L’Académie française bénéficie d’un héritage de trois siècles d’existence, elle n’est plus à présenter. Cependant, elle incarne les élites d’antan. Parfois, elle transmet le poids d’une société bloquée dans une autre ère empêchant de se tourner vers un monde plus égalitaire. L’héritage peut être un fardeau et desservir la réputation d’un symbole élitiste dans une société plus moderne. Les nouveaux dictionnaires marquent cette évolution, mais le font-ils vraiment ?

Les règles de l’Académie française ont permis d’amener le français à la 5ème langue la plus parlée du monde

Grâce aux académiciens, elle est un symbole élitiste grâce à la richesse de son vocabulaire et à la complexité de sa grammaire. Cependant, la règle “ le masculin l’emporte sur le féminin” fait écho à la condition des femmes ou des minorités. Leurs voix ne se font pas entendre voire disparaissent à cause de règles rédigées, à l’époque, par des hommes. Eliane Viennot, historienne, est auteure de plusieurs livres dont “L’Académie, contre la langue française”. Elle soulevait un problème face à cet héritage.

La langue n’est pas misogyne. Ce sont les gens qui le sont, c’est la société qui est sexiste. Notre langue est absolument équipée pour dire l’égalité.

Alors, l’héritage est-il un poids trop lourd ? L’intégration se fait-elle au compte-goutte ?

L’Académie Française depuis 3 siècles

Des bases (et des mots) solides

Le Cardinal Richelieu, fondateur de l'Académie française
Le Cardinal Richelieu, fondateur de l’Académie française

L’Académie française naît en 1634 sous l’impulsion du Cardinal Richelieu. Elle reposait alors sur l’apprentissage des mots à travers la grammaire, l’orthographe, leurs significations, leur domaine d’emploi et le niveau de langue. Celui-ci peut se décomposer, encore aujourd’hui, en “vulgaire, populaire, familier, courant et soutenu”. Le premier dictionnaire fut écrit en 1694. Nous retrouvions à l’intérieur ces différents éléments si importants pour l’apprentissage de notre langue. Ces règles ont construit la langue vivante que nous connaissons et que tous les francophones du monde suivent à la lettre.

Les immortels, un héritage imposant

Pour mener à bien la mission de l’Académie française, 40 membres sont élus pour faire régner les règles établies il y a plusieurs siècles. Sur la feuille de présence de 1884, on peut compter 34 membres installés sur les fameux fauteuils. Ils sont alors hommes politiques, hommes philosophes, hommes poètes…

Des hommes oui, mais où sont les femmes ? Il faudra attendre 1980, sous la pression de l’opinion et à la suite du militantisme de Jean d’Ormesson, pour qu’une femme soit élue. La première sera alors Marguerite Yourcenar. Jusque là, de nombreux académiciens s’opposaient à l’entrée de femmes, comme Claude Lévi-Strauss ou Georges Dumézil. La plus connue d’entre elles restera Simone Veil. Pourtant, les femmes sont quasiment absentes, puisque nous pouvons compter 8 femmes sur 729 académiciens en trois siècles d’existence.

Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie française
Marguerite Yourcenar, première femme élue à l’Académie française

Académie française, héritage d’une société misogyne et sexiste ?

Le Dictionnaire, une œuvre vivante

Nous ne pouvons pas le nier, l’Académie Française apporta il y a quelques siècles une notoriété et un apprentissage dont les Français avaient besoin. Depuis le premier dictionnaire, d’autres lui ont succédé avec notamment trois versions en 1992, 2000 et 2011. Le quatrième tome est actuellement en cours de rédaction.

Dictionnaire de l'Académie française
Dictionnaire de l’Académie française

Cependant, que faire d’une œuvre vivante qui doit refléter la société changeante lorsque les membres de l’Académie ne veulent pas de ce changement ? Récemment, l’Académie française s’est fait entendre à cause de l’écriture inclusive. En effet, ils l’ont qualifiée “d’aberration” et d’un “péril mortel” à cause d’une mise à jour dans Word. Puis, c’était au tour de la féminisation des métiers, qui a finalement été officiellement acceptée en 2019.

Des stéréotypes “rassurants”

Même si actuellement, l’Académie française compte 33 membres dont 5 femmes. Les inégalités règnent et surtout persistent. La 9e édition du dictionnaire est en cours de rédaction et ce sont 25 000 mots qui vont être ajoutés. La langue se modernise, les mots évoluent, changent, s’adaptent, au même titre que notre société. Cependant, l’héritage de l’Académie est encore bien présent.

En effet, certains mots tels que “autrice” et “professeure” ont été supprimés du dictionnaire il y a quelques années, et aujourd’hui on peine encore à les employer. Nous pouvons voir quelques inégalités, quelques maladresses voire même des propos fous tenus par d’anciens membres.

L’académicien Pierre Gaxotte en 1980 disait “Si on élisait une femme à l’Académie, on finirait par élire un nègre”. Par ailleurs, Eliane Viennot aborde de nombreux sujets dont cet héritage masculiniste. Ces chaînes empêchent les femmes d’avoir leur nom de métier féminisé, bloquent les enfants dans des stéréotypes d’une société patriarcale à travers des définitions parfois aberrantes.

L’éducation est une part importante des valeurs que nous inculquons aux futures générations

L’Académie française possède l’héritage d’un symbole puissant. Un poids non-négligeable est pourtant laissé aux stéréotypes sexistes et misogynes qui règnent dans notre société. Même si, il faut le reconnaître, elle intègre progressivement de nouveaux mots en faveur des minorités. Inclure une égalité à travers notre langue, accepter les minorités dès le langage serait déjà un pas vers une liberté et une égalité attendue. Les bibliothèques sont des symboles de liberté et d’aventures. Mais que faire lorsque ces aventures, à travers les mots, nous mènent dans un monde qui ne nous représente pas tous et qui tient des propos désobligeants ?

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Par  Celia Chabaudie ,

Originaire du Sud de la France, je suis née à Nice. Après un Master en Information et Communication à Toulon, je me suis installée à Lyon. Passionnée par la culture, le féminisme et la lecture, je peux désormais relier mes centres d’intérêts et ma curiosité en tant que rédactrice web pour laisser filer ma plume au gré des sujets.

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