Nous sommes en 1985. Le monde entier assiste impuissant à l’agonie de la petite Omayra Sánchez, prisonnière d’une coulée de boue charriée par le Nevado del Ruiz.

Le 13 novembre 1985, l’éruption du Nevado del Ruiz plonge la Colombie dans un épisode douloureux de son histoire. Tandis que le soleil se couche une dernière fois sur Armero, les habitants ignorent tout de la catastrophe en approche. Quelques minutes suffiront aux lahars dévastateurs pour rayer la ville prospère de la carte et emporter plus de 20 000 personnes, dont la jeune Omayra Sánchez. Retour sur l’une des éruptions les plus meurtrières du XXème siècle.

La catastrophe d’Armero

La cordillère des Andes, née de la rencontre des plaques océanique et continentale, abrite plusieurs volcans. Celui du Nevado del Ruiz en Colombie culmine à plus de 5 000 mètres et appartient notamment à la redoutable Ceinture de feu.

Panache de vapeur au sommet du Nevado del Ruiz - Crédit : U.S Geological Survey
Panache de vapeur au sommet du Nevado del Ruiz – Crédit : U.S Geological Survey

Fin 1984, ce dragon somnolent montre d’inquiétants signes de réveil. Après 69 ans de repos, l’augmentation de l’activité sismique dans la région et la présence de fumerolles alertent en effet les scientifiques. Malgré le début d’une crise éruptive le 11 septembre 1985, les autorités ne prennent guère au sérieux la menace.

La terre tremblait régulièrement, des cendres recouvraient tout, l’eau était contaminée. Mais la mairie disait juste de se couvrir le nez

Alma Landinez

Le 13 novembre vers 15 heures, une explosion plus importante survient.

L’éruption du Nevado del Ruiz fait rapidement fondre la calotte glaciaire qui tapisse son sommet, sous l’effet de la chaleur de la lave en fusion.

Ce phénomène provoque à son tour la formation de quatre lahars. De gigantesques torrents de boue et de débris volcaniques dévalent les pentes, empruntant dans leur course folle les vallées des rivières Lagunilla et Azufrado.

En dépit de la pluie de cendres et de lapillis qui s’abat sur Armero, un prêtre rassure la population et lui conseille simplement de rester chez elle. Vers 21 heures, l’éruption redouble d’intensité.

Un message d’évacuation est enfin diffusé à la radio. Mais il est déjà trop tard. D’autant plus que la plupart des gens ce soir-là regardent un match de football à la télévision. L’un des lahars engloutit Armero, emportant 20 000 de ses 29 000 habitants.

Le calvaire d’Omayra Sánchez

Omayra Sánchez, prisonnière d’une coulée de boue - Crédit : Frank Fournier
Omayra Sánchez, prisonnière d’une coulée de boue – Crédit : Frank Fournier

Au lendemain de l’éruption du Nevado del Ruiz, les premiers secours s’organisent pour porter assistance aux victimes. Parmi elles, une fillette de 13 ans. La taille perforée par une barre de fer, Omayra Sánchez est en outre retenue par un pan de mur dans une eau putride.

Commence alors une longue lutte pour sa survie, sous l’œil des caméras du monde entier. Frank Fournier, auquel on doit l’une des photos d’enfants martyrs qui ont bouleversé la planète, se souvient :

Cette photo, ce n’est pas moi qui l’ai prise c’est elle qui me l’a donnée. C’était son regard, je ne faisais que tenir l’appareil. Je pense à elle et à d’autres gens qui étaient là. Dans ce genre de situation, il y a un silence énorme…

Les secouristes ne ménagent pas leurs efforts. Plusieurs personnes se relaient auprès de la fillette, dans une tentative désespérée de lui apporter un peu de chaleur et de réconfort.

Mais la moto-pompe nécessaire pour évacuer la boue autour d’elle arrivera trop tard. Celle que l’on surnommera la petite sainte d’Armero s’éteint face aux caméras, au terme de 60 heures de supplice.

L’éruption du Nevado del Ruiz : un drame inévitable ?

La mort d’Omayra Sánchez devient dès lors le symbole de l’incapacité du gouvernement à protéger sa population. Géologues, volcanologues et scientifiques donnent pourtant l’alerte à plusieurs reprises. En vain.

Seule une carte des risques est diffusée, à faible échelle. Plusieurs survivants affirment d’ailleurs n’en avoir jamais eu connaissance.

Les vestiges d’Armero après la catastrophe. Crédit : U.S Geological Survey
Les vestiges d’Armero après la catastrophe. Crédit : U.S Geological Survey

D’une part, les autorités sous-estiment le danger. Le stratovolcan se trouvant à une quarantaine de kilomètres de la ville d’Armero, elles se considèrent à l’abri. D’autre part, elles craignent un mouvement de panique générale.

Surtout, le pays souffre déjà d’un climat politique anxiogène. En effet, quelques jours plus tôt, le groupe rebelle M-19 a pris d’assaut le Palais de Justice de Bogota. Une centaine de personnes sont mortes suite à la répression de cette guérilla.

Les pertes humaines engendrées par l’éruption du Nevado del Ruiz, du 11 septembre 1985 au 13 juillet 1991, s’élèvent à plus de 23 000, en comptant celles des municipalités environnantes comme Chinchiná.

Loin d’en vouloir au réveil du « lion endormi », les survivants imputent au contraire l’entière responsabilité de cette catastrophe au gouvernement colombien.

Chaque année, une pluie de fleurs recouvre Armero en hommage à ses disparus. Mais les ruines de la ville blanche, réputée autrefois pour ses rizières et ses cotons, sombrent peu à peu dans l’oubli. La nature a repris possession des lieux. Seules des tombes vides de corps et une croix commémorative ravivent toujours la douleur d’une tragédie qui n’aurait jamais dû se jouer.

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Par  Sandra Dall’Acqua ,

Diplômée en Histoire, Sandra a pris le virage du digital pour cultiver son amour des mots et mettre en lumière l'expertise de ses clients. C'est en freelance depuis La Réunion qu'elle exerce son activité de rédactrice web SEO. Une île intense, qu'elle a d'ailleurs à cœur de valoriser et de préserver. Sa plume agile aime explorer une grande variété de sujets. Surtout s'ils sortent des sentiers battus !

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