Entre le monde de l’art et celui de l’entreprise, Frédéric Jousset n’a jamais pu choisir. Au contraire, sa « marque de fabrique » est d’avoir su parfaitement associer les deux tout au long de sa vie.

Entrepreneur, mécène, il est aujourd’hui un entrepreneur de la culture. Frédéric Jousset est né en 1970. Cet ancien diplômé d’HEC, sous-lieutenant chef de section au 6e régiment parachutiste d’infanterie de marine (6e RPIMA) à Mont-de-Marsan durant son service militaire, a eu la bonne idée au bon moment. En 2000, il cofonde avec Olivier Duha, Webhelp. Très rapidement leader des centres d’appels et des solutions de relation client, l’entreprise fait la fortune de son créateur et s’inscrit désormais comme modèle d’entreprenariat.

Mais Frédéric Jousset est aussi l’un des plus importants mécènes culturels français. Son cheval de bataille ? La démocratisation de la culture ou comment faire rentrer l’Art et la Culture dans les foyers, quelles que soient les origines socio-démographiques de chacun. Rencontre avec Frédéric Jousset, ce philanthrope culturel, dont la voix s’élève désormais pour faire entendre les intérêts du monde de la culture. Parce que la culture librement vécue est une passerelle vers l’autre.

Frédéric Jousset
Frédéric Jousset

En fin d’année 2020, vous avez décidé de vous éloigner du monde des affaires pour mieux vous consacrer à la culture. Quelles sont les raisons de ce choix ?

Cela fait plus de vingt ans que je mène mes deux passions en parallèle : l’entreprenariat et la philanthropie culturelle. Cette dernière a débuté en 2007 avec le Louvre où je suis toujours administrateur après avoir été pendant dix ans membre de la commission des acquisitions. J’ai participé au financement du chantier de fouilles d’AI Muweis au Soudan, à l’élaboration du site Internet pour le musée consacré aux enfants, ainsi qu’à la réalisation de cycles de conférences d’histoire de l’art dans les prisons de la Santé et de Poissy. J’ai d’ailleurs créé le fonds Frédéric Jousset pour les publics empêchés, toujours dans la thématique du musée hors les murs ou comment permettre au Louvre d’aller rayonner en dehors de ses « quatre murs », même s’il en a bien plus.

A 50 ans, j’ai eu envie d’unifier mes deux passions et de faire de l’entreprenariat dans la culture. C’est pourquoi j’ai lancé en novembre 2020, deux entités : ArtNova, un fonds d’investissement de 100 millions d’euros et ArtExplora, une fondation culturelle philanthropique. Les deux entités ont pour objectif d’élargir les publics de la culture.

Comment fonctionne ArtNova ?

ArtNova est un fonds d’investissement à impact, c’est-à-dire qu’il la particularité d’avoir un double dessein : celui d’un rendement financier et d’un impact, ici précisément, culturel. Les 100 millions d’euros investis proviennent de mon propre patrimoine. Ce capital dit « patient » permet ainsi de s’inscrire dans la durée et donc de financer à la fois des projets à court et long termes. ArtNova a vocation à financer des entreprises dans le secteur des industries culturelles et créatives. Après celui de la BPI, c’est le deuxième fonds du secteur pour ce qui concerne « la French touch », mode, gastronomie et cinéma inclus.

Il me permet une latitude certaine dans les investissements : participation au capital, rachat, redressement…

Le deuxième champ d’action d’ArtNova est le patrimoine en lien avec la culture. L’enjeu n’est pas uniquement la rénovation des lieux remarquables menacés de ruine mais de leur trouver une activité pérenne et rentable. C’est le cas notamment de l’hôtel du Relais de Chambord, en face du château, que nous avons rénové et qui grâce à sa rentabilité a permis de multiplier par cinq la redevance annuelle versée au château. ArtNova est un fonds à but lucratif dont 50% des plus-values seront versées au capital de la fondation pour le partage culturel et l’art explorant, ArtExplora.

Quelle est la philosophie d’ArtExplora ?

La genèse d’ArtExplora sont mes quinze années de philanthropie culturelle consacrées au Louvre et mon obsession d’aller chercher les gens qui n’iront jamais au musée. Tout est lié à mon histoire personnelle car j’ai eu la chance d’avoir une mère conservatrice à Beaubourg qui m’a emmené au musée dès mes trois ans. J’ai toujours considéré ceci comme le privilège de mon éducation et j’ai eu envie d’en faire profiter les autres quand j’ai eu les moyens matériels et la disponibilité pour le faire, après vingt ans d’entreprenariat.

J’ai créé ArtExplora sur une thèse qui est qu’en Europe, on n’a pas un problème d’offre mais de demande.

Il y a de la culture partout mais le problème c’est la concentration des publics. Seulement 45% des Français vont voir chaque année un musée ou un monument et 70% des Français n’ont jamais écouté un concert de musique classique de leur vie. Et ces chiffres sont constants à peu près partout en Europe. Cette fracture culturelle vient de facteurs socio-démographiques. Et j’ai voulu apporter ma pierre à l’édifice en luttant contre cette fracture culturelle. En partant du constat que les gens ne vont pas au musée, il faut que les musées aillent vers les gens. Il faut faire le trajet inverse. Une sorte de révolution copernicienne : amener la culture aux gens, là où ils sont.

Si on vous demande de faire le lien entre vos vies passée et actuelle ?

La continuité, c’est l’aspect entreprenariat. ArtExplora est ce que j’appelle une « start-up fondation », montée comme une start-up avec une équipe talentueuse ultra motivée, avec une plateforme technologique, avec une logique de marque. J’ai approché la création de la fondation comme j’ai approché la création de Webhelp avec mon associé il y a vingt ans. Et aussi avec des choses qui ne se sont jamais faites dans la culture. On essaie d’être très universels : ArtExplora, c’est l’art sous toutes ses formes, de toutes les origines, de tous les passeports.

La deuxième chose, c’est que nous ne sommes pas localisés. Alors comme tout le monde, nous sommes nés quelque part, à Paris, mais l’ambition est vraiment universelle. J’ai comme ambition qu’ArtExplora soit pour la culture ce que Greenpeace est à l’environnement ou Amnesty International pour les Droits de l’Homme, une fondation internationale référente.

Ma conviction est que la France qui a les plus grandes institutions culturelles au monde, qui a le siège de l’Unesco, a naturellement vocation à être le siège d’une grande fondation culturelle référente sur cette thématique de l’accès à la culture pour tous.

C’est votre combat ?

Ah oui c’est mon combat ! Et du coup, j’y mets tout ! C’est-à-dire, « tapis », comme on dit au poker. A la fois mes ressources financières, mais surtout mon temps, mon énergie, mes réseaux… J’y vais à fond et je ne fais plus que ça. Actions de sensibilisation, lobbyisme … Les initiatives d’ArtExplora trouvent un écho très favorable auprès des acteurs culturels, compte tenu des effets dévastateurs de la pandémie sur leur secteur.

C’est le cas notamment avec le prix de rayonnement, le Prix ArtExplora, créé en 2020 en partenariat avec l’Académie des beaux-arts. 150 000 euros pour récompenser les trois musées réalisant des actions visant à élargir leur public. Plus de 350 candidatures de l’Europe entière nous sont parvenues, y compris celles des musées comme Le Prado, le British Museum, le Modern Museum de Stockholm … parce que pour la première fois, nous proposions un prix muséologie.

On parle de circuit court dans l’alimentation mais il faut que cela soit aussi la même chose dans la culture. Aller chercher les visiteurs locaux et plus seulement uniquement les touristes ! Partager la culture avec tous pour que tous s’ouvrent aux autres par la culture, c’est abattre les murs qui séparent les hommes. C’est cet idéal qui m’anime depuis toujours et que je compte bien revendiquer haut et fort. 

Propos recueillis par Céline Chaudagne,

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Produit des 70’, je ne suis pas vieille mais vintage ! Femme de lettres, grande bavarde, curieuse du monde qui m'entoure. J’aime aller à la rencontre des autres et coucher sur le papier leur expérience de vie. Jouer avec les mots est dans mon ADN. La vie n'est certes pas un long fleuve tranquille, mais je vis chaque jour comme le meilleur.

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