Cherchez l’Acadie sur une carte, vous ne la trouverez pas. C’est pourtant une nation francophone, autrefois dispersée, établie dans une région anglophone du Canada. Sa population avoisine les 500 000 âmes, installées dans les quatre provinces de l’Atlantique.

L’Acadie ?

Le paysage Acadien : eau et forêt - Crédit
Le paysage Acadien : eau et forêt – Crédit

C’est une culture riche, marquée par son lot de désastres. Les Acadiens ont élu domicile dans les quatre territoires du Canada Atlantique : le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador.

En 1604, une minuscule colonie française tente tant bien que mal de s’installer au Canada. Surprise par la rudesse du climat, près de la moitié de la population ne survit pas à son premier hiver. Plus tard, les Acadiens seront à la merci des guerres qui se jouent à leur porte, tentant sans succès de rester neutres et de se faire discrets.

Déportés massivement lors du « Grand Dérangement », la diaspora a donné naissance à d’autres cultures florissantes. Ainsi les Cajuns de Louisiane sont les descendants d’une partie des Acadiens chassés de leurs terres. Aujourd’hui les Acadiens portent en étendard leur histoire et une culture francophone gagnée de haute lutte. Voici leur histoire.

16ème siècle – Les premiers colons

Le plan du premier campement des français sur l’île Sainte Croix - Crédit
Le plan du premier campement des français sur l’île Sainte CroixCrédit

A 16ème siècle, les cours d’Europe ont la fièvre de l’exploration. François 1er est convaincu qu’à l’Ouest existe un territoire rempli d’or, de soie et d’épices. Il lance donc à sa conquête le malouin Jacques Cartier. Les explorateurs Da Verrazanno et Gomes auront déjà accosté à Terre-Neuve et identifié cette partie du monde comme l’Arcadie : une terre d’abondance et de poésie inspiré d’un mythe de la Grèce Antique. Le drapeau national y est planté, mais pour le moment les français ne s’y installent pas.

70 ans plus tard, Pierre Dugua de Mons, explorateur français aux velléités commerciales, mène une expédition à visée coloniale. On rassemble une équipe de 80 nobles, ouvriers, médecins, soldats, membres du clergé qui passera l’hiver 1604 sur l’Ile Sainte Croix, située aujourd’hui sur le sol étasunien de l’Etat du Maine. L’expérience n’est pas concluante. Surpris par la rudesse climatique, 36 hommes meurent du scorbut, dont voici une description un peu corsée.

L’année suivante, échaudés par leur mauvaise expérience, le petit groupe déménagera à Port-Royal, aujourd’hui en Nouvelle Ecosse. Ils entretiennent de bonnes relations avec les peuples algonkins de la région : les Micmacs et les Malécites. Loin de leur terre natale, ils s’intègrent et s’identifient comme les Acadiens.

17ème siècle – Le va-et-vient Franco-Britannique

L’Acadie du 18ème siècle – Les populations se trouvent surtout autour de Fort Anne, Beaubassin et Les Mines – Crédit
L’Acadie du 18ème siècle – Les populations se trouvent surtout autour de Fort Anne, Beaubassin et Les Mines – Crédit

La région est convoitée. Au 17ème siècle le territoire acadien changera 6 fois de pays de rattachement. D’abord chassés par les écossais (d’où la Nouvelle Ecosse), les colons reviennent 3 ans plus tard quand le territoire repasse côté Français. Puis ce sont les anglais qui mettent la main sur l’Acadie en 1654 qui redevient française 13 ans plus tard. En 1690 les anglais reviennent à la charge et récupèrent la région. Elle sera à nouveau française 7 ans plus tard.

Pendant tout ce temps, ballotés d’une nation à l’autre, le peuple Acadien grandit. Ils sont déjà 1400 au tournant du 18ème siècle. Gouvernés par des instances lointaines et changeantes, leur propre culture se forme. Ils ont conclu une alliance durable avec les peuples premiers, qui les aident à exploiter la terre. Ce ne sont plus véritablement des Français. Ils se considèrent comme neutres, dans l’espoir de ne pas pâtir de la situation militaire.

A début du 18ème siècle, la région passe définitivement aux mains des Anglais. Le traité d’Utrecht a réglé la guerre de succession d’Espagne. Cent ans après l’arrivée du premier groupe de colons, le peuple Acadien n’est plus le résidu d’une minuscule colonie française décimée par la rudesse des hivers canadiens.

18ème siècle – L’exigence d’une allégeance

La lecture de l’ordre de déportation – C.W Jefferys- Crédit
La lecture de l’ordre de déportation – C.W Jefferys- Crédit

Les Français sont donc repoussés. Et comme les territoires du Grand Nord ne sont pas encore bien délimités, ils ne sont pas d’accord avec le nouveau propriétaire sur ce qui doit être rendu. Pour les Français, il n’y a que l’actuelle Nouvelle-Écosse péninsulaire, mais les Anglais réclament également le Nouveau-Brunswick, la Gaspésie et le Maine actuels et ils veulent que les Acadiens leur prêtent une allégeance totale. Eux préfèrent se limiter à un serment de neutralité. On les laisse en paix et la population continue de grandir. 

50 ans plus tard, les anglais prennent des mesures pour installer leurs propres colons. Une nouvelle fois, on exige des Acadiens une allégeance totale. Ils commencent par refuser. Puis pour ne pas se retrouver la victime collatérale de la tension Franco-Anglaise, ils acceptent. A contrecœur.

Cela n’est pas suffisant pour le gouverneur Lawrence qui ordonne la dispersion immédiate des 13 000 Acadiens. C’est le Grand Dérangement. Devenu une diaspora, le peuple d’Acadie continuera de construire son unité.  Le poème « Evangeline », aujourd’hui considéré comme un pilier de l’identité Acadienne, retrace l’histoire de cette déportation.

19ème siècle – Le retour au Pays

Une Acadienne, fière de se déguiser aux couleurs de sa culture lors de la fête du Tintinmarre – Crédit
Une Acadienne, fière de se déguiser aux couleurs de sa culture lors de la fête du Tintinmarre – Crédit

A la fin du 18ème siècle, les français ont quitté la région et le territoire est complètement anglicisé. Francophones depuis toujours, les Acadiens tentent un retour. Ils héritent des terres les moins fertiles, au prix du fameux serment d’allégeance. Petit à petit, la communauté se reforme. Soutenues par les instances catholiques, des écoles ouvrent. Une élite instruite se forme. Des journaux se créent. Les leaders politiques émergent.

A la fin du 19ème siècle l’Acadie se dote de symboles nationaux. Un drapeau (le drapeau tricolore français auquel on ajoute une étoile jaune sur la bande bleue), une fête nationale (l’Assomption, célébrée le 15 août), une devise (L’union fait la force) et un hymne national (Ave Maris Stella).

On dit que les Acadiens sont nés avec la musique dans le sang. Dans leurs traditions, la part belle est faite aux chansons, chœurs et chorales. Tous les ans, ils descendent dans la rue pour faire leur tintamarre : un maximum de bruit, pour montrer qu’ils sont toujours là. L’Acadie française résonne et avec elle chacune des vies perdues pour sa conquête.

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Par  Marjorie Lacherez ,

Marjorie aime le fromage, le yoga, la raclette, danser, courir, dormir, courir, écrire, jouer, courir. Bretonne, elle a un faible pour les cultures britanniques. Elle vit à Nantes entourée de trois garçons -dont un bébé - dans une maison à fort potentiel (travaux en cours). Un jour ils partiront en vacances en Grèce.

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