Chaque vie humaine est bercée par le franchissement de plusieurs seuils. Ces étapes-clé, célébrant le passage d’un état ou d’un statut à un autre, s’accompagnent de rites élaborés. Chaque société peut alors opérer selon des codes propres à chacune.  

Naissance, enfance, adolescence, âge adulte, union, décès… Toutes ces grandes étapes de la vie sont marquées par des rites de passage, cérémonies initiatiques et pratiques d’inclusion. Elles ont pour but de s’intégrer à la société et d’être reconnu par la communauté. On se plie alors aux traditions et coutumes de son peuple.

En 1909, Arnold Van Gennep distingue une classe de rites « qui accompagnent chaque changement de lieu, d’état, de position sociale et d’âge ». Ce sont les rites de passage. Selon cet ethnologue, l’enchaînement, le déroulement des rites a donc autant d’importance que le contenu. Arnold Van Gennep distingue trois phases les caractérisant. Une séparation, une marginalisation puis une agrégation par rapport à un nouvel état ou à un nouveau collectif.

Partons à la découverte de quelques-unes de ces traditions parfois très différentes d’un pays à l’autre !

La Cryptie : rite de passage sanglant des guerriers spartiates

Statue de guerrier spartiate
Statue de guerrier spartiate

Afin de devenir un homme, les jeunes spartiates devaient accomplir la Cryptie. Ce terme qui vient du verbe grec kruptô signifie « se cacher, dissimuler ». Les apprentis guerriers battaient la campagne en veillant à rester cacher le jour.

L’objectif premier de cette « institution » semble être celui d’accoutumer les jeunes aux opérations militaires. Ils deviendront ensuite des guerriers impitoyables. De plus, ces jeunes spartiates armés de couteaux devaient assassiner pendant la nuit les Hilotes (les esclaves de Sparte). On pense qu’en instaurant un climat de terreur, cette pratique permettait d’éviter un soulèvement des Hilotes face à leurs maîtres.

La Cryptie demeure un sujet mystérieux qui questionne de nombreux historiens et les sources littéraires. Platon, Aristote, Plutarque et d’autres se contredisent même parfois ! Elle présente des caractères rituels et initiatiques évidents mais certains l’interprètent différemment. Rite de puberté pour certains tandis que d’autres la voient comme une initiation à une confrérie guerrière, une société secrète.

L’intégration à la milice guerrière des Fianna : démonstration d’aptitudes physiques et intellectuelles

Dans la mythologie celtique irlandaise, les Fianna étaient à la fois guerriers, chasseurs et poètes. Ils étaient généralement de jeunes aristocrates n’ayant pas encore hérité des terres de leur clan. Ils vivaient alors en dehors de la société.

 Afin de devenir membre de cette troupe, il fallait réussir plusieurs tests difficiles. Ces rites de passage seraient à l’origine de la chevalerie arthurienne. Lors d’une des épreuves, la recrue devait se tenir dans un trou creusé à mi-hauteur, avec pour seule arme un bouclier afin de se protéger de neuf guerriers. Si elle était blessée, elle échouait.

Par ailleurs, ces guerriers devaient maîtriser l’art de la poésie. On pense que l’initiation des jeunes nobles comportait certainement une formation intellectuelle. Les membres des Fianna irlandaises ne se recrutaient donc pas seulement sur leurs aptitudes physiques. Leur connaissance du savoir traditionnel était aussi indispensable.

La Tucandeira : le rituel à la fourmi balle de fusil du peuple Sateré-Mawé

Préparation des "gants" pour le rite de la Tucandeira
Préparation des « gants » pour le rite de la Tucandeira

Chez les Satéré-Mawé, tribu d’Amazonie brésilienne, le passage à l’âge adulte des jeunes garçons est marqué par un rite ancestral :  l’initiation à la fourmi balle de fusil. À partir de 12 ans les adolescents doivent glisser leurs mains dans des gants tressés contenant des fourmis Paraponera.

On les appelle « fourmis balle de fusil » car la douleur de leurs piqûres est très intense. Cela équivaut à celle ressentie quand l’on reçoit une balle, en raison de leur puissant venin. Chaque garçon doit porter ces gants pendant 10 minutes. Mais ce n’est pas tout ! Ils devront refaire cette cérémonie une vingtaine de fois durant les mois suivants avant que l’initiation soit terminée. Chez ce peuple autochtone du Brésil, la virilité se démontre par la résistance à la douleur. Il faut donc en plus éviter de crier pour ne pas montrer de signe de faiblesse.  

La quinceañera : célébration du passage de la « niña » à la « mujer » en Amérique latine

Jeune fille lors de sa quinceañera
Jeune fille lors de sa quinceañera

En Amérique latine, le 15ème anniversaire d’une adolescente est considéré comme le moment où elle devient femme. Cette étape fait l’objet d’une célébration digne d’un mariage féérique : la quinceañera. Certains universitaires pensent qu’elle s’inspire des bals de débutantes en Europe alors que d’autres y voient une version moderne des rites de passage aztèques.

Cette tradition marque culturellement la fin de l’enfance et donc le passage de la « niña » (la petite fille) à la « mujer » (femme) ou « mujercita ». C’est une transition entre deux étapes de la vie féminine.

Cette célébration s’organise autour de deux grands moments : la messe et la fête. La jeune fille porte une robe comme dans les mariages fastueux et aura droit généralement à une séance photo. Un groupe ou un DJ s’occupera de l’animation musicale et la jeune femme ouvrira le bal en compagnie de son père. Cette tradition a évolué au fil du temps et s’est adaptée à la société contemporaine.

L’intégration aux « Final Clubs » : sélection et bizutage dans les sociétés secrètes et élitistes de Harvard

Université d'Harvard
Université d’Harvard

D’après la sociologue Stéphanie Grousset-Charrière, ces sociétés secrètes de Harvard représentent l’élite de l’élite et fonctionnent selon trois principes : sélection, secret et pouvoir. 

Le processus de sélection (« punch process ») a lieu durant la 2ème année et s’appuie sur différents critères (sexe, argent, origine sociale…). Les nouveaux membres sont « punchés » : ils reçoivent une invitation formelle et anonyme et doivent traverser une série de quatre épreuves étalées sur un semestre. Après la quatrième étape, le « final dinner », la sélection finale a lieu et une fois d’accord, les membres vont réveiller en pleine nuit les élus et faire la fête jusqu’au matin.

Par la suite, des rites initiatiques sont organisés généralement pendant plusieurs semaines. Pour la plupart des Final Clubs, ils prennent l’allure de bizutages contemporains avec consommation excessive d’alcool voire de drogue même si leur caractère secret peut laisser planer le mystère et constitue une spécificité en comparaison avec des fraternités d’autres universités américaines. 

Nous aurions pu continuer inlassablement à parcourir la planète car les rites de passage sont un sujet aussi passionnant que foisonnant !

Art du Moko, art rituel du tatouage maori
Art du Moko, art rituel du tatouage maori

Difficile d’en choisir un plutôt qu’un autre et surtout de réussir à vous montrer quelles sont les similitudes entre ces pratiques qui paraissent si éloignées tant géographiquement qu’au niveau de leur signification. En effet, le passage à l’âge adulte semble bien plus douloureux lors de la tucandeira que pendant la quinceañera !

Mais c’est plus dans l’organisation et le déroulement de chacune de ces traditions que l’on peut trouver des points communs. Et surtout dans cette volonté d’intégrer la communauté, de se faire accepter des autres en vue d’assurer une cohésion de la société.

Certains sociologues ont cherché à savoir si tous ces rites de passage, cérémonies initiatiques et autres pratiques d’inclusion continuaient à perdurer de la même manière aujourd’hui. C’est surtout dans la civilisation occidentale où l’on peut se demander s’il n’y a pas eu un affaiblissement de ces rites voire une disparition. Avec la montée de l’individualisme, y-aurait-il un lien entre cette disparition et la perte de cohésion sociale ?

Pour découvrir encore plus d’articles inspirants, téléchargez l’application Cultur’easy sur Applestore ou Playstore.

Par Anne-Elise Grosbois ,

"Observer, capturer et partager la Culture", telle est ma devise ! Curieuse et connectée, j’aime m’évader en arpentant les lieux culturels et en voyageant. Freelance spécialisée en stratégie de communication digitale, j'accompagne des structures culturelles et plus particulièrement des artistes du spectacle vivant et de la musique.

Commenter cet article

Restez connecté à la culture !

Pour ne manquer aucun article. Inscrivez vous à notre newsletter.