Sur les traces des bâtisseurs d’autrefois, ils font renaître les chefs d’œuvres d’architecture qui ont marqué notre histoire. Lumière sur ces métiers de la restauration, fondés sur la passion du geste, de la matière, et de la transmission.

La promesse d’un héritage historique, esthétique et symbolique

Ils témoignent de nos origines et nos évolutions, de nos goûts et traditions, de notre art et notre science. Les Monuments Historiques sont les plus précieux emblèmes de notre civilisation. Tout comme nos ancêtres auparavant, nous pouvons quotidiennement contempler la grandeur des bâtiments centenaires. Caresser leurs murs, écouter leur silence et songer aux époques révolues qui les ont habités. Ainsi combien de messages restent figés dans ces édifices ? Combien avant nous, ont œuvré pour les construire ? Et leur permettre d’exister jusqu’à nos jours, alors même qu’une vie d’homme pouvait ne pas suffire pour en voir l’achèvement ?

Restauration d'œuvre d'art
Restauration d’œuvre d’art

La transmission du patrimoine bâti donne le pouvoir aux hommes de rentrer dans une connexion que le temps n’efface pas. Renouvellement d’un travail humain collectif, confrontation entres idéaux passés et visions contemporaines . Nous pouvons reconnaître avec fierté que nous sommes unis à travers les âges par cette même persévérance. Celle de l’atteinte et de la préservation de la beauté.

Le monument est inséparable de l’histoire dont il est le témoin

Article 7 de la Charte de Venise de 1964, traité international fournissant le cadre
de la préservation et la restauration des bâtiments anciens

Métiers du cœur, de la main et de l’esprit

Bien que souvent travailleurs de l’ombre et peu médiatisés, les restaurateurs du patrimoine agissent en véritables sauveurs de mémoire. Tels des passerelles de survie entre les siècles, modèles de dévouement et d’humilité. Leur mission est de transmettre l’intégrité du patrimoine aux générations futures. Le monument existe à travers des contextes différents, des sociétés changeantes, des regards nouveaux. Mais toujours, inlassablement, ils l’admirent et le protègent avec le même respect.

Restauration de pierres
Restauration de pierres

Hommes et femmes de passion, les restaurateurs du patrimoine bâti exercent dans une grande diversité de métiers. Certains travaillant directement sur le corps du bâtiment, d’autres sur les objets d’art qu’il contient. Artisans, maçons, charpentiers, ferronniers, tailleurs de pierre, maîtres verriers… Tout autant de savoir-faire qui ne peuvent être maîtrisés que par le contact infaillible du geste de la main sur la matière.

Le sens de la rigueur et de l’apprentissage

Le travail d’un restaurateur consiste en premier lieu à réaliser une étude extrêmement précise du bâtiment et de son histoire. Connaissance des moyens techniques et matériaux utilisés dans sa conception. Compréhension de ses fonctions d’origine. Vision globale de son état de conservation. Le restaurateur dispose d’une connaissance irréprochable des matériaux. La pierre, le verre, les métaux, le béton, le bois… Mais aussi des techniques traditionnelles, indispensables à toute restauration. Il veille et est constamment dans l’apprentissage de nouvelles méthodes.

Restauration de vitraux
Restauration de vitraux

Les matériaux, qui constituent la force du patrimoine, nécessitent un entretien régulier. Cela dû au fait de leur dégradation au fil des années. Les causes de ces dégradations peuvent être multiples. Vieillissement progressif des matériaux, mécanismes psycho-chimiques. Perte de matière, impact des sels et de l’infiltration de l’eau, colonisation de champignons, pollution atmosphérique… Le restaurateur réalise des tests afin d’identifier ces altérations, leur nature et leur étendue. Son objectif : soigner les maux qui touchent le bâtiment et traiter la matière pour lui redonner vie.

Un certain nombre de contraintes et de problématiques se posent avant d’établir les protocoles de restauration. Comment intégrer les constructions neuves aux constructions plus anciennes ? Comment mesurer et adapter les interventions selon les problématiques rencontrées ? Que choisit-on de sauver, de reconstruire ? Comment parvenir à retrouver les aspects exacts d’origine ? Concernant les Monuments Historiques, la part de risque ne peut exister. Chaque choix doit être étudié et éprouvé dans le temps, afin d’établir la certitude de sa fiabilité.

Des enjeux universels, au service de l’émotion patrimoniale

Tout comme l’incendie de la cathédrale de Reims en 1914, ou celui de la cathédrale de Rouen en 1940, la destruction de la flèche et de la charpente de Notre-Dame en 2019 a provoqué aux yeux de tous, plus ou moins consciemment, une émotion particulière. Une partie de notre vérité commune a subitement disparue, emportant avec elle son témoignage historique. Depuis plusieurs mois, une large communauté de spécialistes travaillent sur le chantier de restauration de Notre-Dame : artisans d’art, conservateurs, historiens, scientifiques, architectes… Les enjeux gigantesques de cette restauration impliquent la responsabilité des experts élus du chantiers, guidés par leur passion, leur patience et leur ingéniosité.

Il n’y a pas toujours de solution évidente. C’est à nous de faire preuve d’un jugement assez critique et de savoir ce que l’on peut se permettre, ce que l’on ne peut pas se permettre. Et surtout, le goût de la matière : c’est très important de se sentir proche des pièces qu’on travaille

Malo Spieler, Serrurier d’art sur le chantier de la restauration de Notre-Dame
Notre-Dame avant sa nécessaire restauration suite à l'incendie de 2019
Notre-Dame avant sa nécessaire restauration suite à l’incendie de 2019

Le soutien grandissant des grands mécènes et philanthropes

Alors qu’en France, les fonds publics de restauration peinent à progresser, de nouvelles ressources viennent au secours du patrimoine. Les grandes marques se saisissent du sujet en apportant leur soutien pour conserver les symboles de l’excellence française et refonder leur rayonnement.

À Versailles, les marques de luxes, LVMH en particulier, contribuent aux chantiers de restauration du château. Très récemment, le financement du groupe et d’autres mécènes permit la restauration de la chapelle royale et du cabinet d’angle du Roi. Concept assez novateur, le mécénat de compétence se développe depuis une quinzaine d’années. De 2004 à 2007, les entreprises du groupe Vinci sont ainsi intervenues pour mettre leur savoir-faire au service de la restauration de la galerie des Glaces à Versailles.

Sur l’actuel chantier de restauration de l’escalier en Fer à Cheval du château de Fontainebleau, les équipes de Kärcher se mobilisent.

Restauration au château de Fontainebleau  / Crédits @Marine Robert
Restauration au château de Fontainebleau / Crédits @Marine Robert

Grand mécène du projet, la marque s’est engagée dans la sauvegarde de cet emblème incontestable, marquant la mise en scène des Adieux de Napoléon à sa garde en 1814. Cet engagement marque une grande volonté.

Restaurer ce qui nous lie dans le temps, ce que l’histoire a construit de plus beau : ces symboles auxquels nous sommes attachés parce qu’ils nous unissent dans une histoire commune

Martina Ehmann, Présidente de Kärcher

Entre savoir-faire traditionnels et innovants

Chaque monument a vécu des périodes de restauration successives et porte en son corps des particularités qu’il faut étudier consciencieusement. Les techniques innovantes de Kärcher en matière de nettoyage (traitement biocides, nettoyage à vapeur) ont été pensées pour s’adapter aux dégradations spécifiques de l’escalier.

Depuis l’existence du château, plusieurs grands travaux de restauration ont été menés. Napoléon Ier, considéré comme le premier grand sauveur du château, a très largement oeuvré pour sa renaissance après la Révolution. D’autres travaux ont eu lieu sous le second Empire, puis au début du XXe siècle. On s’aperçoit aujourd’hui des imperfections des restaurations passées, jusqu’alors imperceptibles.

Des constantes avancées et remises en question

Tandis qu’au début du XXe siècle, par exemple, le ciment était considéré comme une avancée technologique miraculeuse, de part sa solidité et sa durabilité, les conséquences de son utilisation sont aujourd’hui colossales. Utilisé à l’époque pour refaire les joints et l’étanchéité des marches de l’escalier, le ciment rejette des sels qui endommagent fortement la pierre. Constituée du grès de Fontainebleau et du calcaire de l’Oise, la pierre de l’escalier est délicate et son nettoyage doit être très subtile pour ne pas l’abîmer.

Le travail main dans la main des équipes de Kärcher et des spécialistes de la restauration (charpentiers, tailleurs de pierre, sculpteurs) permet d’unir techniques traditionnelles et innovantes, depuis le nettoyage haute pression jusqu’aux ultimes travaux de finition.

Toutes les opérations sont supervisées par le laboratoire de recherche des Monuments Historiques (LRMH), entité de contrôle par excellence créé en 1967, qui accompagne le projet depuis les études préalables à l’opération.

Les protocoles qui ont été mis au point avec tous les acteurs du projet sont irréprochables. On ne se trompe pas.

Arnaud Amelot, Directeur des bâtiments et jardin du château de Fontainebleau
Sauveurs de patrimoine : ils restaurent les monuments historiques

L’apport de la recherche scientifique et technologique

La science ouvre des champs d’expérimentation inédits pour les restaurateurs. On voit émerger un dialogue de plus en plus étroit entre corps scientifique, historiens et artisans d’art. Les progrès technologiques offrent aux restaurateurs des opportunités de développement considérables grâce à des outils toujours plus performants : rayons X, microscopes électroniques, numérisation 3D, accélérateurs de particules… Le mélange entre hautes technologies et gestes ancestraux permet d’instaurer de nouvelles conditions de recherche, favorables à l’investigation de solutions innovantes adéquates.

Une restauration qui n’aurait sans doute pas pu être réalisée sans l’apport des scientifiques est celle du Palais de Iéna. Oeuvre d’Auguste Perret, architecte pionnier du béton en 1939, le Palais de Iéna, conçu pour devenir le Musée des Travaux Publics, est un véritable sanctuaire de l’architecture moderniste. 80 ans plus tard, le constat de dégradations dues aux intempéries et à la pollution montre que le béton des façades extérieures, que l’on pensait indestructible, est atteint par l’humidité. Des travaux de restauration ont été réalisés en 2016 afin de reconstituer un béton compatible avec l’ancien, et de retrouver un aspect de finition identique à celui de l’époque d’Auguste Perret. Des mois de recherche et d’analyse pour trouver la bonne composition des mortiers ont permis aux restaurateurs de travailler le béton dans le respect de la vision artistique d’origine du concepteur.

On est sur de la haute-couture du bâtiment

Hugo Pflaum, conducteur des travaux, entreprise PIERRENOEL

Aux côtés des équipes de restauration de Notre-Dame, c’est tout un chantier scientifique qui opère

Tandis que des géologues travaillent sur l’étude des pierres de la cathédrale, afin de connaître leur histoire, leur résistance à l’incendie et leurs dommages, ce sont aussi des spécialistes de l’acoustique qui étudient le modèle sonore de Notre-Dame. Grâce à un enregistrement d’un concert datant de 2013, les acousticiens peuvent analyser les mesures enregistrées et leurs propriétés, et tenter de reconstituer à l’identique le paysage sonore de la nef de la cathédrale.  Des groupes de recherches sont ainsi constitués, principalement portés par le LRMH et le CNRS, afin de créer un système d’information innovant et collaboratif, tel un véritable double numérique de la cathédrale, permettant de rassembler et de partager tout le savoir produit sur le monument.

On pourra par exemple cliquer sur une zone de la charpente et en obtenir toutes les informations connues : les datations dendrochonologiques précédentes, les analyses à venir sur les restes carbonisés, les données 3D dun relevé numérique 

Livio de Luca, directeur du laboratoire Modèles et simulations pour lArchitecture et le Patrimoine 

Métiers d’hier, d’aujourd’hui… et de demain

Toujours en évolution selon les époques qu’ils habitent, les métiers de la restauration du patrimoine bâti sont des métiers « complets ». A la fois techniques, artistiques et intellectuels, ils permettent à chacun de développer une signature particulière, tout en perpétuant la transmission des joyaux de notre histoire. Bien qu’honorés au travers des exploits de renaissance de bâtiments, ces métiers restent aujourd’hui en peine d’attractivité. Parfois mal connus, souvent peu valorisés auprès du jeune public, ils représentent pourtant un secteur d’avenir par excellence, porteur de sens et d’innovation.

KÄRCHER : NICK HEYDEN, Pistolet de Sablage pour restaurer l’escalier Fer-à-Cheval, à Fontainebleau

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Par Marine Robert,

Parisienne, libre et spontanée, elle a décidé de prendre la vie comme une aventure en provoquant l’inattendu. Férue d’art vivant et de débats culturels, son parcours lui apporte l’émotion et l’intensité qu’elle recherche. Au service de la diversité, elle aime croiser les regards, explorer les alternatives, et partager son optimisme.

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