Si on vous annonçait à la radio qu’une invasion extraterrestre était en cours, comment réagiriez-vous ? Retour sur un mauvais canular d’Orson Welles qui a terrifié l’Amérique.

Selon une étude de 2012, 80 millions d’Américains croient à une vie extraterrestre.

Livres, séries ou films font très souvent référence à de possibles invasions sur ce pays-continent. Et si les aliens étaient réellement en train de nous envahir ? Imaginez-vous un soir d’automne, sur votre canapé. Vous allumez la radio. Votre émission musicale est interrompue par un bulletin d’information. Une invasion de Martiens est en cours. Des créatures à tête de pieuvres, dotées de grands yeux noirs projetant des lasers, attaquent les Américains qui se jettent par les fenêtres et fuient. Surréaliste ? C’est pourtant ce qu’ont diffusé les équipes de la radio américaine CBS le 30 octobre 1938.

Orson Welles, jeune prodige à la grande carrière

Orson Welles – source : Wikicommons
Orson Welles – source : Wikicommons

Né dans le Wisconsin en 1915, Orson Welles est un prodige que l’on remarque dès son plus jeune âge. Il apparait à 3 ans dans la production de l’Opéra de Chicago, Samson et Dalila. Dramaturge et acteur passionné d’illusionnisme, Welles fait sensation sur les planches des théâtres américains à la fin des années 1930, les performances artistiques étant à ce moment largement plébiscitées à la suite du New Deal.

Il ne s’arrête pas au théâtre et fait ses débuts à la radio en 1935. Après plusieurs collaborations dans l’émission March of Time, la radio CBS lui propose d’adapter des œuvres littéraires sur ce nouveau média. Il propose donc des interprétations d’œuvres classiques tel que Dracula de Bram Stoker et Jules César de Shakespeare. Welles décide ensuite de se tourner vers la science-fiction. C’est pourquoi, avec la troupe du Mercury Theatre, il orchestre l’adaptation de La Guerre des Mondes de Herbert George Wells, publiée en 1898.

Récit d’un canular, début des fake news ?

Orson Welles et la troupe du Mercury Theatre à la CBS, à l’enregistrement de « La Guerre des Mondes »  – source : Wikicommons
Orson Welles et la troupe du Mercury Theatre à la CBS, à l’enregistrement de « La Guerre des Mondes »  – source : Wikicommons

Le dimanche 30 octobre 1938, veille d’Halloween, vers 20h, tout est prêt pour le grand spectacle.

Mesdames et Messieurs, nous sommes bien contraints de ne pas poursuivre notre retransmission musicale car une nouvelle d’importance doit vous être donnée… 

Ainsi commence l’émission. Afin d’accentuer le réalisme de la performance, l’adaptation se présente sous la forme de bulletin d’information flash entrecoupant l’émission musicale. De faux journalistes racontent en direct l’invasion des extraterrestres au New Jersey. On interview des faux témoins. Un acteur joue même le secrétaire de l’Intérieur. Les bruitages sont réalisés par la troupe du Mercury Theatre. Tout est fait pour que l’auditeur soit en immersion dans l’histoire. Quitte à y croire vraiment.

Les standards téléphoniques sont d’ailleurs inondés d’appels. Des milliers d’Américains souhaitent vérifier l’information d’une invasion en cours et d’une guerre qui se prépare.

Une histoire devenue une légende

Orson Welles expliquant aux journalistes qu’il ne voulait pas effrayer la population, le 31 octobre 1938  – source : Wikicommons
Orson Welles expliquant aux journalistes qu’il ne voulait pas effrayer la population, le 31 octobre 1938  – source : Wikicommons

Le lendemain, la performance d’Orson Welles fait la une de la presse écrite. Le Daily News titre « Une fausse guerre à la radio sème la terreur à travers les Etats-Unis » ; Le Boston Daily Globe « Une pièce radiophonique terrifie la nation ». Welles lui-même exagère le phénomène afin de former sa propre légende et sa carrière. En 1940, le psychologue H. Cantril, de la prestigieuse université de Princeton, publie un livre sur le canular et estime à 1 200 000 le nombre d’auditeurs effrayés par l’annonce de l’invasion extraterrestre.

Devenue une légende grâce à la presse écrite, l’impact de la performance est tout de même resté très limité, déjà parce que CBS n’a pas diffusé l’émission sur tout le territoire américain. Ensuite, parce que, selon un service spécifique qui a appelé 5 000 ménages le soir de la diffusion, 98% déclaraient écouter un autre programme ou ne rien écouter du tout. Le canular était notamment diffusé en même temps qu’une émission nationale très suivie, The Chase and Sanborn Hour, animé par le célèbre ventriloque Edgar Bergen.

Pour aller plus loin : la bataille entre presse écrite et radio

Les débuts de la radio dans les années 1920 aux Etats-Unis  – source : Wikicommons
Les débuts de la radio dans les années 1920 aux Etats-Unis  – source : Wikicommons

Dans les Etats-Unis des années 1930, les stations de radio se multiplient et les postes deviennent des points de partage dans les foyers américains. La presse écrite voit en ce nouveau média une concurrence directe. Le canular d’Orson Welles sert de prétexte aux journaux pour critiquer le manque de formation des journalistes radio et la façon avec laquelle il leur est facile de manipuler les auditeurs.

Pour la presse écrite, la radio n’a pas encore prouvé qu’elle était compétente dans l’information, alors qu’elle joue un rôle central dans la diffusion en direct de l’information, notamment avec l’actualité délicate des pays européens.

Cette anecdote historique, ce canular devenu une légende, a montré à tous que la radio était capable de devenir très rapidement un média de masse.

Les enquêtes psychologies et sociologiques se sont enchaînées depuis les années 1940 sur le sujet

Ce qui est sûr, c’est que ce canular a marqué un début retentissant de carrière pour un homme qui est devenu un incontournable de l’histoire du cinéma du XXe siècle.

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Par  Alexandra Monet ,

Passionnée d’Histoire et de patrimoine, j’ai eu la chance de commencer ma carrière entre les colonnes de Notre-Dame de Paris, et de la poursuivre sur les pas de Madame de Maintenon et de Simone Veil. Je n’en oublie pas la musique, pratiquant guitare et piano, chantant cantiques et airs d'opéra, à qui veut bien m’écouter.

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