Entre jardins fleuris, animaux mystérieux et illustres armoiries, le joyau du musée de Cluny à Paris recèle de nombreux secrets. Attribuée à Jean d’Ypres pour ses cartons, la tenture de la Dame à la Licorne continue de fasciner deux siècles après sa création.

Composée de six tapisseries, la tenture a été créée entre 1480 et 1510 environ. Elle évoque les cinq sens et a été exécutée pour le magistrat Antoine II Le Viste, qui a pu être identifié grâce à ses armoiries tissées sur la tenture. Si on connait bien le contexte de réalisation, il n’en va pas de même pour la signification de l’œuvre, qui demeure encore aujourd’hui chargée de mystère. En effet, l’ordre exact dans lequel devaient se placer les tapisseries n’est pas connu ! Pour tenter de lever le voile sur cette énigme, voici 5 choses à savoir sur la Dame à la Licorne.

L’allégorie du Seul désir

La Dame à la licorne, « A mon seul désir », Wikimedia Commons
La Dame à la licorne, « A mon seul désir », Wikimedia Commons

Chaque tapisserie comporte une dame et sa suivante sous un pavillon. Sur la dernière on observe les mots « A mon seul désir ». C’est la seule tapisserie de la série ne mentionnant pas l’un des cinq sens. Ce « seul désir » peut s’expliquer par deux hypothèses. La première repose sur les textes de Platon : selon celui-ci, les cinq sens physiques mènent à un sixième : l’intellect, la raison. Ces cinq sens sont dirigés par le désir. Ce qui permet de rechercher la perfection afin d’atteindre l’intelligence. En ce sens, chacune des tapisseries de la Dame à la Licorne renvoie à l’acquisition progressive de la connaissance.

Ainsi, dans la tapisserie du goût, la dame prend une dragée dans une coupe et l’offre à un oiseau. Par son sens gustatif, elle atteint donc un état supérieur de contemplation, signifié par l’oiseau. L’animal la rapproche du monde céleste et divin, considéré au Moyen-Âge comme supérieur au monde terrestre des humains.

Une seconde hypothèse trouve sa source dans un texte plus tardif : Moralité du cœur et des cinq sens, écrit par Jean de Gerson en 1402. L’auteur y assimile le sixième sens au cœur. Ce dernier se trouve au sommet de la hiérarchie médiévale des sens, qui progresse du plus matériel au plus métaphysique. Selon cette vision littéraire, le cœur est un sens interne qui recentre l’humain sur lui-même.

Des symboles cachés

La Dame à la licorne, « Le Toucher », Wikimedia Commons
La Dame à la licorne, « Le Toucher », Wikimedia Commons

Chaque élément de la tenture est porteur de sens. Les animaux et les fleurs évoquent une forme de jardin d’amour propre à la littérature courtoise. Les trente-six lapins présents dans la tenture symbolisent la reproduction autant que la chasse, et les chiens représentent la fidélité et la vie conjugale harmonieuse. Les quelques singes sont des figures de l’animal terrestre, inapte à atteindre la conscience de soi propre à l’humain.

Dans chaque tapisserie, la licorne et le lion soutiennent des étendards ou bannières aux armes des Le Viste. Cependant, il ne s’agit sans doute pas d’une exaltation d’une fierté familiale. Ainsi, dans Le Toucher, la dame tient à la fois une bannière et la corne de la licorne, animal divin par excellence. Elle représente ainsi la réunion des puissances humaines et célestes.

Fleurs et jardins magiques

La Dame à la licorne, « Le goût », Wikimedia Commons

Toutes les scènes sont sur fond rouge avec un motif de mille-fleurs. Ce terme désigne l’abondance de feuilles et de fleurs disposées régulièrement sur un fond uni. Le motif est fréquemment utilisé dans les textiles entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe siècle. Des animaux sauvages ou domestiqués sont souvent présents dans un tel motif. La Dame à la licorne en est un parfait exemple. On y voit des végétaux variés (jasmin, muguet, marguerites…) et des petits animaux en nombre.

Ces éléments ont été tissés sur chaque tapisserie de la Dame à la Licorne. Leur récurrence confère une réelle unité à l’œuvre. Elle lui donne par ailleurs un aspect familier : ces animaux et végétaux sont en effet communs au Moyen-Âge.

Une vision de la société

La Dame à la licorne, « L’ouïe », Wikimedia Commons
La Dame à la licorne, « L’ouïe », Wikimedia Commons

L’élégance et la préciosité des vêtements, des coiffures et des bijoux portés par la dame suggèrent son statut social élevé. En revanche, la jeune fille située à ses côtés, moins grande et vêtue plus modestement, semble être une demoiselle. Au Moyen-Âge, il s’agit d’une femme proche d’une princesse voire d’une reine. Ce statut inférieur est indiqué par sa place : elle ne se situe jamais au centre de la tapisserie.

Les apparences physiques des femmes évoquent les canons de beauté médiévaux. Leur silhouette est très mince, leur teint pâle et leurs cheveux blonds. Les textiles et bijoux dont elles sont vêtues sont représentatifs de la mode des années 1500. Elles portent en effet des robes damassées ornées de motifs de grenade et portent à leur cou des chaînes à maillons ou torsadées ainsi que des pendentifs.

La Dame à la Licorne dans la pop culture

"Harry Potter à l'école des Sorciers" lorsque le jeune héros rentre pour la 1° fois dans la salle commune des Griffondor
« Harry Potter à l’école des Sorciers » lorsque le jeune héros rentre pour la 1° fois dans la salle commune des Griffondor

La tenture est un tel chef-d’œuvre par sa subtilité et sa beauté qu’elle a été réutilisée de nombreuses fois dans des créations de la pop culture. Ainsi, dans la saga de films Harry Potter, certaines tapisseries ornent les murs de la salle commune de Gryffondor. De même, dans le film Mary Queen of Scots de Thomas Imbach (2013), la tapisserie « A mon seul désir ». L’autrice britannique Tracy Chevalier s’est directement inspirée de l’œuvre pour son roman The Lady and the Unicorn (2003).

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Par  Sarah Gouin-Béduneau ,

Sarah est historienne de l’art et s’est spécialisée dans la gestion du patrimoine culturel. Elle aime toutes les formes de création visuelle, s’intéresse énormément à la musique et au patrimoine industriel et travaille actuellement dans la conservation et la documentation des biens mobiliers.

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