Un animatronique est un automate électronique possédant des mécanismes internes. Celui-ci prend alors vie grâce à la radiocommande. Cette mécanique est presque invisible à l’œil nu. En décalage avec un aspect extérieur réaliste et des mimiques qui peuvent créer le doute chez le spectateur. Ces animatroniques sont très tôt visibles dans l’industrie cinématographique. Utilisés dorénavant à des fins de divertissement dans des parcs d’attraction comme Disney ou Le Puy du Fou.

Un robot cinématographique

La pieuvre géante du film 20 000 lieux sous les mers : DR/Disney 
La pieuvre géante du film 20 000 lieux sous les mers : DR/Disney 

A l’origine, c’est Lee Adams, électricien et « Disney’s original Imagineers », qui invente le premier robot animatronique. Il met au point l’iconique calamar géant de  20 000 Lieues Sous Les Mers sorti en 1954, adapté du roman de Jules Verne. Dans une époque où la connaissance de la machine fait des grands bonds.  Un mastodonte qui alliait des dispositifs internes hydrauliques et d’air comprimé qui passait dans des tuyaux et du caoutchouc. 28 opérateurs devaient la manipuler, un boulot monstre.

Un animatronique oiseau dans le film Mary Poppins 
Un animatronique oiseau dans le film Mary Poppins 

Ces automates sont aussi présents dans le film Mary Poppins de 1964. C’est le cas des oiseaux Robin et Umbrella. Une flopée de films y a alors recouru. Patrick Tatopoulos, référence dans le domaine des animatroniques est un directeur artistique, chef décorateur, superviseur des effets spéciaux. Il a désigné des créatures très connues comme les monstres d’Underworld, Underworld 2 Evolution, d’I Robot et de Godzilla. Cette dernière est d’ailleurs la créature mécanique la plus grande jamais construite à l’époque. Ces animatroniques nécessitent une équipe aux talents variés. Allant du scénariste, en passant par les ingénieurs, les stylistes, les maquilleurs ou encore les marionnettistes.

La série Disney de Science-Fiction : The Mandalorian, a largement recours aux animatroniques

Le personnage de Grogu dans la série The Mandalorian
Le personnage de Grogu dans la série The Mandalorian

Certains ne s’en doutent même pas pensant que ces personnages à l’écran sont réels. Ils peuvent être aisément confondus avec des images de synthèse de par leur réalisme. Mike Senna est un ingénieur en robotique. Il travaille depuis 15 ans pour Disney Lucas Film et crée des personnages télécommandés sur-mesure à des fin de divertissement. Ceux-ci sont alors utilisés lors d’événements spéciaux, de spectacles sur scène ou encore lors d’émissions télévisées. Il nous énumère avec entrain les différents animatroniques présents dans cette série : « Il y a la femme grenouille sur le plateau : la façon dont sa bouche bouge est incroyable, la bouffée à l’arrière de sa tête, tout cela à l’air très réel. Grogu est aussi un animatronique ».

La dame grenouille dans The Mandalorian
La dame grenouille dans The Mandalorian

ll est l’inventeur de l’animatronique de Wall E et de R2-D2

« La robotique divertit les gens ». En l’écoutant, on apprend que les réactions rencontrées sont mitigées mais l’animatronique ne laisse personne indifférent.

 Mike Senna et R2-D2
Mike Senna et R2-D2

Pour moi, cette surprise ou défiance, c’est une réaction humaine au cœur de cette connexion émotionnelle avec le robot. Cela n’a pas l’air attrayant aux premiers abords. Certains ont l’air mignons, d’autres ont l’air amicaux. Ils peuvent être agréables et remplir de grandes fonctions mais pour beaucoup, ils sont vraiment bizarres. Je vois que certaines personnes ne s’y identifient pas. Les hommes veulent y être attachés sur le plan émotionnel pour les considérer d’où l’attention accordée aux petits détails. 

  Mike Senna et ses créations
Mike Senna et ses créations

Pour concevoir le meilleur robot, c’est donc une affaire de connexion émotionnelle mais surtout une affaire d’imitation : « Avec Wall E, j’essayais d’imiter les mouvements exacts de l’animatronique : leur vitesse, leur direction mais aussi leur apparence. »

Pour lui, robotique et animatronique sont intimement liés ce qui explique pourquoi les films ont eux même un impact sur les robots de la vie réelle. 

Créer Wall-E a été un sacré défi 

   Mike Senna et Wall-E
Mike Senna et Wall-E

Je me suis concentré sur une étape à la fois parce qu’on est vite débordé. On peut exploser si on le voit en entier. Je sais à quoi ressemble le corps mais tout doit être construit étape par étape. La partie la plus complexe est la construction du visage. Chaque composante est liée à la tête. Toutes les pièces sont contrôlées par le contrôleur central 

Le contrôle est principalement humain : « Il a quelques fonctions autonomes au niveau du visage qui mobilise beaucoup de mouvements : ouvrir les yeux, bouger les sourcils. Toutes les huit secondes, quelque chose bouge. Je peux contrôler tous ses mouvements ».

La technologie actuelle n’est pas en mesure de rendre les animatroniques totalement autonomes

Cette autonomie signifierait qu’ils ne pourraient pas reconnaitre les émotions des autres : « Nous pouvons connaître nos émotions par le visage ou le ton de la voix. L’animatronique contrôlé par l’homme peut comprendre cela, mais comment les processeurs autonomes peuvent-ils savoir les réactions positives ou négatives des autres ? ».

Et selon lui, les gens ont peur des humanoïdes ou de certains robots à cause des films de science-fiction : « Beaucoup de gens ont peur d’un niveau supérieur de la robotique à cause des films de science-fiction. Dans ces films, parfois ils commencent à tuer des gens. Alors que si vous avez cette chose qui peut être plus intelligente que les humains, elle peut être, pourquoi pas, la prochaine évolution de l’humanité ».

Rick Taylor, designer en animatronique à l’entreprise Garner Holt Productions

Autre figure emblématique du monde de l’animatronique, il revient pour nous sur sa passion.

J’ai travaillé avec mon père depuis 1978 chez Disney en apprenant à les construire. Depuis, j’ai gagné ma vie avec ces animatroniques. J’ai utilisé l’animatronique dans des parcs d’attractions, au cinéma et à la télévision. Pour moi, l’animatronique est à la fois un travail et un jeu. J’aime voir les expressions sur les visages des gens quand ils voient l’animatronique bouger.

Animatronique de King Kong
Animatronique de King Kong

King Kong, un animatronique d’Universal Studios Hollywood l’a beaucoup marqué : « Malheureusement, il a brûlé dans un incendie, mais on peut encore le voir sur YouTube : il tient le pont et le déplace quand le train le traverse.

  Je me souviens du Worlds Fare de 1964, où Walt Disney a inventé le président Lincoln en animatronique.

C’était l’une des premières figures humaines fabriquée avec une technologie très aboutie pour l’époque ». Il nous assure que l’animatronique a beaucoup évolué : « De nos jours, toute l’animatronique est passée du pneumatique à l’hydraulique au niveau de leur alimentation et nous utilisons maintenant tous des moteurs électriques.

Travail de Rick Taylor
Travail de Rick Taylor

Ces moteurs ne sont pas aussi souples pour les mouvements, mais beaucoup moins salissants que l’huile et plus puissants que l’air. Malgré tout, ces moteurs ont tendance à être très gros et lourds ». Il ajoute, aussi optimiste que Mike : « les robots peuvent aller là où l’homme ne peut pas et peut faire tout autant, sinon plus, qu’un humain. »

Rick Taylor et l'animatronique d'Abraham Lincoln
Rick Taylor et l’animatronique d’Abraham Lincoln

Les usages prometteurs des animaux animatroniques

En plein réchauffement climatique et disparition croissante des espèces, les animatroniques pourraient bien être des alternatives aux animaux réels. Les cirques, fermant à tour de rôle, pourraient utiliser ces animaux. Sans compter leur possible utilité dans des parcs d’attraction animaliers ou des zoos. Ces derniers, régulièrement pointés du doigt pour leur non-respect de la cause animale.

Une expérience d’apprentissage sous l’eau pour les enfants 
Une expérience d’apprentissage sous l’eau pour les enfants 

Dans cette optique, des dauphins animatroniques ont été créés. Ces animatroniques pourraient aussi être utilisés à des fins ludiques et pédagogiques pour un jeune public. Roger Holzberg est le directeur artistique du programme Edge à l’origine de la création de ces dauphins. Il a une longue expérience dans les animatroniques en tant qu’ancien directeur créateur et vice-président de Walt Disney Imagineering. Il explique pourquoi les animatroniques sont des créatures innovantes.

L’idée de ce projet pilote est vraiment de créer une sorte de Sesame Street sous l’eau. Ces personnages ont enseigné à une génération comment se sentir sur différents types d’aspects de l’humanité d’une manière qui n’avait jamais été imaginée auparavant. C’est ce dont nous rêvons avec ce projet.

L’animatronique utilisée dans le film Anaconda
L’animatronique utilisée dans le film Anaconda

Ces robots aquatiques recouverts d’une peau en silicone nous rappellent certains orques dans Sauvez Willy ou encore le serpent dans Anaconda. Ce qui s’explique par le fait que Edge Innovations a construit l’ensemble de ces animaux robotiques mémorables.

Les animatroniques humanoïdes

Sophia, robot conçu par l’entreprise Hanson Robotics, à Hongkong, en septembre 2017
Sophia, robot conçu par l’entreprise Hanson Robotics, à Hongkong, en septembre 2017

Certains modèles de ces dernières années se rapprochent des humanoïdes. C’est le cas de Sophia, un humanoïde construit en 2017 par l’entreprise Hanson Robotics. Tout comme de nombreux animatroniques humanoïdes, Sophia est très expressive du visage. Seule ombre au tableau : le reste de son corps qui paraît encore saccadé et moins réaliste.

Ces modèles s’éloignent des premiers animatroniques mécano-électriques et ont recours à l’IA. Ce qui les rend plus autonomes et moins radiocommandés. Ces humanoïdes posent davantage problème que les animaux ou autres créatures fantastiques animatroniques car elles ressemblent à s’y méprendre aux humains. Mais pas de panique, pour l’instant, ces hommes robots ont encore de grands progrès à faire pour devenir plus autonomes. Leur intelligence est encore très élémentaire à l’image des animatroniques de divertissement qui restent en bonne partie radiocommandés.

Robot animatronique
Robot animatronique

Le docteur Hanson pense que trois caractéristiques définissant l’humain doivent être intégrées dans l’IA de ces machines géniales : la créativité, l’empathie et la compassion. En tant qu’extension de l’intelligence humaine, les machines géniales de Hanson Robotics pourraient évoluer pour résoudre des problèmes trop complexes pour les humains.

Dorin Hirte, CEO pour Wigtron Animatronics a créé sa société en 2008

Dorin Hirte et un animatronique de dinosaure
Dorin Hirte et un animatronique de dinosaure

Il revient pour nous sur la plus grande innovation en matière d’animatroniques : « La reconnaissances de l’image et du son est une grande avancée. Ce qui signifie que l’animatronique peut réagir en fonction de la réaction de la personne en face d’elle ». Les animatroniques humanoïdes sont déjà utiles. « Avec le COVID, nous recevons beaucoup de demandes de la part de zones sévères. Une personne peut être remplacée dans les réceptions d’hôtel avec des animatroniques humanoïdes. »

L’exposition Artistes et Robots de 2018 au Grand Palais a mis au premier plan des animatroniques humanoïdes époustouflants 
L’exposition Artistes et Robots de 2018 au Grand Palais a mis au premier plan des animatroniques humanoïdes époustouflants 

Dans les années 70, les robots animatroniques rencontraient quelques détracteurs

Cela remet au gout du jour de nombreuses problématiques de l’ordre de l’éthique robotique et des machines. Et si comme dans le Golem, la machine pouvait prendre le contrôle de son inventeur ?  Ray Bradbury, a déjà énoncé le danger potentiel de ces animatroniques en 1974. Cet écrivain américain est une référence dans la littérature de science-fiction et des romans d’anticipation : « Je n’ai pas peur des robots », déclarait-t-il alors avec insistance. « J’ai peur des gens. ».

Pour découvrir encore plus d’articles inspirants, téléchargez l’application Cultur’easy sur Applestore ou Playstore.

Par  Audrey Poussines,

Journaliste web et print passionnée par les faits de société, la culture, l'environnement, le sport et bien d'autres rubriques. En matière de sport, je suis très intéressée par les sports extrêmes. Je suis aussi une fan d'art urbain et d'art moderne, de gastronomie du terroir et exotique, captivée par tout moyen d'expression : danse, littérature, musique...

Commenter cet article

Restez connecté à la culture !

Pour ne manquer aucun article. Inscrivez vous à notre newsletter.