Émotion, nostalgie, colère, euphorie, gratitude, engagement… Autant de sentiments et de partis pris qui inondent les discours des artistes récompensé·e·s lors des emblématiques César du cinéma.

Certains se démarquent subtilement par le fond, d’autres trouvent une résonance particulière par la forme. Voici une sélection non exhaustive des plus belles élocutions livrées par des acteurs et actrices français·e·s primé·e·s, présentées dans un ordre chronologique.

Sont nommés dans la catégorie des discours les plus marquants de la cérémonie des César

1.  Le discours de Coluche, César du meilleur acteur en 1984

Franchement je croyais m’emmerder en v’nant là, et puis j’me suis vachement marré… Quand j’ai pas dormi

Qui d’autre que Coluche pour prononcer ces mots devant l’auditoire plutôt guindé qui assiste religieusement à la cérémonie des César.

L’histoire remonte à l’hiver 1984. À sa grande surprise, l’humoriste reçoit le César du meilleur acteur ​​pour son rôle dans le film Tchao Pantin de Claude Berri. “J’me croyais franchement à l’abri vu que je faisais du cinéma qu’on ne récompense pas” lance-t-il dans cet élan de spontanéité qu’on lui connaît. Premier trait d’humour, première pique. Ce ne sera pas la seule. 

Coluche prononce un discours mêlant sarcasme et franchise, dans un ton à la fois détaché et caustique. Un exercice dont lui seul avait le secret. Il termine sa déclaration en apostrophant les ministres présent·e·s dans la salle “si ça pouvait s’arranger pour que les jeunes qui n’ont pas de combines puissent faire du cinéma quand même”.

On remarquera que – contrairement aux réactions ambivalentes qui succéderont aux prochains discours engagés – c’est un public hilare qui valide unanimement le verbe du comédien.

2.  Le discours de Charlotte Gainsbourg, César du meilleur espoir féminin en 1986

Nous voilà à présent en 1986. Charlotte Gainsbourg a tout juste 14 ans quand sa vie de comédienne bascule. Elle remporte le César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans le film L’Effrontée de Claude Miller.

Sur scène, l’effrontée laisse place à la submergée. Comme emportée par une vague d’émotions qui envahit à son tour toute l’assemblée. Avec ses cheveux en brosse et son costume un peu trop grand, elle esquisse en sanglots ces quelques mots “je remercie Claude Miller pour m’avoir laissé faire ce film”. Un discours succinct (sûrement le plus bref de l’histoire des César) devant un Serge Gainsbourg bouleversé, qui se tient debout, cigarette à la main.

Après lui avoir remis le célèbre bloc de bronze, Jean-Claude Brialy souhaite à la jeune actrice de faire une aussi belle carrière que Madeleine Renaud, Bette Davis et Olivia de Havilland. Ils ignorent alors qu’elle remportera 14 ans plus tard, un second César pour sa prestation dans le long-métrage La Bûche de Danièle Thompson.

3.  Le discours d’Annie Girardot, César de la meilleure actrice dans un second rôle en 1996

Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français mais à moi le cinéma français a manqué… follement, éperdument, douloureusement

Impossible de passer à côté du discours poignant d’Annie Girardot, prononcé après qu’elle ait reçu le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation dans Les Misérables de Claude Lelouch.

Alors que l’on assiste à la consécration de La Haine, cette année sera aussi celle de l’amour. L’amour que portait Annie Girardot au cinéma français et qui transpire dans les mots d’une comédienne manifestement en souffrance. Comme après avoir été éconduite par un amant qu’elle chérissait. Ces retrouvailles sont si puissantes qu’elles transpercent l’écran.

Votre témoignage, votre amour me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je suis pas encore tout à fait morte”. Un aveu douloureux mais cathartique qui emporte avec lui les larmes des jeunes actrices, Sophie Marceau, Juliette Binoche et Marie Gillain.

Une personne se lève. Puis deux. Puis trois. Voilà bientôt tout le théâtre des Champs-Elysées qui se tient debout et qui applaudit. Alors si l’on se souvient finalement peu des victoires des artistes pour un second rôle, celui-ci occupe de loin la tête d’affiche de cette catégorie.

4.  Le discours de Sara Forestier, César du meilleur espoir féminin en 2005

Merde… bon c’est le moment là

Dans un tout autre registre, on se souviendra aussi longtemps du naturel et du franc-parler de Sara Forestier, alors âgée de 18 ans, qui vient de recevoir le César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans L’esquive d’Abdellatif Kechiche.

Son allocution brute dénote complètement avec les discours traditionnellement prononcés par les personnalités fraîchement césarisées. Et c’est bien ça qui la rend singulière, mémorable.

Dans la série le jour où j’ai reçu le César diffusée sur Canal+, l’actrice peine à se reconnaître. Elle confie en riant “j’étais hyper sûre de moi, je suis assez étonnée… là où je me reconnais c’est que j’ai vraiment remercié des gens qui comptaient et le fait de remercier les gens qui comptent” poursuit-elle, “c’est mille fois plus classe que d’avoir une fausse modestie à deux francs”.

Six ans plus tard, Sara Forestier remportera le César de la meilleure actrice pour sa prestation dans le film Au nom des gens de Michel Leclerc. Elle lâchera alors « Dans le film je joue une pute politique, et quand j’ai fait le film je connaissais rien à la politique et j’étais vierge. Voilà !« 

5.  Le discours d’Omar Sy, César du meilleur acteur en 2012

J’voulais faire des vannes et tout mais j’y arriverai pas

Non, ce n’est pas une blague. Et Omar Sy n’en fera pas. Ce soir du 27 janvier 2012, il remporte le César du meilleur acteur pour sa prestation dans Intouchables, mis en scène par Eric Toledano et Olivier Nakache.

Explosion de bonheur et hommage à son personnage, il terminera son discours par une danse de la joie. Ces mêmes mouvements chorégraphiques que l’on retrouve dans une scène culte du long-métrage. “J’suis comme un ouf, j’ai fait genre je m’en fous mais j’suis comme un dingue, merci” s’exclame-t-il avant de quitter la scène le poing levé vers le ciel.

À ce moment-là, celui qu’on a découvert dans le SAV aux côtés de son acolyte Fred Testot, devient le premier acteur noir césarisé du cinéma français. Toutefois, quelques jours après sa victoire, Omar Sy expliquera à l’Express ne pas vouloir devenir « le Noir à la mode« . Le comédien refuse en effet de jouer des personnages de caïds et de mecs de banlieue, puisqu’il ne s’est tout simplement pas lancé dans le cinéma “pour véhiculer des clichés”.

6.  Le discours de Gaspard Ulliel, César du meilleur acteur en 2017

Comment ne pas avoir une pensée toute particulière pour Gaspard Ulliel qui remporte le César du meilleur acteur en 2017 pour son rôle dans Juste la fin du monde, le superbe film de Xavier Dolan au dénouement presque prémonitoire.

Les absents n’ont pas toujours tort. La preuve, le soir de son sacre, l’acteur est en tournage pour un autre long-métrage. C’est celui qui l’a dirigé dans ce film qui vient le représenter devant la salle Pleyel.

Ce discours marquant de la cérémonie des César n’est donc pas prononcé par le lauréat. Gaspard Ulliel a confié à son réalisateur quelques mots couchés sur une feuille de papier. Avec la consigne de ne pas les découvrir au préalable. C’est donc un Xavier Dolan aussi gêné que touché qui lit la sublime missive de l’acteur. Gaspard Ulliel profite de ce moment suspendu pour couvrir d’éloges son metteur en scène et ses partenaires dans le film. On remarque une humilité frappante sous une plume affutée.

Il parait que les belles histoires de cinéma sont celles qui au début ne laissent pas présager de la fin, n’est-ce pas la raison d’être de cette vie sur grand écran. Que vous soyez acteur ou spectateur, la fin d’un film ne sera jamais la fin d’un monde, mais la promesse d’aventures à venir

7.  Le discours de Léa Drucker, César de la meilleure actrice en 2019

En 2019, Léa Drucker remporte le César de la meilleure actrice pour son rôle dans le film Jusqu’à la garde de Xavier Legrand. L’actrice livre un discours militant qui résonne avec l’histoire de Miriam, le personnage qu’elle incarne dans le long-métrage.

Elle adresse un message de soutien à toutes les femmes victimes de violences conjugales, qui évoluent, elles, dans cette tragique réalité. Elle n’oublie pas non plus celles qui se battent pour que les choses changent.

Je remercie toutes les femmes, toutes les féminisites, celles qui écrivent, agissent, prennent la parole et défendent au quotidien la cause des femmes qui bravent parfois des tempêtes d’insultes et d’agressivité en tout genre, parce qu’elles m’ont permises en m’éveillant d’être la femme que je suis aujourd’hui

Léa Drucker fait désormais partie de ces femmes. Parce que si – comme elle le dit très justement –  “la violence commence par les mots”, il en va de même pour l’engagement.

8.  Le discours d’Aissa Maiga, remettante du César du meilleur espoir féminin en 2020

Il s’agit pas là d’un discours de remerciement d’une nouvelle césarisée, mais de celui d’une remettante, Aissa Maiga. Invitée pour remettre le prix du meilleur espoir féminin qui reviendra à Lyna Khoudri, elle livre une tribune engagée. “On est une famille, on se dit tout non ?

L’actrice pointe du doigt le manque d’inclusivité du cinéma français. Ce soir-là, elle fait le compte. 12 personnalités noires parmi les 1 600 qui constituent le public de cette cérémonie des César. Une infime proportion qui reflètent celle occupée par les artistes noir·e·s dans l’industrie du 7ème art français.

Dans une interview vidéo accordée au HuffPost, Aissa Maiga explique avoir reçu des réactions très contrastées suite à sa prise de parole. Des personnes se sont offusquées (à l’image du triste tweet de Nadine Morano), quand d’autres ont affirmé une adhésion hallucinante à son propos, qui a même dépassé le cadre des personnes racisées en France. Aissa Maiga est, par exemple, devenue une égérie incontournable des pancartes soulevées par des militantes féministes lors des marches du 8 mars.

Et quand on évoque “le malaise” qui semble avoir envahi l’auditoire ce soir-là – en partie généré par le ton assez ferme qu’elle emploie volontairement dans son allocution – elle répond : “le petit malaise qu’ont vécu les gens du cinéma ce soir-là est vraiment infinitésimal face à l’énorme malaise sociétal qui est raconté par les discriminations”.

9.  Le discours de Ladj Ly, César du meilleur film en 2020

Pour rappeler le contexte, la remise de ce prix intervient juste après la consécration malheureuse de Roman Polanski pour la meilleure réalisation et la vague de contestation symbolisée par la sortie d’Adèle Haenel.

C’est donc une Sandrine Kiberlain, alors présidente de cette 45 ème cérémonie des César, légèrement stressée, qui vient remettre le César du meilleur film. Quelques secondes de battement. Puis. “Les misérables” annonce-t-elle avec joie et dans un (grand) soulagement.

Ce sont trois réalisateurs un peu sonnés mais infiniment reconnaissants qui prononceront tour à tour des discours plein d’espoir. Des mots loin d’être auto-centrés, généreux et néanmoins politiques, qui portent un autre regard sur la violence urbaine.

On retiendra ce message de Ladj Ly, qui est aussi celui porté par le film : “Le seul ennemi, ce n’est pas l’autre, c’est la misère”.

10.  Le discours de Corinne Masiero, remettante du César du meilleur costume en 2021

Enfin, dernier nommé dans la catégorie des discours les plus marquants de la cérémonie des César : celui de Corinne Masiero. Rappelons-nous en effet de la prestation scénique remarquée – et remarquable – de la comédienne, invitée à remettre le César du meilleur costume.

L’actrice entre en scène vêtue d’un costume de peau d’âne, en esquissant quelques pas de danse enjoués. On découvre tour à tour un visage puis une robe, maculés de sang. Des tampons hygiéniques en guise de boucles d’oreille. Qualifiée de trop trash par la comédienne elle-même, elle enlève sa peau d’âne. Puis sa robe. Corinne Masiero se retrouve alors complètement nue devant une salle mi-amusée mi-circonspecte. “Le dernier [costume] c’est qui veut la peau de Roger l’intermittent” commente-t-elle à propos de sa tenue d’Eve.

No culture, no future” et “Rend-nous l’art, Jean” peut-on lire ensuite sur le corps de l’actrice.

Une mise en scène qui est une allégorie très pragmatique de la mise à nue de la culture en période de crise sanitaire, alors considérée comme non-essentielle. “L’idée était de montrer qu’on était à poil” expliquera-t-elle par la suite.

Une intervention (dé)culottée qui provoquera une vague de critiques. Une nouvelle fois. On peut de nouveau se poser la question, est-ce la forme que prennent les discours engagés qui est plus choquante que le contenu qu’ils dénoncent ?

Ainsi donc, un discours aux César offre instantanément un espace de parole retentissant aux jeunes césarisé·e·s, et même, aux remettant·e·s.

Les artistes font souvent le choix d’exprimer toute leur reconnaissance envers les parties prenantes qui entourent la réalisation d’un film, mais aussi d’offrir une portée supplémentaire aux sujets de société soulevés par la fiction. 

Ce n’est certes pas un exercice facile. Mais c’est toujours la promesse de beaux moments à vivre en direct.

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Par  Charlotte Combret,

Rédactrice web SEO indépendante, j’aime creuser des sujets et soulever des questions. Aussi bien adepte de la prose de Mona Chollet que de celle de Damso, mes articles sont souvent le fruit d’influences culturelles très diverses. Utopiste et hypersensible, mon écriture se veut avant tout inclusive, dans tous les sens du terme.

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