de Gaulle lance un Appel resté célèbre, encourageant les Français à continuer la lutte. C’est le début de la Résistance.

Le régime de Vichy et la révolution nationale

Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale, repliée à Vichy, donne les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Dès le mois d’octobre, celui-ci rencontre Adolf Hitler à Montoire. De cette façon, il est certain de protéger son pays. Cette entrevue marque le début de la Collaboration avec le IIIe Reich. Pierre Laval, partisan de l’Allemagne nazie, devient vice-président du conseil. L’État français adopte une politique répressive, raciste, antisémite et réactionnaire.

Au pouvoir, le Maréchal se montre particulièrement autoritaire. Il projette une grande « Révolution nationale », un retour aux valeurs qui lui sont chères. Les mots « Travail, Famille, Patrie » remplace les « Liberté, Égalité, Fraternité » de la République. Il fait l’objet d’un véritable culte de la personnalité, au travers d’affiches et de textes de propagande. En 1944, alors qu’il souhaite désigner son successeur, les Allemands l’emmènent à Sigmaringen. Il y restera jusqu’à la Libération, en mai 1945.

Anecdote : c’est au Maréchal Pétain que l’on doit l’officialisation de la Fête du Travail et de la Fête des Mères en mai 1941.

Affiche de propagande du régime de Vichy : en médaillon, le portrait du maréchal Philippe Pétain sous la devise « Travail, Famille, Patrie » au-dessus d'une francisque et d'une scène représentant la France rurale et industrielle, 1942 / Wikimedia Commons
Affiche de propagande du régime de Vichy : en médaillon, le portrait du maréchal Philippe Pétain sous la devise « Travail, Famille, Patrie » au-dessus d’une francisque et d’une scène représentant la France rurale et industrielle, 1942 / Wikimedia Commons

L’exil sur l’île d’Yeu

À son retour en France, le Maréchal Pétain se livre aux autorités. Son procès débute dès le mois de juillet. Il est accusé d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison. La Haute-Cour de justice rend sa sentence en août : Philippe Pétain est condamné à mort et frappé d’indignité nationale. Il perd son rang dans l’armée et doit se démettre de son uniforme. Tous ses biens sont confisqués ; une partie se trouve aujourd’hui au musée de l’Armée, à Paris.

En raison de son grand âge, la Haute-Cour de justice demande la transformation de la peine capitale. Par décret, le général de Gaulle gracie Philippe Pétain. Ce sera finalement la prison à perpétuité. Il est envoyé au fort de Portalet, dans les Pyrénées-Atlantiques, puis sur l’île d’Yeu. Il meurt à 95 ans, le 23 juillet 1951, et est inhumé au cimetière de Port-Joinville.La place du Maréchal dans l’Histoire fait toujours débat : pour preuve, sa tombe est régulièrement fleurie ou profanée.

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Par  Gwennaelle Massart,

Passionnée de littérature, d’art et d’Histoire, j’ai grandi au milieu des livres avant d’entamer des études de Lettres. Depuis, je suis devenue rédactrice web SEO freelance pour vivre mes propres aventures. Dans mes articles, je voyage à travers l’espace et le temps pour partager avec vous mes découvertes culturelles. On y va ?

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