Ne serait-il pas venu le temps, non pas des cathédrales, mais d’un regard différent sur les contes et récits avec lesquels on a grandi ? Cendrillon fait du 37, Aurore s’endort, Blanche-Neige fait des tartes, d’accord très bien, mais est-ce que l’on doit pour autant se contenter de s’occuper en attendant qu’un prince charmant vienne donner son avis et un sens à nos vies ? Ce n’est pas dit… 

Crédits :
Episode 5: « J’attends mon prince ? »
Un texte de Marion Labbé-Denis
Réalisé par Caroline Garnier et Elodie Bedjai
Voix : Marion Labbé-Denis
Avec la participation exceptionnelle de Louise et de Louisiane
Musique originale : Lucas Beuneche
Montage, habillage et mixage : Lucas Beuneche
Production exécutive et artistique : Elodie Bedjai
Illustration : Annaïs Helou
Archives : Institut National de l’Audiovisuel
Droits musicaux pour les musiques de Disney « La Belle et la Bête » et « Libérée, Délivrée »  :  SACEM
Interprétation des musiques de « La Belle et la Bête » et «  Libérée, Délivrée »  : Lucas Beuneche
« Je voulais vous dire », une série de podcasts Cultur’easy
Une conception originale de Elodie BedjaiCaroline GarnierMarion Labbé-DenisMarie Duris et Amélie Gonin.
Produit par Cultur’Easy

Retranscription du podcast « J’attends mon prince ? »

Louise,

Je sais qu’on se voit peu, et qu’on a rarement l’occasion de discuter longuement de ce qui fait rire les oiseaux et chanter les abeilles. Néanmoins, récemment je me suis dit qu’il fallait que je t’écrive.

Tu sais, il y a quelques années, du haut de tes 4 ans, tu m’as dit quelque chose qui m’a profondément marquée. Je ne sais pas si tu t’en souviens, nous étions en repas de famille chez mamie à la Minotais. Il y avait beaucoup de monde et du mouvement dans tous les sens. Comme d’habitude, c’était joyeux et plein d’effervescence. Ce jour-là j’imagine que quelqu’un m’avait dit “Tiens Marion, est-ce que tu peux récupérer le plateau de fromage dans l’arrière-cuisine?” Et en traversant le couloir, je t’avais trouvée toute seule, adossée au mur, face à la porte d’entrée, les bras croisés. Surprise, je t’avais demandé “Bah Louise, qu’est-ce que tu fais là ?” Et là tu m’as répondu avec un aplomb déconcertant :

“J’attends mon prince.”

J’ai souri mais l’air de rien, je suis restée interdite quelques instants avant de reprendre mon chemin vers le bien nommé plateau de fromage.

Alors, j’avais envie de t’écrire pour te dire deux ou trois choses à ce sujet. Parce que ça m’a fait réfléchir, figure-toi. Je me suis demandé quelle influence tous ces contes, ces dessins-animés et particulièrement les Disney avaient pu avoir non seulement sur nos imaginaires, mais aussi sur nos ambitions ou ce que l’on pouvait attendre de la vie.

Entendons-nous bien, moi aussi j’en ai passé du temps à rêver du prince charmant

Celui qui viendrait me sortir d’une certaine torpeur pour m’emmener vers des lendemains qui chantent mieux. Alors non, je n’ai jamais rêvé de passer le balai dans des baraques inchauffables en tapant la discut’ avec des petits moineaux, parce que clairement, je doute qu’ils aient beaucoup de conversation, mais Partir là-bas, comme dirait Ariel, ça m’a toujours tenté. Mais alors là-bas où, ça par contre, j’ai jamais trop su, du coup au départ j’ai fait comme on m’a dit.

Si on regarde bien, tous les Disney tournent autour de la notion du rêve. Alors, rêver, rêver, oui, moi je veux bien mais au bout d’un moment, je me dis aussi que parfois, la vie est très bien comme elle est avec ses contrariétés et ses imperfections, tu n’as pas besoin d’avoir un château et des pantoufles de verre pour être bien dans tes baskets. Tu peux aussi juste manger du Gouda au petit dej’, et porter des crocs après tout.

Globalement les princesses et principalement les premières, leur rêve, c’est de se trouver un mec

Cendrillon fait le ménage en chantant que Le rêve de la vie c’est l’amour, Blanche-neige subit les tentatives d’assassinat de sa belle-mère en fredonnant Un jour mon prince viendra, La belle au bois dormant s’ennuie ferme en murmurant des Mon amour, je t’ai vu au beau milieu d’un rêve en pleine forêt… Elle ajoute même Refusons tous deux que nos lendemains soient mornes et gris. Alors là, on dit merci Aurore, elle nous dit donc, que si on a le malheur de ne pas trouver un prince, nos lendemains seront ? Mornes et gris ? Ah bah super. Bon, bon très bien, on fait quoi du coup ? Et bien… Comme toi Louise, on attend son prince…

Personnellement, j’y ai mis du cœur, dans cette attente

Je me suis dit qu’en attendant fort, il allait bien finir par me tomber dessus. Et puis, j’ai commencé à avoir des cheveux blancs, je n’avais toujours pas aperçu de bonhomme un peu stylé avec de grandes bottes de cheval, une cape, un brushing parfait et le sourire de monsieur propre et ça m’a mis la puce à l’oreille.

En même temps, il faut dire que les Ferdinand, les Philippe, les Henry, Eric et autres Eugène, je ne sais pas ce qu’il en est dans ta génération Louise, mais à mon époque ça courait pas les cours de récré. On était plus sur du Kévin, Anis, Maxime et Jérémy. Après si les mecs changent de prénom à chaque génération, aussi, comment tu veux qu’on les reconnaisse ?

Alors je me suis mise à douter et j’ai repensé à Blanche-neige.

Cette première princesse qui nous disait “On ne voyait que trop que le prince était charmant, que je ne pouvais aimer que lui.” Et en prenant un peu de recul je me suis dit, bon déjà première arnaque. Alors, si elle nous a menti là-dessus, sur quoi d’autre ?

D’accord, Blanche-neige c’est l’un des premiers long-métrages de Disney et effectivement, j’ai fait le calcul, c’était il y a plus de 70 ans ! A l’époque les femmes n’avaient pas le droit de vote, on n’avait pas non plus le droit d’avoir un compte en banque et on devait, -c’était écrit dans la loi- obéissance à nos maris. Encore fallait-il en avoir un, évidemment. Bref, tu vois où je veux en venir, le contexte de production de ces films a quand même un peu évolué depuis.

Mais ça n’excuse pas tout !

Elle a toujours la cote Blanche-Neige, alors qu’elle n’a quand même pas l’air bien dégourdie. Après je ne dis pas, peu importe ce qui lui arrive, elle voit le bon côté des choses, mais je crois qu’elle est bien au-delà d’un optimisme raisonnable. Quand elle panique parce que sa belle-mère a quand même voulu la tuer, – je veux dire, c’est pas rien. Elle dit aux petits oiseaux qui l’accompagnent : “Je suis désolée, je vous ai fait peur”. et elle ajoute : “Je ne suis pas fière de ma conduite, mais j’ai eu de telles émotions, Que faites-vous quand tout va mal ?”

Aujourd’hui je lui répondrais, bah écoute Blanche, tu fais comme tout le monde, tu passes au rayon développement personnel de la Fnac et tu vas lire deux trois bouquins dont c’est le titre en fait. C’est un petit budget mais tu verras que sur le coup, tu as l’impression d’avoir compris le sens de la vie.

Mais non, dans le monde de Blanche-Neige, il suffit de chanter à tue-tête avec tous les pigeons et les biches du quartier. Ensuite elle dit “J’ai le cœur en fête, à présent, je suis persuadée que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes.” Tu me diras, c’est vrai qu’en partant de là, t’as même pas besoin de lire les accords toltèques.

Mais est-ce que c’est un modèle à suivre dans l’absolu ?

Je ne sais pas quel est ton point de vue là-dessus Louise, mais je veux dire, elle babille comme ça en disant des “Il faut que je trouve un abri, je ne peux pas dormir dans un terrier, comme vous” à des lapins, et elle se marre. Elle voit une chaussette, elle se marre, un soulier elle se marre, on dirait Gandhi sous crack cette jeune femme. Tout est adorable, tout est mignon, il suffit de chanter et tout rentre dans l’ordre. De grands ohhh et de grands ahhhh. Alors qu’au bout de 7 minutes 20 de film, on parle déjà de la faire disparaître, moi je trouve qu’à ce niveau-là ce n’est plus de l’optimisme, c’est du déni.

Elle passe son temps à faire des tartes aux prunes et hop, tout le monde est content. Finalement, ce n’est pas difficile de combler des hommes. Tu leur fais une tarte, et peut-être que pour te remercier ils iront se laver les mains. Attention, je n’ai rien contre le fait de faire des tartes, ou de se laver les mains. Seulement les tartes, n’oublions pas que c’est ce qui cause sa perte à Blanche Neige. Le fait de vouloir faire des tartes pour satisfaire les hommes.

Parce que c’est l’argument principal de sa belle-mère pour lui faire croquer la pomme empoisonnée

Elle lui dit “Il faut faire des tartes aux pommes, c’est ce que les hommes préfèrent”, on dirait un conseil d’un vieux magazine féminin des années 80. Moi je me serais méfiée, enfin je crois. Bon, en tous cas Blanche-Neige elle meurt empoisonnée, j’avoue que moi ça ne me tente pas, c’est peut-être pour ça que j’ai arrêté de cuisiner.

Mais attend la suite, les nains n’ont pas réussi à l’enterrer, parce que ses tartes c’était vraiment une tuerie, c’est le cas de le dire. Du coup ils lui construisent un cercueil en verre. Ce qui est quand même assez malaisant, mais enfin passons. Le prince arrive, il l’embrasse, et elle se réveille.

Et là, moi j’ai envie de hurler au scandale

Parce que j’ai fait mes petites recherches Louise, ce n’est pas du tout ce qui se passe. En réalité, on dit aux enfants que c’est en l’embrassant que le prince sauve Blanche-Neige, alors que dans l’histoire originale des frères Grimm, c’est juste qu’il lui décoince le bout de pomme qu’elle avait entre les dents… Alors à force de raconter n’importe quoi, il ne faut pas s’étonner derrière si on a des générations entières d’enfants qui devenues adultes fredonnent Un jour mon prince viendra au lieu de s’offrir un bon détartrage.

D’ailleurs en parlant de détartrage, je ne sais pas toi, mais moi, je trouve que les princesses on dirait des pubs pour les yaourts. Alors oui, c’est joli, ça a la taille fine, le teint parfait, le sourire impeccable, Mais, est-ce qu’on a vraiment envie de passer nos vies à manger des perles de lait ? On risque l’overdose de lactose derrière, non ?

Il faut qu’elles soient douces, fragiles, qu’elles fassent des tartes, et souvent, jusque dans les années 2000 en tous cas, qu’elles aient de jolis petits pieds. Moi je fais du 41, donc autant te dire que déjà c’est cuit. C’est peut-être pour ça que je suis énervée.

En fait, ce qui m’énerve, c’est que les Disney du début, ils font passer un seul modèle pour la norme. Et à ce niveau-là, je me demande si l’une des pires histoires ne serait pas celle de la Belle au bois dormant.

Déjà parce que dès le départ, on lui souhaite des trucs absurdes

Rappelle-toi, elle vient de naître, c’est un bébé, hein. Un bébé qui bave, un bébé qui nage dans sa couche, qui passe sa vie à dormir. Un bébé quoi. Elle vient de naître donc, et que lui souhaitent ses marraines les fées ? D’être la plus belle. Non, mais alors déjà franchement, quand on voit ce que ça a valu à Blanche Neige trente ans plus tôt, moi je me demande vraiment si c’est une bonne idée. Et ensuite, on lui souhaite de bien chanter.

Dans la version de Perrault on lui souhaite aussi d’avoir l’esprit d’un ange, d’être gentille donc ? Et puis la plus belle fille, la plus belle voix, bref, la meilleure. Et avec bien entendu tous les attributs pour séduire. Voilà elle vient de naître et déjà on lui souhaite de plaire à quelqu’un. Mais l’enfer !

A tout moment on lui souhaitait un tour de taille réduit et des seins rebondis que ça ne m’aurait même pas choquée finalement.

Un bébé quoi c’est quand même incroyable, c’est ça que lui souhaitent ses marraines, de trouver un mec? Voilà, à partir de là, qu’est-ce que tu veux faire ?

Et puis, la plus belle, la plus belle voix, la plus belle robe, la plus ceci, la plus cela, est-ce qu’on peut pas arrêter deux secondes de comparer les filles entre elles et d’en élire une mieux que les autres ? Est-ce qu’on peut pas juste être ceci ou cela sans systématiquement l’être plus que les autres pour avoir de la valeur ? C’est vrai quoi, comment tu veux ne pas te sentir en concurrence avec le reste du monde quand tu es systématiquement la plus, ou rien du tout. D’ailleurs tiens, regarde il y a un autre truc qui me chiffonne, avec du recul. Tu me diras si tu as le même point de vue.

Sauf erreur de ma part, elles n’ont pas vraiment d’amies les princesses

Leurs amis, bien souvent, ce sont des petits animaux ou des objets qui s’animent. Les autres femmes sont, au choix : des marâtres, des marraines, des concurrentes ou des commodes.

C’est vrai, en terme d’identification avec des personnages positifs c’est très limité, on a  l’amoureuse, la mère ou le platane. Elles n’ont pas d’amies du même âge. Comme si les femmes n’aidaient personne, presque tous les adjuvants sont genrés au masculin. Il n’y a que les mecs, les théières et les petites souris qui peuvent te filer un coup de main. Alors clairement, dans la vraie vie, c’est loin très loin d’être le cas.

Mais chez les princesses, il n’y a donc que très peu de places pour l’amitié entre femmes.

Si, attends je dis des bêtises, à la limite, Pocahontas, elle, elle a une copine, une. Elle ne sait pas choisir ses mecs mais elle a une copine de son âge, c’est la seule, mais je dois reconnaître qu’elle a une copine qui n’est ni vilaine, ni vieille, ni un arbre. Mais du coup, tu avoueras que ce n’est pas étonnant quand il n’y a qu’une seule place de fille dans chaque film que l’on voit, que l’on ait tendance à se sentir en concurrence contre le reste de la gent féminine à longueur de temps. L’idée c’est que dans la vie pour nous il n’y a qu’une place, celle de la PLUS. La plus belle, la plus intelligente, la plus douce.

On ne peut pas se contenter d’être tout court, sans quoi on n’existe pas vraiment.

Mais revenons à nos moutons, j’ai aussi repensé à Belle, de la Belle et la bête. Qui alors elle, pour le coup, est vraiment toute seule. Alors déjà, Elle veut vivre autre chose que cette vie… Soit, un peu comme tout le monde finalement. Mais elle a du caractère, elle ne se laisse pas faire. Elle lit, elle a des envies, des passions, elle envoie bouler Gaston, qui est l’illustration parfaite de la masculinité toxique. Mais, et c’est là que ça devient un peu vicieux. Je me demande si dans la vie, La bête et Gaston ce ne serait pas la même personne. Tu ne crois pas Louise ?

Je veux dire dans l’idée, elle finit quand même par tomber amoureuse d’un mec qui a voulu manger son père.

Elle en est prisonnière je veux dire, elle n’a pas le choix. Mais… mais… on nous dit qu’il “fait des efforts”. Sans déconner, on croirait rêver, faire des efforts pour ce personnage, c’est manger avec des couverts, on ne va quand même pas lui décerner une médaille. Mais si… Et c’est là que réside la pirouette, il faut le comprendre parce que… Nan, mais tu comprends, il a souffert…

Comment tu veux que derrière on aille pas sans arrêt vers des mecs à problèmes en se disant, quand ça ne va pas dans le bon sens, NAN MAIS IL A SOUFFERT. Avec moi, ce sera différent… Vraiment si on fait un pas de côté, il l’enferme, il lui fait porter des robes, il l’oblige à dîner avec lui, et hop ça finit par marcher quoi. Il y a rien qui va dans cette histoire. Le problème avec cette vision des choses, c’est qu’on finit par se dire inconsciemment que tout ce qui est sain et simple aller hop, ça dégage, c’est bon pour les seconds rôles ça.

Ce qu’on nous raconte donc, c’est que seule, aucune chance d’avoir une vie, la vie ça commence à partir du moment où on a trouvé quelqu’un avec qui partager ses chiottes, son loyer et sa brosse à dent

Et que pour obtenir cela tous les sacrifices sont bons ! Bon, personnellement, je ne te cache pas que j’en suis revenue et que j’ai arrêté d’attendre. Déjà parce que j’avais autre chose à faire, et ensuite que j’allais pas rester là à compter les bouses alors que j’avais milles autres projets en tête. Non, mais c’est vrai quoi, quand tu vois ce que font les princesses Disney avant de rencontrer leur prince, elles sont toutes en train d’attendre la mort en faisant le ménage, moi j’avoue que ça ne me disait rien.

Mais là encore, on ne va pas les blâmer après tout, comme je te le disais, elles ne se sont pas écrites toutes seules ces princesses… Non, elles ont été écrites par Walt Disney et consorts… C’est la faute de Walt et ses équipes au fond, il a finalement, un peu comme beaucoup d’autres, inventé la femme idéale et décidé de l’ériger consciemment ou non, comme l’idéal absolu pour tout le monde.

Walt Disney, qui d’ailleurs serait d’origine normande

Décidément, le grand ouest, c’est un peu le berceau des civilisations. Parce qu’en fait, Walt Disney à l’origine, sa famille viendrait d’Isigny. Ce qui en anglais avec un accent américain donnerait Disney. Au fond, c’est vrai que le château des princesses ressemble étrangement au Mont St Michel, si on regarde bien. Coïncidence, je ne crois pas…

Alors bien sûr ces dessins animés sont les classiques des classiques, on montre ça aux enfants, parce que les autres dessins animés sont trop violents. Euh… En tous cas moi c’est ce qu’on m’a vendu, après méfiance, ce genre de réflexion m’a quand même valu de voir Le tombeau des lucioles à 8 ans. Un film, je cite : Célèbre pour sa noirceur et sa grande profondeur tragique (qui le rendent peu adapté à un public trop jeune), Ah bah c’est sûr que le japon pendant la seconde guerre mondiale c’était pas une balade de santé. Autant te dire que j’ai mis deux ans à m’en remettre. Alors bon, sur le principe d’accord, à part ce petit écart, que je dois à trois T sur le magazine Télérama, je suis restée sur du Disney.

Et je les ai tant aimés moi, ces films

Tous. J’ai grandi avec et ils ont tapissé mes rêves comme les tiens, je m’en doute. Et puis à partir des années 90 ont a vu arriver d’autres héroïnes, qui n’étaient d’ailleurs pas nécessairement que des princesses d’ailleurs.

Mais tu vois jusqu’à très récemment dans tous les dessins animés Disney, lorsque le personnage principal est une fille, on lui colle systématiquement un mec dans les pattes, et une histoire d’amour, à croire qu’on existe pas au-delà de ça. Même Mulan, qui a sauvé la Chine, on lui met une petite demande en mariage en fin de parcours pour la récompenser. Parce que tout le monde sait que c’est le seul happy end possible. Alors que les personnages masculins même il y a longtemps, ils avaient déjà des vies à eux, des aventures : Pinocchio, Dumbo, Bambi, Rox et Roucky, Le livre de la jungle, Kuzco, l’empereur mégalo, Merlin l’enchanteur…

Et j’en passe. Nous, on a eu Alice au pays des merveilles, une enfant qui fume des chenilles et se déguise en carte, à peu de choses près. Voilà, c’est tout. Je crois qu’ensuite il a fallu attendre 2002 avec Lilo et Stich, quel kiff d’ailleurs ce film. Bon d’accord, je l’admets il aura fallu attendre que Disney aille dans l’espace pour que l’on puisse vivre des aventures sans que ça tourne autour d’un garçon. Mais passons… Depuis il y en a eu d’autres, Vaiana, Raya, Mirabel…

Même si pour la plupart, elles ont quand même une petite histoire d’amour pour pimper le récit de leur vie, qui à priori, ne se suffit pas à lui-même.

La princesse Raiponce par exemple, oui, elle chante Moi j’ai un rêve, mais son rêve à la base, ce n’est pas un mec, là encore il y a du progrès, même si forcément, le premier qu’elle rencontre finit par être le bon, faut pas déconner. Il y a Rebelle aussi, je vais te dire, moi elle m’a vraiment donné envie de faire du cheval. Elle ne veut pas se marier, elle veut être indépendante, courir vite et faire des dingueries. Alors on pourrait se dire, oui allez banco, une héroïne-princesse nouvelle génération, mais il n’en reste pas moins que la raison pour laquelle on considère qu’elle est badass Rebelle, c’est qu’elle fait des trucs de mecs. Et ça aussi, ça pose question.

Ensuite, Tiana de la princesse et la grenouille, non seulement elle a une copine, mais surtout elle a un métier et des ambitions pour elle-même. Bon d’accord, ce que nous dit Disney ensuite, c’est que la pauvreté, c’est pas grave, parce que si t’es gentil, ça va pas durer. Alors, bien sûr il fallait qu’elle finisse par tomber amoureuse d’un prince ce qui dans les grandes lignes résout ses problèmes d’argent et lui permet de monter son restaurant. On est en 2009 on peut ouvrir des comptes en banque, mais on ne va pas non plus, faire péter tous les plafonds de verre d’un coup.

Pareil, pour la Reine des neiges, que je sais que tu adores.

Le premier prince qui se présente n’est pas franchement charmant, on s’en rend compte assez vite, c’est déjà un peu plus réaliste. Les musiques sont très puissantes finalement, délivrée, libérée, ça donne envie. Mais tu remarqueras que malgré tous ces messages, de sororité et d’indépendance, on leur a quand même mis… DES TALONS, il s’agirait pas non plus qu’on court trop vite.

Bon après, les injonctions, on ne va pas se mentir, elles ne viennent pas uniquement des dessins animés Disney, c’est partout tout le temps, à tel point qu’on ne s’en rend pas trop compte finalement, et qu’on accepte les règles du jeu, même si on ne les comprend pas toujours.

Mais pour revenir à Disney, tu vois même si je reconnais si l’évolution est notable, on est quand même pas tout à fait sorties de l’auberge

Après, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que les princesses Disney, c’est aussi et surtout une franchise, une franchise créée pour mieux nous vendre du dentifrice et des jus de pommes, je le sais j’en ai moi-même acheté. Mais ce n’est pas nécessairement un modèle à suivre. En tous cas, c’est loin d’être le seul, il y en a partout des modèles d’inspiration, dans les films, bien sûr, mais aussi dans l’actualité, parmi les artistes, les personnages historiques, les pompiers, les cascadeurs, les concierges, les professeurs, les fleuristes et sans doute même en cherchant bien, dans des pubs pour les yaourts.

Enfin tu vois, tu peux choisir qui tu veux pour des raisons qui te sont propres, et tu peux en choisir plein ! Le tout c’est ne jamais chercher à être à la hauteur de ce qu’on attend de toi, correspondre aux attentes des autres ça n’a pas de sens parce que les attentes des autres on les devine assez mal en réalité et on est souvent à côté du vélo, et puis faire attention aux autres ça ne veut pas dire être ce que l’on attend de toi.

Et puis de toute façon c’est toi le personnage principal de ta propre vie

Alors sois à ta hauteur à toi en fait, c’est bien suffisant. Après, ne sois pas surprise, ta propre hauteur elle va varier en fonction du vent et de la marée, il y a des jours où tu seras droite comme un i et où tu toucheras le ciel et puis il y en aura d’autres où tu seras un peu plus courbée, mais ce n’est pas grave. Ce sera ta hauteur du jour.

Cela dit, pour finir, je voudrais te dire que malgré mon aversion feinte pour les princesses et leurs histoires d’amour, je ne suis pas blasée, bien au contraire. Bien sûr que je te souhaite d’être amoureuse, parce que c’est un peu magique, qu’on sourit bêtement, qu’on a des ailes qui poussent dans le dos, que ça donne beaucoup de joie. Simplement, ce n’est pas la seule chose qui peut te donner ces sensations, et d’autre part dans la vie, l’histoire ne s’arrête pas à ce moment-là. Alors oui, je te le souhaite, vraiment !

Mais je te souhaite tellement d’autres choses aussi !

Je te souhaite de passer tes journées à faire des choses que tu aimes, qui t’animent, qui te font te sentir super puissante et qui te permettent d’avancer sereinement, je te souhaite d’être entourée d’une montagne de bienveillance, je te souhaite de rire à t’en décrocher la mâchoire, de continuer à chanter comme tu le fais parce qu’on dirait bien que ça te plaît ! Je te souhaite d’apprendre de nouvelles choses tous les jours, de courir vite, de rencontrer des gens, de grandir avec eux et de manger autre chose que des yaourts perle de lait. Voilà.

Et puis tu sais Louise, elles sont chouettes les princesses, je dis pas. Mais moi je te trouve déjà bien plus inspirante qu’elles. Alors, tu fais ce que tu veux bien sûr, mais je suis convaincue que tu n’as pas besoin de l’attendre ce prince.

Alors peut-être que l’Histoire éternelle, qu’on ne croit jamais, de deux inconnus qu’un geste imprévu rapproche en secret devrait faire place au vent qui hurle en nous sans penser à demain qu’on est bien trop fortes qu’ils ont lutté, en vain et que libérée, délivrée on attendra plus à jamais qu’un bel un inconnu s’approche en secret. Parce qu’on est pas des moitiés, mais des entiers et qu’on va les renverser ces clichés, ça risque de secouer, mais ce qui est sûr c’est qu’on va y arriver.

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