Quiconque emprunte la route du succès connaît ses courbes sinueuses et son perpétuel mouvement. Culte de la performance ? Si l’accès au prestige et à la réussite est indéniablement séduisant, la détermination humaine à s’accomplir est parfois stupéfiante.

Au rythme de ses conquêtes et de ses ambitions, l’homme se mesure à ses exigences les plus audacieuses. Le progrès se nourri de fierté, et fait surgir nos émotions les plus indomptables. Joie de la gloire, dégoût de l’échec, espoir de la réalisation… Face à la loi de l’adversité, s’offre à nous le choix de la subir ou l’affronter, l’embrasser ou volontairement la mettre de côté.

L’objectif du résultat, ou la lutte pour l’existence

Notre société contemporaine fonctionne selon une idéologie de la réussite et de la productivité, qui non seulement peut, mais doit être prouvée par des chiffres : indicateurs de croissance, de rendement, de popularité…

Plus nous gagnons en performance, plus nous sommes reconnus comme de bons éléments. C’est précisément cette évaluation de notre performance qui installe petit à petit notre rang au sein de l’imaginaire social. C’est elle qui guide le jugement que l’on porte, sur soi-même et sur les autres. La logique veut donc que nous soyons toujours plus efficace, plus rapide, plus innovant que la veille.

La performance sportive
La performance sportive

Grimper dans la sphère sociale, gagner en pouvoir et en responsabilités, battre des records : nous voulons, sans concession et sans en démordre, réussir. Il faut à tout prix tenter de se hisser, de dépasser son voisin, de franchir la ligne d’arrivée… Et là déjà, l’objectif suivant nous appelle, plus loin, plus haut. C’est un rapport constant du dominé au dominant, de celui qui existe à celui qui reste dans l’ombre. L’excellence, la victoire, la réussite : nous luttons pour y accéder, et briller un peu plus chaque jour aux yeux du monde.

La réalisation de soi : de l’utile à l’agréable

Dès les premières étapes de la vie sociale, on nous conditionne à détenir les meilleurs résultats possibles. Et ce afin de pouvoir se dessiner dans nos têtes la meilleure vie possible. L’idée d’une vision à long terme de notre existence a parfois quelque chose de profondément rassurant. Nous voulons y trouver un sens, une utilité. Nous battre pour être la meilleure version de nous-même, parce qu’il n’y a pas d’autre place disponible.

La persévérance humaine a quelque chose de fascinant. Au delà de la performance individuelle, l’humanité entière avance dans l’idée de dépasser les limites du possible, d’explorer son imaginaire pour inventer, réinventer, construire. Combien d’années nous a-t-il fallu pour développer un langage, conquérir la planète, puis la Lune, bâtir des monuments d’un grandeur inouïe, inventer Internet, créer un cœur artificiel, courir 100 mètres en moins de 10 secondes… L’espèce humaine s’illumine depuis toujours à travers ses exploits. Plus la performance est complexe, plus l’individu est respecté. Plus l’impossible est réalisé, plus l’individu est admiré. Et nous sommes, avec acharnement, avides de reconnaissance.

La performance technologique
La performance technologique

L’efficacité « ultime » comme source de bien-être

Le concept de performance s’est aussi imposé dans le monde artistique, dans une vision plus physique et esthétique, composée par la dynamique et les pulsions du corps. De la même manière, l’artiste est constamment en quête de l’accomplissement suprême, en pleine conscience et connexion avec l’instant présent. L’atteinte de cette apogée nécessite de développer une profonde énergie intérieure pour surmonter les limites de soi. La persévérance se cultive, elle se muscle.

Dans le monde sportif, le concept du « flow » explique l’état de performance maximale. L’Institut de Recherche du Bien-être de la Médecine et du Sport Santé explore dans un article sur l’état optimal de performance les sensations ressenties par les sportifs dans cet état d’alchimie. Il est si intense qu’il en devient un rêve, hors de l’espace-temps, entièrement instinctif et paradoxalement complètement maîtrisé. Cette confiance absolue est un graal que nous pouvons, sans doute, tous atteindre. Dès lors qu’une motivation intrinsèque la conduit, c’est à dire avant tout pour le plaisir, elle se suffit à elle-même. Autrement, bien que l’on puisse également trouver de la joie à travers le regard appréciatif des autres ou bien de part les récompenses obtenues, elle est généralement bien plus limitée…

La performance artistique
La performance artistique

Génération burn-out : la performance, mythe de l’épanouissement ?

On serait tenté de croire que la réussite nous rend heureux. Qu’il nous suffit de cocher les cases de nos objectifs remplis pour que notre satisfaction personnelle soit comblée. Et pourtant de plus en plus, et particulièrement chez les nouvelles générations, cette vision change. Les jeunes subissent un ras-le-bol général de la quête de performance au travail. On ne la perçoit plus comme un véritable accomplissement.

Surcharge de travail, cadence trop rapide, manque de bienveillance et d’humanité… De multiples facteurs peuvent expliquer un effondrement psychologique et un sentiment d’abandon. Mais avant tout, il peut être interprété comme un réel désintérêt dans ce fameux retour sur investissement, qui tendrait à être réévalué par des valeurs plus qualitatives : basées sur le capital humain et immatériel.

Finalement, la performance deviendrait presque has-been, au profit d’un enrichissement insoumis aux obligations morales. Être plus fort qu’hier, pourrait bien se transformer en être plus libre qu’hier.

Les nouvelles générations seraient-elles en rupture avec le culte de la performance ?
Les nouvelles générations seraient-elles en rupture avec le culte de la performance ?

La capacité humaine à dépasser ses limites a ses mystères et ses vices. Elle peut être subjuguante et parfois inquiétante. En particulier lorsque des motivations mal placées la dirige. L’idéal à atteindre pourrait être un savant équilibre entre combativité et entraide, pour une satisfaction de l’action avant le résultat. Pour le bonheur de faire simplement de son mieux, avec courage. Après tout la société n’est pas forcément condamnée au progrès permanent ! En définitive, la victoire n’est-elle pas la paix elle-même ?

La fierté n’est pas l’orgueil, mais la joie pour ce que l’on est

Josué Kasump

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Par Marine Robert,

Parisienne, libre et spontanée, elle a décidé de prendre la vie comme une aventure en provoquant l’inattendu. Férue d’art vivant et de débats culturels, son parcours lui apporte l’émotion et l’intensité qu’elle recherche. Au service de la diversité, elle aime croiser les regards, explorer les alternatives, et partager son optimisme.

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