Au Moyen Âge, les animaux réels comme imaginaires occupent une place fondamentale dans la vie quotidienne des hommes. D’ailleurs, il n’existe pas vraiment de distinction entre ces deux classes. Certaines bêtes exotiques comme le rhinocéros, n’ont alors pas encore prouvé leur existence au monde occidental. Le bestiaire médiéval est peuplé d’espèces connues mais aussi de créatures imaginaires.

Le bestiaire fantastique fait partie intégrante du règne animal médiéval. Pour les populations, le dragon existe vraiment. Tout comme le serpent on le considère comme l’émissaire de Satan. L’animal réel et fictif n’est donc que symbolisme dans le monde médiéval.

#1 La Licorne

La licorne est sans doute l’animal fantastique le plus emblématique au Moyen Âge. Dans l’iconographie chrétienne, la licorne est un symbole de trahison envers le Christ. Elle serait attirée par de jeunes vierges dont les chasseurs solliciteraient la présence pour capturer l’animal. C’est une créature dotée d’une unique corne sur le front. Elle emprunterait l’allure à la fois d’un équidé et d’une chèvre. L’iconographie médiévale lui accorde une place prépondérante tantôt sur les tapisseries comme celle de La Dame à la Licorne, tantôt sur quelques enluminures destinées à un public lettré.

Exit l’idée d’un gentil poney arc-en-ciel, la licorne médiévale est agressive et n’hésite pas à s’attaquer à de gros animaux comme l’éléphant. Cet animal fantastique est connu depuis l’Antiquité Grecque sous le nom évocateur de « monocéros ». Au fil de l’Histoire, la licorne n’a cessé de fasciner théologiens, poètes comme médecins. On prétendait même que sa corne (souvent celle d’un narval) avait des propriétés médicinales. Celle-ci pouvait être vendue à prix fort.

#2 Le Basilic

Le Basilic. Vous voulez en savoir plus sur ce monstre redoutable ?
Le Basilic. Vous voulez en savoir plus sur ce monstre redoutable ?

Le Basilic puise lui aussi ses origines dans la mythologie grecque. Il s’agirait d’une créature hybride mi-serpent, mi-dragon, née du sang qui coula de la tête tranchée de Méduse, tuée par Persée. Pline l’Ancien, écrivain naturaliste romain, a même fait un portrait très complet du Basilic. Il le décrit comme « un monstre redoutable » mais qui « (…) ne résiste pas à des belettes ».

Au Moyen Âge, l’animal prend une tout autre apparence et le nom de Basilicoq. On le dépeint comme un serpent pourvu d’ailes, de pattes et d’une tête de coq. Il serait né d’un œuf de poule, pondu dans le foin et couvé par un crapaud ou un serpent. Ce roi des serpents est bien différent de celui que nous propose la saga Harry Potter. Au Moyen Âge, il ne dépasserait pas 1m80 et posséderait une tête de coq surmontée d’une crête.

#3 Le Dragon

© Bibliothèque des Champs libres, Lutte d'un lion et d'un dragon, Extrait enluminé du Livre d’heures de jean de Montuban
© Bibliothèque des Champs libres, Lutte d’un lion et d’un dragon, Extrait enluminé du Livre d’heures de jean de Montuban

Comme le Basilic, le Dragon ressemble à un reptile. Au Moyen Âge, cette créature cracheuse de feu est considérée comme bien réelle et apparaît en bonne place dans les bestiaires les plus sérieux. Sa queue est son arme la plus redoutable. Dans Le Livre du Trésor, Brunet Latin décrit la puissance de l’animal : « Sa force ne réside pas dans sa bouche, mais dans sa queue qui fait plus de mal par les coups qu’elle donne que par les blessures qu’elle inflige. »

#4 Le Phénix

Représentation d'un phœnix
Représentation d’un phœnix

C’est à l’époque de l’Égypte Antique que l’on retrouve les premières mentions du Phénix. Dans ses Métamorphoses, Ovide évoque « (…) un oiseau qui retrouve la vie dans sa mort, et qui se recrée lui-même : les Assyriens le nomment phénix ». Au Moyen Âge, cette créature fantastique est assez semblable à celle que le cinéma fantastique représente aujourd’hui. Il s’agit d’un bel oiseau couleur feu, semblable au Bénou Égyptien, sorte de Héron. Au terme de sa vie, il se prépare un nid-bûcher et se consume lentement pour enfin renaître de ses cendres. L’image de cette renaissance miraculeuse fut d’ailleurs reprise par l’Église. Et cela afin de symboliser la résurrection du Christ.

#5 Le Griffon

© Musée de la Romanité, Relief d’un griffon tenant un monstre par Benedetto Antelami
© Musée de la Romanité, Relief d’un griffon tenant un monstre par Benedetto Antelami

Le Griffon est l’animal fantastique hybride par excellence. Un corps de lion, des ailes et une tête d’aigle. Une fois n’est pas coutume, c’est en Égypte Antique qu’on l’apperçoit en premier. On le représente tirant les chars de divinités telles que Dionysos ou en majesté sur les fresques crétoises. Au Moyen Âge, on croit à son existence, à tel point que l’animal extraordinaire figure dans les plus sérieuses encyclopédies. Il fait partie de la famille des oiseaux et orne de nombreuses armoiries. Le Griffon serait un symbole du Christ, protecteur du fameux Graal.

#6 La Sirène

Les sirènes
Les sirènes

La sirène médiévale est issue de la créature légendaire de la mythologie grecque portant le même nom. Selon Homère, cette créature mi-femme et mi-oiseau, est une divinité marine dotée d’un talent de musicienne envoûtant. Son chant magique a même failli causer la perte d’Ulysse qui, se faisant attacher au mât du bateau par son équipage, supplia qu’on le détache pour se jeter à l’eau.

Au Moyen Âge, la sirène délaisse ses ailes au profit d’une ou deux queues de poisson. On la retrouve notamment dans le bestiaire des églises romanes sur les chapiteaux des colonnes. Comme leurs cousines antiques, les sirènes usent de leurs charmes pour attirer les marins dans les profondeurs de l’océan. Ce sont bien ces créatures médiévales que l’on retrouve dans la saga Pirate des Caraïbes, décrites par Brunet Latin en ces termes : « (…) elles avaient l’apparence d’une femme de la tête jusqu’aux cuisses, mais que de là en bas elles ressemblaient à un poisson (…) Par leurs chants envoûtants, elles faisaient périr les non avertis qui s’aventuraient sur la mer. »

#7 Le Bonnacon

Enluminure montrant l’attaque d’un Bonnacon

Les premières sources connues du Bonnacon remontent à l’Antiquité. Cette créature légendaire est citée dans l’Histoire Naturelle de Pline L’Ancien. Son apparence fait penser à celle d’un bison : un corps de taureau doté d’une crinière de cheval. Les représentations enluminées du Moyen Âge représentent l’attaque amusante de cet animal légendaire. Pline la décrit d’ailleurs très bien : « il se sauve par la fuite, en attendant l’émission d’une traînée de gaz qui couvre parfois une distance de trois furlongs [604 m], et brûle les poursuivants qui entrent en contact avec comme une sorte de feu ».

#8 La Manticore

Gravure illustrant une Manticore
Gravure illustrant une Manticore

La Manticore est une redoutable créature perse anthropophage. Elle possède un corps de lion se terminant par une queue de scorpion. Sa tête humaine est pourvue d’une rangée de dents acérées. On la représente parfois avec une paire d’ailes de chauve-souris et de cornes. Cet animal mangeur d’hommes est encore une fois évoqué par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle. Son nom a pour origine les mots en ancien persan « martiya » signifiant « homme » et khvar qui veut dire « manger ». Dans le bestiaire médiéval, La Manticore remplace le sphinx antique. Dans son poème La Tentation de Saint-Antoine, Flaubert fait mention d’une « manticore, gigantesque lion rouge, à figure humaine avec trois rangées de dents ». La Manticore devient un être maléfique, symbole de Satan.

Soif d’autres créatures fantastiques ?

Pour découvrir encore plus d’articles inspirants, téléchargez l’application Cultur’easy sur Applestore ou Playstore.

Par  Ariane Guizard,

Mon prénom, à la légende crétoise bien connue, m’a donné le goût pour l’art et les histoires. Petite, j’écrivais et mettais en scène des pièces de théâtre tout en dessinant mes rêves. Devenue une adulte curieuse, j’aime passer du coq à l’âne et d’une découverte à l’autre. Après des études artistiques, je suis devenue rédactrice pour raconter la vie des autres sur le web. Hypersensible, je vis chaque jour avec passion et une bonne dose de folie !

Commenter cet article

Restez connecté à la culture !

Pour ne manquer aucun article. Inscrivez vous à notre newsletter.