Quand l’art se manifeste dans une beauté infinie à la sensibilité du visiteur, les émotions sont telles que le malaise survient.

C’est le syndrome de Stendhal. Vécu par l’écrivain lors de son voyage en Italie, l’hôpital de Florence étudie ce phénomène. On y accueille les touristes quand la beauté les fait défaillir.

« En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber » écrivait Stendhal

Santa Croce, bijou gothique de 1294, située à Florence abrite les tombeaux de Michel-Ange, Galilée ou Machiavel. Florence était l’une des étapes de l’auteur, une cité où la beauté est à son apogée. Tant et si bien qu’elle peut faire s’évanouir son visiteur. Le malaise de l’auteur du roman « Le Rouge et le Noir » a donné son nom à cet étrange syndrome.

Basilique  Santa Croce à Florence
Basilique Santa Croce à Florence

C’est dans les années 90, que la psychiatre Graziella Magherini, qualifia ainsi les malaises psychiques des patients qu’elle recevait à l’hôpital Santa Maria Nueva de Florence. Tous étaient des touristes étrangers souffrants de vertiges, d’évanouissements ou crises de larmes après leurs visites dans ces hauts lieux de l’art. Ses observations la conduisirent à constater que ce syndrome touchait plus les femmes célibataires de moins de 40 ans qui voyageaient seules.

Michel Ange ou l’émotion d’une sculpture monumentale

Audrey Millet, historienne, témoigne de ce vécu :

Quand l’œuvre dépasse tout, il est impossible de formaliser les émotions. C’est juste indescriptible avec des mots.

Dans la Galerie des Offices à Florence, elle se souvient du David de Michel-Ange :

La sculpture est située au fond de la galerie. Je serais incapable de me souvenir ce qu’il y avait autour de moi au moment où je m’avançai vers l’œuvre. J’étais happée, comme aimantée. Fascinée.

Comment ne pas être ému devant cette beauté de marbre blanc de Carrare ?

Elle domine à plus de cinq mètres du sol ; la statue est, à elle seule, haute de 4,30 mètres. Au-delà des dimensions, on voit le détail de l’œuvre et imagine le travail de l’artiste sur ce bloc laissé à l’abandon pendant 40 ans. Un autre sculpteur avaient attaqué le marbre mais abandonné l’estimant trop difficile à travailler à cause de sa composition. Michel-Ange, lui, s’y atèle en 1501 et la sculpture naît de ses mains en deux ans. Finesse et détail absolus de l’œuvre à partir d’un bloc de six tonnes : « On imagine le corps de l’artiste faisant corps avec le support de l’art et la douleur du travail de sculpteur», souligne Audrey Millet.

David, de Michel-Ange
David, de Michel-Ange

Michel-Ange et sa « Pietà » à la Basilique Saint-Pierre ou les œuvres de Caravage à l’église Saint-Louis-des-Français de Rome, le flux de tant de beauté touchant l’âme sans en trouver les mots a provoqué un malaise chez l’historienne. « Ce phénomène nous montre la grande puissance, le sublime des véritables œuvres d’art. », confie-t-elle.

Basilique Saint-Pierre de Rome
Basilique Saint-Pierre de Rome

Musique, paysage, destruction,  la force des émotions

Parfois, le temps s’arrête plus simplement devant la puissance de la beauté, d’un paysage inattendu.  En passant par Vinci en Toscane, une commune de 15 000 âmes, Audrey Millet se souvient encore :

J’ai visité les lieux d’enfance de Léonard de Vinci, observé les paysages qui ont bercé ses jeunes années : entre son espace de vie dans ce petit village et l’immensité des collines, il y a un côté vertigineux qui peut aider à approcher le génie de l’artiste 

Village de Vinci en Italie
Village de Vinci en Italie

Œuvre d’art, paysages… les « victimes » du syndrome de Stendhal peuvent aussi ressentir une émotion déstabilisante à travers un objet, une musique par la simplicité absolue de la beauté, celle qui accélère le rythme cardiaque, coupe le souffle.

Mais parfois, ces sentiments extrêmes peuvent pousser le visiteur à vouloir détruire l’œuvre qui touche au sublime.

Les gardiens de musée restent vigilants. Un flux émotionnel intense dans un accès de violence comme un syndrome de Stendhal inversé peut toucher les visiteurs. Ces œuvres semblent si réelles qu’elles peuvent générer une volonté de destruction, souvent en lien avec l’histoire personnelle ou des angoisses à l’idée même de vouloir passer à l’acte. Un phénomène heureusement peu fréquent.

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Par Marie-Helene Abrond,

Journaliste professionnelle, ancien chef de rubrique culture/télévision/spectacles à Bayard, enquêtrice à « Zone Interdite » sur M6, créatrice du site d’actualités culturelles « CulturActu.com », auteur actualités/culture générale/Français pour la nouvelle collection « 60 jours de préparation aux concours» aux Editions Dunod.

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