Le braconnage, est-il un fléau de notre temps ? Nous sommes bien loin de l’image ancestrale de l’homme qui chasse pour nourrir sa famille. Le braconnage cause, de nos jours, des dégâts bien au-delà de l’imaginable.

De quels actes de braconnage parle-t-on ? Ceux d’un homme qui, dans la campagne française des années 60-70, posait ses collets dans le champ voisin ? Qui ramenait quelques gibiers à la maison sans demander son reste ? Évidemment, non. Le braconnage moderne, c’est le résultat d’un désir insatiable de pouvoir et de violence. Sous couvert de puissants groupes de pression, proclamant impérieusement la sauvegarde de techniques ancestrales primordiale, des hommes se jouent des équilibres biologiques qui ont mis des millénaires à se constituer. Au diable la beauté du vivant et les questionnements existentiels. Les exemples ne manquent pas. Et la France n’est pas en reste, notamment au regard des oiseaux braconnés chaque année sur son territoire.

En France, le braconnage est toléré ouvertement

Les sites classés à l'Unesco menacés par le braconnage
Les sites classés à l’Unesco menacés par le braconnage

Le braconnage regroupe les techniques de pêche ou de chasse illégales, c’est-à-dire qui se pratiquent sans permis, hors périodes habilitées et sur des espèces non autorisées, de taille et/ou de maturité insuffisantes. Ces pratiques nécessitent donc l’intervention de la police. Sur le territoire français, les gardes de l’Agence Française de la Biodiversité (AFB) luttent contre ces sévices.

Mais il est difficile d’intervenir et de militer contre ces crimes, lorsque les complices des malfaiteurs dirigent. Aujourd’hui, en France, les lois concernant les espèces protégées, les périodes d’ouverture de chasse et les directives européennes concernant les espèces en déclin ne sont pas ou partiellement respectées. Des personnalités politiques défendent ouvertement l’importance de sauvegarder les techniques traditionnelles de chasse. Respect des pratiques de nos aînés, lien avec nos racines profondes : tous les arguments sont valables pour rendre sympathique ce drame qui se joue sous nos yeux.

Et lorsqu’une condamnation est prise, les sanctions sont minimes. Quelques milliers d’euros d’amende, retrait du permis de chasse pour une durée limitée et peine de prison avec sursis. Rien qui puisse véritablement affoler les braconniers.

Les oiseaux, grandes victimes du braconnage en France

À chaque saison de chasse, ce sont des milliers d’oiseaux, dont une majorité de passereaux, qui sont décimés. Sous couvert de techniques de chasse, dites « traditionnelles », des actes de barbarie pure perdurent en toute impunité.  Pierre Athanaze témoigne dans son « Livre noir de la chasse : Massacres et abus de pouvoir » (éditions Sang de la Terre, 2011) de son expérience avec les braconniers des cols ardéchois. Ce sont de hauts lieux de passage migratoire pour des milliers d’oiseaux. Pourtant, la résistance des ornithologues face au braconnage dure depuis plus de 25 ans. Les pigeons ramiers sont chassés en surnombre et hors période de chasse. Et, simultanément, d’autres oiseaux de passage, dont de nombreuses espèces sont protégées au niveau européen, sont blessés ou tués.

La chasse à la glu, une technique non-sélective qui perdure

Rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos) et Rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) piégés illégalement selon la méthode de de la chasse à la glu, Chypre
Rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos) et Rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) piégés illégalement selon la méthode de de la chasse à la glu, Chypre

La chasse à la glu, ou gluaux, est l’une de ces pratiques de chasse qui demeurent en région Provence-Alpes-Côte d’Azur grâce à son caractère traditionnel. L’AFB l’a décrite comme « une pratique légale et encadrée, nécessitant une grande connaissance du gibier chassé ». En théorie, la chasse à la glu ne permet de capturer que certaines espèces d’oiseaux précises – grives et merles noirs. Elle est considérée comme sélective. Mais, dans la pratique, tout oiseau percutant l’une de ces tiges en bois, engluées et dissimulées parmi les arbres, se retrouve prisonnier. D’autre part, cette pratique est considérée comme du braconnage dans le reste de la France.

Le Rassemblement pour une France sans Chasse (RAC) milite notamment pour la fin de cette pratique. Elle soutient que la différence entre le braconnage et la chasse traditionnelle est quasi inexistante, et qu’il est temps de sortir du carcan du lobby de la chasse en France.

Par un arrêté du 27 août 2020, la chasse à la glu est pour le moment suspendue, dans l’attente d’une décision de la Cour de justice de l’Union Européenne à son propos.

Le braconnage du bruant ortolan

Une étude internationale, dirigée par le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et publiée dans la revue Sciences Advances, dresse l’état de santé du bruant ortolan (Emberiza hortulana) en Europe. Les résultats sont sans appel : le braconnage en France est la cause majeure du déclin de cette espèce – 88 % en moins de 40 ans – devant l’agro-industrie et la destruction de l’environnement naturel.

Pourquoi cet acharnement sur cet oiseau ? Bon nombre d’amateurs du bruant ortolan sont des personnalités publiques, comme des chefs étoilés, des animateurs de télévision, et même des politiques – François Mitterand en son temps et Alain Juppé pour ne citer qu’eux.

Le bruant ortolan va-t-il disparaître ? Son destin est scellé si un changement radical des politiques de chasse et d’agriculture n’est pas opéré rapidement. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) se bat en grande partie pour la sauvegarde de cet oiseau. À chaque saison de chasse, les membres de l’association vont à la rencontre des braconniers pour endiguer cette pratique.

L’avenir du braconnage en France n’est pas tout tracé. Des voix se soulèvent face à l’intolérable sacrifice d’espèces animales sur l’autel de la tradition. N’hésitez pas à poursuivre le débat en partageant cet article via les réseaux sociaux.

Pour découvrir encore plus d’articles inspirants, téléchargez l’application Cultur’easy sur Applestore ou Playstore.

Par  Celine Le Briand ,

Je me présente, en vers et pour tous. Je suis naturaliste depuis plus de dix ans. J'ai un faible pour les insectes coléoptères. Qui, comme un millier d'étoiles au firmament, Brillent de toutes parts sur mon lopin de terre. Je suis musicienne aussi, J'aime les rimes, J'aime le rythme, À bientôt par ici ...

Commenter cet article

Restez connecté à la culture !

Pour ne manquer aucun article. Inscrivez vous à notre newsletter.