Aujourd’hui, face à la déferlante de critiques littéraires, faut-il s’interroger sur leur fondement et leur profondeur ? Depuis les œuvres de Sartre, Brecht ou Bakhtine, entre autres, jusqu’aux contributions plus récentes de Barthes, Frye, Watt et Bénichou, il est temps d’explorer les fondements de la critique littéraire ainsi que son utilisation pour analyser une œuvre. La critique doit-elle rester un simple résumé ou peut-elle prendre des engagements plus complexes ?

Les origines de la critique littéraire

La critique a une longue histoire qui remonte à des milliers d’années, même avant la naissance de la langue écrite. Les premières critiques littéraires remontent à Platon et Aristote, qui ont considérés les œuvres poétiques comme un moyen efficace pour partager leurs observations sur le monde. La lecture et l’analyse des textes classiques sont venues s’ajouter aux réflexions de ce duo philosophe, en créant des modèles plus développés et sophistiqués de critique.

Platon, portrait peint / thierry ehrmann / Flickr
Platon, portrait peint / thierry ehrmann / Flickr

Au cours des siècles suivants, ces principes fondamentaux se sont transformés avec le temps. L’essor du rationalisme au 18e siècle, la naissance du romantisme au 19e siècle et l’arrivée du modernisme au 20e siècle, ont tous favorisé le passage à une nouvelle forme de critique axée principalement sur l’analyse personnelle plutôt que sur un examen objectif. Alors que les anciennes approches de la critique reposaient principalement sur la comparaison entre les œuvres passées et présentes, les nouvelles versions mettaient davantage l’accent sur la raison individuelle et la liberté artistique.

Quelle est la valeur de la critique littéraire ?

La critique, la vraie, est essentiellement basée sur un argumentaire constructif dont le but est d’encourager une meilleure compréhension du texte ou d’amener le lecteur à modifier sa vision ou son opinion initiale. Cette pratique a donc non seulement un objectif intellectuel mais peut également être politique ou social.

En effet, il existe différents types de critiques littéraires : certaines visent à encourager une interrogation plus profonde des textes ; d’autres cherchent à invalider des points ou opinions; quelques autres prennent souvent position contre une idéologie particulière ; etc… Dans chacun des cas, la critique doit offrir un point de vue original et intègre afin de nourrir naturellement le débat intellectuel.

Quel est l’impact de la critique littéraire ?

Une analyse approfondie – et objective – accompagnée d’une prise de position personnelle et cohérente, est un moyen sur lequel peut s’appuyer un lecteur pour adapter ses opinions à une œuvre littéraire. Les critiques littéraires offrent aux lecteurs la possibilité de comprendre plus profondément le contenu du texte tout en discutant des idées fondamentales derrière le discours.

La critique littéraire a eu un impact durable sur la société. En effet, elle permet aux citoyens de mieux comprendre les phénomènes sociaux actuels et anciens. Elle fournit également des outils analytiques essentiels pour aborder notre perception des questions importantes qui se posent aujourd’hui. La critique littéraire peut donc non seulement informer nos débats publics mais aussi contribuer à modifier notre relation au monde qui nous entoure.

On peut dire avec certitude que la critique littéraire au XXe siècle s’est avérée être un moyen puissant et dynamique d’exprimer des pensées et des idées sur la littérature. Depuis les points de vue théoriques des auteurs, offrant une analyse plus approfondie que simplement donner leurs impressions, jusqu’aux engagements intellectuels qu’ils ont pris face à leur travail, nous nous sommes retrouvés entourés d’une variété de perspectives qui ont enrichi notre compréhension du monde.

La critique et l’anonymat

Mais comme souvent, il y a les bons et les mauvais critiques (un peu comme les chasseurs)… Les premiers vont permettre l’interrogation, la réflexion, la mise en doute quand les seconds se contenteront, souvent sous couvert d’anonymat, de pester contre tous ceux qui ne correspondraient pas à leur vision qualitative du monde.

Certains iront jusqu’à signer et arborer fièrement leur bassesse humaine. Ils sont rares mais ils existent (ce sont généralement les pires).

Nous sommes alors en droit de nous demander quelle est la place et l’importance à donner à cette critique quand son processus narratif est identique à celui d’un post écrit par n’importe quel haters des réseaux sociaux ?

Des grands auteurs n’ont jamais plu à la critique

Nombre d’auteurs dont les ouvrages sont aujourd’hui des références en la matière n’ont pourtant jamais plu à la critique littéraire.

Edgar Allan Poe

Après sa mort plus que tragique, le critique Rufus Wilmot Griswold, ennemi juré de Poe, alla jusqu’à tenter de détruire sa réputation posthume. Celle-ci ne sera réhabilitée que notamment grâce à Baudelaire, qui traduisit un grand nombre de ses textes.

Emily Brontë

Sous son pseudonyme masculin, Emily publie Les Hauts de Hurle-Vent en 1847. Les critiques sont plus que partagées lors de la publication du roman. Emily meurt de tuberculose en 1848 juste avant de voir son roman promu au rang de chef-d’œuvre.

Les dangers de la critique

La critique ne se limite pas au domaine de la littérature, loin s’en faut. S’il ne fallait en citer qu’une, nous pourrions évidement parler de la critique gastronomique qui, selon les mêmes procédés, peut faire et défaire des carrières de Chefs en quelques lignes bien senties. Les notations, les étoiles, deviennent alors tour à tour des graal à aller chercher ou de précieux trésors à ne jamais perdre au risque de tout… perdre justement.

Nombreux sont les artistes (auteurs, chefs, créateurs,…) à vainement tenter de s’extirper de ce système. Certains en ont fait les frais, d’autres ne croient simplement plus en lui. C’est notamment le cas du chef Marc Veyrat (le chef au chapeau) qui a été jusqu’à intenter un procès au Guide Michelin après la perte de sa 3ème étoile.

Le Chef Marc Veyrat

En bref

La critique, c’est comme bien d’autre chose : bien utilisée elle peut être constructive et productive; tout comme elle peut faire preuve de bassesse. Tout réside alors dans ceux qui l’écrivent !

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Par  Karl Scheuer ,

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