De l’excitation, des oiseaux, des balcons et des petits pas, le tout sur une scène immense avec des étoiles plein la tête, le Lac des Cygnes c’est régulièrement en tournée partout en France et tout de suite dans C’est comme la confiture.

Crédits : Podcast proposé par Cultur’easy
Concept de Marion Labbé-Denis
Écriture et Voix de Marion Labbé-Denis
Musique Originale de Lucas Beunèche
Montage & Mixage de Lucas Beunèche
Conseil artistique : Caroline Garnier
Production artistique : Elodie Bedjai

Retranscription de l’épisode Le Lac des Cygnes

Récemment on m’a proposé une place pour aller voir Le Lac des Cygnes à l’Opéra Bastille. J’étais hystérique. C’était dans mes plans pour l’année à venir. Et voilà que j’allais faire ça en anticipé trois jours avant le réveillon. On aurait dit une enfant à qui on aurait donné beaucoup trop de sucre. Et puis, j’ai paniqué. En réalisant que je ne connaissais pas, mais alors pas du tout l’histoire originale en fait. Du coup, j’ai décidé de préparer un peu cette première sortie à l’Opéra de Paris. En me renseignant sur ce que j’allais voir.

Le Lac des Cygnes, c’est un ballet de danse classique en quatre actes sur une musique de Tchaïkovsky. Créée pour le Théâtre Bolchoï de Moscou en 1877. Tchaïkovsky, on a souvent entendu ce nom quelque part mais de là à savoir qui est le bonhomme… pas tant. Il était plutôt symphonie lui, à la base. Mais quand on lui a demandé de composer un ballet de danse et que c’était bien payé il s’est dit “Allez!”. Donc, il l’a fait. 

Bon, au départ ça n’a pas été un franc succès. Pas une humiliation non plus, hein. Mais c’était pas foufou l’histoire. Quand on sait que c’est aujourd’hui le ballet le plus dansé de l’histoire des ballets. On a un peu de mal à y croire. Mais il a fallu attendre la chorégraphie de Marius Petipa et de Lev Ivanov pour que le ballet rencontre un véritable succès. Tchaïkovsky quand c’est arrivé, ben, il était déjà parti. Succès posthume donc, dommage.

Mais le meilleur reste à venir. C’est quand Rudolf Noureev reprend la chorégraphie pour l’Opéra de Paris en 1984. Avec une version plus psychologique de l’histoire, plus deep, de ce que j’en comprends, que le Ballet est devenu ce que l’on en sait aujourd’hui.

Et qu’est-ce qu’on en sait alors ? 

Eh bien pas grand chose mesdames et messieurs. Mais rassurez-vous, j’ai fait mes devoirs, syndrome de la bonne élève oblige. Même en ayant mangé trop de sucre, je vais pouvoir vous expliquer de quoi il retourne. Parce que je me suis dit qu’il y a avait peu de chances qu’il y ait des sous-titres. En mode on voit sur scène “petit-pas-petit-pas et un, deux, saut de chat”. Avec un sous-titre adapté qui dirait : “Le cygne, dépassé par la dure réalité de la vie s’en va, accablé, se recueillir au bord du lac le cœur lourd. Mais le petit pas léger”. Et j’avais raison, rien de tout ça et j’étais bien contente de comprendre un peu l’intrigue.

Je vais donc vous spoiler

Après spoiler une histoire qui est sortie il y a plus de 150 ans, je considère que c’est autorisé. Faut pas pousser. Dans la version de l’histoire que j’ai choisi de retenir : il était une fois dans un royaume lointain et fabuleux… Un roi et d’une reine qui avait une fille, prénommée Odette, superbe et gentille. Tout le monde était très heureux et tous les hommes souhaitaient épouser la princesse. Même le vilain Rothbart. Un personnage un peu magicien maléfique vêtu de noir et pas très sympa. Bon après, avec un nom pareil ça doit pas être facile, mais ce n’est en rien une excuse. 

Mais donc, Rothbart demande la main de la princesse. Comme tout le monde, puisque tout le monde veut se marier avec elle. Mais la princesse, elle est maline et elle sent le truc venir. Elle voit bien que Rothbart c’est pas un mec super. Il la fait un peu flipper en fait. Donc du coup, elle supplie ses parents de ne pas accepter sa demande en mariage. On se demande pourquoi elle a besoin de les supplier, mais bon. Résultat, ils refusent, Rothbart, il est hyper vexé et il veut se venger.

Il s’enferme dans une petite tourelle. Il fait des potions. Et un jour où la princesse se balade avec ses copines dans le royaume, il y a un oiseau qui sort de la tourelle de Rothbart, qui passe au-dessus d’elles. Elles se prennent une goutte ou plusieurs je ne sais plus, d’une potion maléfique. C’est un sortilège terrible qui les transforme, la plupart du temps -je n’ai pas bien compris les règles- en cygnes. Elle et toutes ses copines. Je crois que le jour, elles sont des cygnes et la nuit elles redeviennent des femmes, mais c’est flou. 

Le roi et la reine pleurent énormément la perte de leur fille. Le royaume est dévasté, puisqu’en fait la princesse elle était copine avec toutes les jeunes femmes du royaume. Donc elles sont nombreuses à avoir été transformées en cygne et à avoir disparues. Tout le monde pleure et ils pleurent tellement que leurs larmes finissent par former un lac. Que nous appellerions Le Lac des Cygnes. Stylé n’est-ce pas ? Cela dit, accrochez-vous parce que ça ce n’est que le prologue. Et dans le ballet c’est résumé et ça dure littéralement trois minutes. Dans le prologue en fait, on voit un oiseau noir pas gentil qui embête un petit Cygne Blanc.

Fin du game.

Mais enfin, la suite

Dans un royaume voisin ou presque il y avait une reine dure mais juste et gentille qui avait un fils. Un prince qui était jeune et qui venait d’avoir 18 ans, Dalida, si tu nous entends… Donc ce prince, Siegfried, passait son temps à chasser et à faire sa petite vie. Et la Reine, elle voulait qu’il s’assagisse. Donc il fallait qu’il se trouve une femme. Parce que c’est comme ça dans la vie quand on veut être un adulte, on prend une femme. Ouais, ouais, on est en 1877. Le prince lui, il est un peu idéaliste. Il se dit bon, épouser quelqu’un par amour pourquoi pas, mais juste pour se calmer, il est pas chaud. Donc il boude. 

Il boude, mais il ne dit trop rien parce que c’est sa mère. Qu’elle est Reine et que, bon, elle est dure mais juste et gentille. Et puis, de toute façon sa mère ne lui laisse pas le choix. Elle lui dit : “Mais si fiston, tu vas voir demain je vais t’organiser un petit bal. Et hop ! Tu vas trouver une femme”. Oui, parce qu’un bal c’est un peu comme une grande foire aux femmes finalement. C’est le salon de l’agriculture, mais en plus chic.

Le prince finit, de rage, par aller chasser avec ses copains. Plutôt que de se fâcher avec sa mère.

Et là, il se retrouve près du Lac des Cygnes

Il s’apprête à tirer sur un oiseau. Mais soudain, il réalise qu’il s’agit en fait, d’une femme superbe, Odette, qui porte très bien la plume apparemment. Ils dansent. Elle lui raconte le sortilège tout ça, qu’elle ne pourra briser que si quelqu’un l’aime et lui reste fidèle. Mais qui pourrait bien vouloir d’elle dans cet état, en mode petit cygne blanc ? Et Siegfried de lui répondre, “Mais moi Odette, moi je t’aime et moi je vais t’épouser. Viens au bal de ma mère demain, comme ça on s’épouse et ça va être super la vie”. Mais Rothbart, il a entendu, parce qu’il est toujours là et il compte bien en découdre.

Le lendemain donc, petit bal des familles avec tout le gratin. Tout le monde se présente sous son meilleur jour, mais Siegfried, il s’en fiche un peu. Lui, ce qu’il attend c’est Odette. Au bout d’un moment, une femme qui ressemble très fort à Odette, mais avec des plumes noires sur le costume, arrive au bal. C’est le cygne noir, le Black Swan du film avec Nathalie Portman. Siegfried, il est comme un fou. Il s’élance vers elle. Il lui dit “Coucou Odette”, elle répond “Non, non moi c’est Odile”. Mais lui, soulagé comme pas deux, il fait pas attention. Il dit “Oui, oui c’est ça”. Il danse avec elle et finit par la demander en mariage. Là dessus, la vraie Odette, en plumes blanches apparaît. Elle réalise que Siegfried l’a trahie, le sortilège ne pourra plus jamais être brisé.

Siegfried, en la voyant réalise qu’il s’est trompé

Il aperçoit Rothbart le méchant. On comprend que le cygne noir alias Odile, c’est en fait la fille du méchant Rothbart. Et qu’il a fait exprès de la faire ressembler à Odette pour que Siegfried fasse n’importe quoi. Là, j’avoue je n’ai pas bien en tête les détails du contrat de sortilège. Mais Odette s’enfuit. Rothbart se frotte les mains. Siegfried, dévasté d’avoir causé la perte de celle qu’il aime, court à sa poursuite. 

Dans la version pour enfant, il la rattrape et leur amour est si fort qu’ils peuvent quand même s’aimer pour l’éternité. Mais il y a d’autres versions. Il y a celles où Rothbart emporte Odette, et Siegfried se laisse mourir. Celle où Odette se noie et Siegfried la suit et se noie aussi. Ça pour le détail, chacun voit midi à 14h de sa porte. Mais enfin voilà. Dans les grandes lignes et de façon approximative vous savez tout.

Bon, vu le résumé que je viens de vous faire

Vous vous doutez que pendant tout le ballet dans ma tête tournait des phrases comme : “Attends c’est qui la Reine dure mais gentille ?” “Ahhh c’est là qu’il part chasser ? Dis donc, il a l’air enthousiaste.” “Non mais je comprends plus rien c’est qui celui là ?” Avec un vocabulaire digne des plus grands monologues des 3-6 ans. Mais j’ai adoré. C’était un peu magique. Déjà parce que l’Opéra Bastille. Il y a tellement d’escaliers qu’on se croirait dans un palais de Playmobil. Et ensuite, parce que les costumes sont magnifiques ! Même si j’avoue, à un moment le danseur qui faisait Rothbarth s’est pris sa propre cape dans la figure. Et que j’ai un peu gloussé. Mais la coordination, la précision de leurs mouvements, leur grâce… 

La force qu’il faut pour faire ce qu’ils font. Ils ont l’air tous de savoir exactement où ils vont pendant des heures en fait. Comme s’ils avaient en tête des repères que nous, on ne voit pas. Moi, je me souviens de mes premiers pas de danse déguisée en Tigrou à la maison de quartier. Ça n’avait pas du tout la même allure.

Il y a un moment en particulier que j’ai adoré. C’est quand les quatre petits cygnes dansent tous ensemble. Ils sont accrochés les uns aux autres et ils font pip pip pip pip pilili pip pip, pilip pip pip. Oui, voilà, ça. Et puis aussi, quand ils sont très nombreux et qu’ils dansent tous en même temps. On ne sait plus trop où regarder. On ne sait même plus s’il faut regarder le détail d’un seul danseur ou d’une seule danseuse, ou la force du collectif. Non, vraiment c’est sublime.

Je me suis quand même dit

“Mon dieu, mais ils courent beaucoup ! Même moi quand je prépare un semi je crois que je ne cours pas autant”. Et on entend les petits pas ! Ça vraiment, je l’ignorais. Je savais qu’au théâtre, on entendait les pas. Ça fait partie de la convention du théâtre. Mais je ne m’étais jamais posé la question pour de la danse classique. Ça paraît logique évidemment, je dis pas, mais j’ai été surprise. Il y a un orchestre en live, c’est de la folie. On a essayé de les compter approximativement et on a estimé qu’ils étaient au moins 60 à une vache près. Mais pour autant, par moment la musique est douce ou alors il y a des petites pauses. Et là on entend les petits pas des danseurs sur la scène. Et donc je me suis dit “Oh tiens, c’est marrant ça. J’aurais pas pensé”.

Mais revenons à nos moutons, à nos oiseaux, cygnes, enfin vous voyez quoi. Pour tout vous dire, en arrivant je ne savais pas trop si j’étais en décalage avec les gens niveau habillement. Mais en fait, j’étais soulagée de constater qu’il n’y a aucune règle. Il y a des gens en costumes trois pièces et robe de satin en mode Emily in Paris. Je pense que leur vie est un film. Et puis, il y a des gens en jean basket, et tout le monde est à sa place. 

Mais enfin, au début tout le monde est un peu guindé dans l’attitude. C’est calme et tout; On est à la limite du sourire pincé. On essaye de se tenir droit. On relève le menton.

Et puis on sent qu’il y a des habitués

De ceux qui savent quand ils ont le droit d’applaudir. Ceux-là on les reconnaît parce qu’ils lâchent un petit BRAVO avant de lancer les applauses. Pendant tout le ballet les gens se limitaient à des bravos enthousiastes mais dosés. Et les applaudissements étaient convaincus et convaincants. Mais alors à la fin, on aurait dit un concert de Maître Gims au stade de France ! J’étais pas prête. Il paraît que c’est pas toujours le cas, mais là oui. Les gens se sont levés. Ils ont dit des “Bravo, ouais, ouhhhh”, très très fort. Peut-être parce qu’il y avait beaucoup de gens qui comme moi ne connaissaient pas les codes et s’en donnaient à cœur joie. Je ne sais pas.

Par contre, je n’ai pas compris pourquoi est-ce qu’ils étaient pas tous sur scène à la fin ? C’est étrange, non ? Je veux dire, ils avaient tous dansé ? Et pourtant il n’y a que certains danseurs qui avaient le droit d’être applaudis. J’ai trouvé ça pas cool. Parce que peut-être que j’ai pas les codes hein. Mais je ne vois pas pourquoi le corps de ballet aurait moins le droit d’avoir du bruit dans les oreilles.

Mais je m’étale.

Je vous le conseille si l’histoire du Lac des Cygnes, d’Odile, Odette, Rothbart et Siegfried vous a intriguée

Que vous êtes curieux de voir à quoi ressemble une chorégraphie un peu deep en danse classique. Que vous aimez les bruits blancs et que vous voulez frimer un peu en racontant l’histoire à votre tour. Personnellement j’ai débriefé de la première partie à l’entracte. Et après, quand on m’a dit “Ok et alors après il va se passer quoi ?” J’ai répondu “Ah bah je te dis pas hein”. Genre, je laisse du suspense, la suite au prochain épisode. Comme si c’était un épisode de Game of Thrones cette affaire. J’avoue, j’ai un petit peu abusé. Mais c’était pas désagréable de se la jouer un peu. 

Je crois que je pourrais en parler pendant des heures. Il y a tellement de choses que j’ignore sur cet univers, je suis fascinée. J’ai pas les mots, -dit-elle au bout qu’un quart d’heure de monologue.

Bref, en attendant que Le Lac des Cygnes repasse à Paris et en tournée partout en France. Une version filmée du ballet de 2017 est disponible à la location sur le site de l’Opéra de Paris. Je vous conseille pour plus de sérieux et tout en douceur. L’histoire du Lac des Cygnes racontée par Elodie Fondacci pour les enfants disponible sur Radio Classique. Mais vous pouvez aussi aller voir l’Aigle Prodige. Un spectacle librement inspiré de la vie de Rudolf Noureev mis en scène par Olivier Schmidt. c’est au Théo Théâtre et ça se joue presque tous les samedis jusqu’en avril 2023.

Bisette,

PS : Mais quand on y pense

Le lac des Cygnes c’est un peu Shrek, sauf qu’ils ont pas eu le temps de faire des triplés, non ?

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