Découvrez le parcours extraordinaire de Joséphine Baker. Une femme exceptionnelle devenue une star mondiale et un symbole de liberté.

Là, tout de suite, si je vous dis : “Joséphine Baker” vous pensez à quoi ? Femme noire ? Couronne de bananes ? Danse ? Gesticulations ? Combat ? Liberté ? Martin Luther King ?

À vrai dire Joséphine Baker c’est tout ça à la fois. Elle est de ces femmes qui ont osé, qui ont fait avancer les choses et qui ont compté dans l’histoire. C’est pourquoi nous allons la suivre à toutes les grandes étapes de sa vie, dans son cheminement et ses choix artistiques.

1906-1920 : Missouri, Etats-Unis

Joséphine Baker enfant
Joséphine Baker enfant

C’est à Saint-Louis dans le Missouri que Joséphine Baker voit le jour le 3 juin 1906. Ses parents étaient des artistes qui avaient monté un spectacle de danse et de chant et qui avaient l’habitude de se produire dans la rue. Un an après sa naissance, son père abandonne le foyer et sa mère se remarie à un ouvrier. Elle aura 3 autres enfants après Joséphine. Il n’est pas facile de faire vivre la famille et Joséphine étant l’ainée, sa mère l’envoie, alors qu’elle n’a que 7 ans dans des familles blanches aisées afin de gagner un peu d’argent.

Joséphine partage son temps entre école et travail. Elle est parfois maltraitée par les blancs. Raconte par exemple qu’on lui a déjà trempé les mains dans de l’eau bouillante. Elle dit qu’on ne la traite pas comme un être humain. Cette douleur de la ségrégation ne la quittera jamais.

Elle quitte l’école en 1920, pour se marier à l’âge de 13 ans. À cette époque, elle danse déjà beaucoup et s’entraîne à reproduire les pas qu’elle voit dans la rue. Elle a même l’idée de monter un théâtre à l’intérieur d’une cave.

1921-1925 : Tour des Etats-Unis

Son mariage prend fin assez rapidement et Joséphine rencontre son prochain mari alors qu’elle est serveuse. Au même moment, elle rejoint un groupe qui se produit dans les rues de Saint-Louis. C’est avec ce groupe qu’elle apparaît pour la première fois sur scène. Elle est alors engagée comme costumière et quitte Saint-Louis pour une tournée à travers les Etats-Unis, d’abord le sud jusqu’à la Nouvelle-Orléans puis le nord jusqu’à Philadelphie. Il lui arrive de remplacer une danseuse indisponible. Elle se fait remarquer par Noble Sissle qui est en train de monter la comédie musicale Shuffle Along pour une tournée à New York. Mais il la trouve encore trop jeune et elle sera une nouvelle fois habilleuse pour la troupe.

Mais dans son coin, Joséphine apprend tous les chants et les danses du spectacle et le jour où une danseuse tombe malade, c’est elle qui monte sur scène pour la remplacer. Les spectateurs la remarquent immédiatement, elle déploie une énergie extraordinaire, elle fait des grimaces, elle est drôle. Petit à petit, c’est elle que le public vient voir. Elle est enfin devenue une artiste à part entière et commence à gagner sa vie. Obtient un des rôles principaux dans la prochaine comédie musicale de Noble Sissle : The Chocolate Dandies en 1924. Elle commence à se montrer sous deux aspects : à la fois amusante et grimaçante ou bien élégante et sexy. On peut par exemple la voir lors du spectacle dans une robe blanche en satin très près du corps et largement fendue sur le côté.

Après ce spectacle, Joséphine se produit sur la scène du Plantation Club. Caroline Dudley, qui monte une nouvelle revue pour Paris, la repère et l’engage dans la troupe.

1925 : Paris : “La Revue Nègre”

Joséphine Baker dans la Revue Nègre
Joséphine Baker dans la Revue Nègre

Lorsqu’elle arrive à Paris, Joséphine est surprise de découvrir une ville qui traite les noirs correctement et où réside une vraie liberté de mœurs, bien plus importante en tout cas qu’aux Etats-Unis.

Le 2 octobre 1925, c’est la première de la Revue Nègre et tout le monde se presse pour voir ce spectacle d’un nouveau genre montrant en plusieurs tableaux la vie des noirs. Joséphine Baker y est éblouissante. Elle est là à Paris face à un public de blancs et elle expose son corps déchaîné de noire américaine. Elle danse à moitié nue, ses gestes sont amples, ses jambes sont écartées, elle ouvre les bras, elle bouge ses seins, ses fesses, ses reins sont incurvés : elle incarne la liberté du corps.

Certains s’offusquent, quittent la salle ou la sifflent, mais elle ne laisse pas indifférent. Elle est drôle, sexy et elle n’a pas froid aux yeux. Il y a ceux qui la trouvent décadente et ceux qui la disent héroïque. Elle est bien consciente d’entretenir certains clichés racistes : comme cette sorte de sauvagerie des noirs. Certains ne peuvent s’empêcher de penser qu’elle est le reflet de ce peuple lubrique et primitif avec une sexualité complètement débridée. Elle impose le Charleston des années folles. Se nourrit et colle à toutes sortes de fantasmes. Elle est à la fois américaine et indigène, bouffonne et séductrice.

Les photographes et les créateurs de mode ne s’y trompent pas : ils l’habillent en tenues élégantes et sensuelles et la photographie dans des poses lascives. Elle représente la modernité et libération de la femme : sa coupe de cheveux en est par un exemple un signe.

La revue Nègre a eu un succès retentissant à travers toute l’Europe. De retour à Paris, Joséphine décide de quitter la troupe afin de se consacrer à d’autres projets.

1926-1939 : Paris-Tour d’Europe – New York

Joséphine Baker et sa célèbre couronne de bananes
Joséphine Baker et sa célèbre couronne de bananes

Joséphine Baker est devenue une star et elle inspire tous les artistes en vogue. Elle devient l’égérie de plusieurs peintres et écrivains qui lui rendent hommage. Une poupée à son effigie sera même produite. Glamour et insoumise, elle est un modèle d’émancipation. Elle déambule dans Paris avec un léopard en laisse et prend possession de la ville.

Elle est la vedette d’une nouvelle revue aux Folies Bergère. Ce nouveau spectacle n’était pas très différent du précédent. Elle se nourrit des fantasmes les plus primitifs. Elle met autour de sa taille une couronne de bananes, un symbole raciste par excellence. Mais elle le détourne intelligemment : les bananes deviennent alors des objets phalliques qu’elle agite devant l’assistance.

Le monde entier la veut même si les avis à son sujet divergent : elle crée souvent la polémique et le scandale partout où elle passe. Elle va, accompagnée de Pepito, son impresario et mari faire le tour de toute l’Europe et de l’Amérique du Sud. De retour en France, on la voit à l’affiche de films et d’opérettes.

En 1936, elle retourne à New York. Malheureusement, elle se rend compte que les choses n’ont pas changé. Pour preuve : on refuse de lui donner une chambre d’hôtel à cause de la couleur de sa peau. Les critiques sont méprisantes à son égard. L’Amérique la rejette.

Elle retourne alors à Paris. Pepito est mort et en 1937, elle rencontre Jean Lion, un riche industriel qui lui donne la nationalité française. Elle divorcera 14 mois plus tard.

1939-1945 : France – Afrique du Nord, son engagement dans la Résistance

Joséphine se sent redevable et reconnaissante envers la France qui l’a accueillie. C’est tout naturellement qu’elle accepte de rentrer dans la Résistance. Son métier et sa notoriété lui permettent de franchir les frontières et de passer des documents plus facilement. On sait par exemple qu’il lui est arrivé de mettre des plans à l’intérieur de ses partitions.

Au début des années 40, sa santé se fragilise. En 1943, elle chante de nouveau, mais cette fois, son public sera des soldats français, britanniques et américains, tous basés en Afrique du Nord. Ce n’est qu’en 1949 qu’on mesure le rôle important qu’à joué Joséphine Baker au sein de la Résistance. On la voit souvent dans son uniforme. C’est dans cette tenue qu’elle recevra, chez elle, au Château des Milandes en 1961, la Légion d’honneur et la croix de guerre.

1946-1954 : Dordogne, le château des Milandes – Etats-Unis

Joséphine Baker au château des Milandes
Joséphine Baker au château des Milandes

Joséphine possède une maison de campagne en Dordogne, qui se nomme Les Milandes. Elle entreprend de restaurer cette propriété et d’en faire un château somptueux, véritable lieu de villégiature.

Une fois de plus, elle décide de retourner aux Etats-Unis pour être enfin reconnue, elle essuie de nouveau un échec, mais, cette fois, elle ne laisse pas tomber. Elle parvient à se faire engager par la direction du Copa City pour un grand spectacle. En mettant sa célébrité au service de sa communauté. Elle exige que les noirs puissent assister à son spectacle. C’est une grande première dans l’histoire. Malheureusement ses choix, ses agissements, ses idées, la mèneront à être décrétée “ennemie des Etats-Unis » et elle y est désormais interdite de séjour.

1954-1968 : Dordogne – Washington

La famille de Joséphine Baker
La famille de Joséphine Baker

De retour chez elle, en Dordogne au château des Milandes, Joséphine réalise un autre rêve. Elle adopte 12 enfants, tous sont de nationalités et de religions différentes. Elle appelle sa nouvelle famille : la tribu Arc-en-Ciel, qui représente son combat pour la fraternité des peuples.

En 1963, elle obtient grâce à Kennedy une autorisation pour rejoindre Martin Luther King qui l’a invité pour son discours. Elle dira que “c’est le plus beau jour de sa vie”. Elle participe à la marche sur Washington pour l’emploi et la liberté.

Commence alors une période plus trouble pour Joséphine : au bord de la ruine et criblée de dettes, elle sera finalement expulsée du château des Milandes.

1969-1975 : Monaco – Paris

Après son expulsion du château, de nombreux artistes de l’époque la soutiennent notamment Brigitte Bardot, Jean-Claude Brialy qui la produit dans son restaurant et la princesse Grace de Monaco qui lui offre un toit.

Elle remonte sur scène, et même à plus de soixante ans son corps reste superbe. Elle participe notamment au bal de la Croix-Rouge à Monte-Carlo. Sa dernière représentation a eu lieu à Bobino à Paris devant de nombreuses stars du moment : Sophia Loren, Mick Jagger, Mireille Darc, Alain Delon, Jeanne Moreau, Tino Rossi, et la princesse Grace de Monaco. Le lendemain, elle s’effondrera à la suite d’une hémorragie cérébrale.

Ses obsèques ont été retransmises à la télévision, ce qui était rare et qui montre le degré de célébrité qu’elle avait atteint.

Joséphine Baker en costume de scène
Joséphine Baker en costume de scène

Joséphine Baker est la première Star et icône noire de l’histoire. Elle est un modèle d’affranchissement de la femme. Elle a su montrer qu’elle était maîtresse de son corps et qu’elle pouvait décider de ce qu’elle voulait en faire. Toute sa vie a été marquée par cette frénésie de danser, de s’affirmer et de mener à bien ses combats.

Elle disait :  “Vivre, c’est danser, j’aimerais mourir à bout de souffle, épuisée, à la fin d’une danse ou d’un refrain.”

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Par  Laure Techer-Grue,

Laure, 45 ans et Varoise depuis toujours. Diplômée de Lettres Modernes, j’ai été longtemps assistante commerciale. Très curieuse, avec une soif d’apprendre intarissable, j’aime lire, écrire et le pouvoir des mots me fascine. Je suis aujourd’hui rédactrice web et ce métier me permet de me reconnecter à mes envies et mes passions.

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