Le 13 avril 1953, le directeur de la CIA Allen Dulles lance un programme de manipulation mentale baptisé MK-Ultra. Testé sur des individus non consentants pour la plupart, cette opération secrète prend place dans un contexte particulier : la Guerre Froide.  

New-York, 1953. Frank Olson, scientifique américain, est mort sur un trottoir de Manhattan

Il aurait sauté depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel, située au 13e étage. A Montréal, un médecin fait subir de nombreux électrochocs à ses patients dans un hôpital psychiatrique. Dans le Kentucky, des prisonniers ingèrent du LSD pendant plusieurs mois dans le cadre d’une opération secrète. Le point commun entre ces trois affaires ? La CIA et le projet MK-Ultra.

Un projet hérité de la Seconde Guerre Mondiale

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le monde découvre l’étendue des atrocités nazies. Dans les camps de concentration, et notamment celui de Dachau, les recherches médicales sur les prisonniers comprennent des expérimentations psychiques et physiques. L’un des objectifs est de contrôler les individus et de maitriser les techniques de manipulation mentale. Pour cela, les nazis ont recours à l’hypnose et à l’ingurgitation de drogues.

Lors du procès de Nuremberg, on juge de nombreux médecins et scientifiques nazis pour crime de guerre. Mais certains passent entre les mailles du filet. La CIA et l’armée américaine les recrutent alors : c’est l’opération Paperclip. Il faut en effet contrer la menace soviétique grandissante, tant sur le point militaire que scientifique !

Dignitaires et scientifiques nazis au procès de Nuremberg
Dignitaires et scientifiques nazis au procès de Nuremberg

La Guerre de Corée, l’élément déclencheur

L’idée d’un programme de manipulation mentale est à mettre en lien avec la Guerre de Corée (1950-1953). Ce conflit oppose la République de Corée (Corée du Sud), soutenue par les Nations Unies, à la République Populaire Démocratique de Corée (Corée du Nord), alliée à la République Populaire de Chine et à l’Union Soviétique. L’armée américaine est persuadée que les Nord-coréens peuvent modifier le comportement de soldats américains. Des pilotes de l’US Air Force, prisonniers, ont en effet ouvertement dénoncé la politique extérieure des Etats-Unis à la radio chinoise et soviétique.

Il n’en faut pas moins pour convaincre l’administration américaine d’ouvrir des fonds afin de lancer, elle aussi, un programme de manipulation mentale. La CIA met donc en place plusieurs projets de recherche :

  • Bluebird, de 1949 à 1951, dont l’objectif est d’inventer une sorte de sérum de vérité en combinant prise de LSD et technique de manipulation mentale.
  • Artichoke, de 1951 à 1953, qui a pour but de rendre des individus plus coopératifs voir amnésiques. Pour cela est utilisé un mélange d’hypnose, de prise de drogue puis de sevrage forcé et pour finir, d’électrochocs !

C’est dans ce contexte que le 13 avril 1953, le projet MK-Ultra est lancé par le directeur de la CIA.

La mise en place du projet MK-Ultra

Une fois approuvé, le projet est supervisé par le docteur Sidney Gottlieb. Il est le directeur des services techniques de la CIA, surnommé « la boutique des horreurs ». Ce sont alors plus de 80 institutions (universités, agences gouvernementales, hôpitaux, etc.) qui sont utilisées, qu’elles soient sur le sol américain ou non.

Le docteur Ewen Cameron, psychiatre responsable de l’institut Allan Mémorial de Montréal est l’un des médecins les plus actifs du programme. Dans sa clinique, il fait subir à des femmes hospitalisées pour dépression des traitements à base d’électrochocs et de prise de barbituriques et LSD. L’objectif est de déclencher des comportements, de manipuler mentalement les « patients » afin de les faire agir selon la manière souhaitée.

Si la plupart de ces expériences sont testées sur des personnes non consentantes, certains cobayes sont volontaires comme l’écrivain Ken Kesey. Célèbre pour avoir écrit Vol au-dessus d’un nid de coucou, il teste des produits psychédéliques dans le cadre de recherches financées par la CIA.

Le docteur Sydney Gottlieb
Le docteur Sydney Gottlieb

Révélations et commissions d’enquête

Il faut attendre les années 1970 pour que le projet MK-Ultra prenne officiellement fin. En 1974, le journaliste d’investigation Seymour Hersh écrit une série d’articles pour le New-York Times qui révèle publiquement les opérations clandestines effectuées par la CIA. Le gouvernement américain et son président Gerald Ford décident alors de créer des commissions afin d’enquêter sur ces activités : la commission Rockefeller et la commission Church.

Une mission compliquée quand on sait que les archives du projet ont été détruites en 1972 sur ordre du directeur de la CIA de l’époque, Richard Helms. Ce sont néanmoins des centaines de témoins qui sont auditionnés. Plusieurs documents (qui ont échappés à la destruction) sont analysés. Les résultats affirment que la CIA a procédé à des expériences illégales sur le sol américain. Au moins une personne, Frank Olson, en est morte.  Il faut toutefois attendre 1995 pour que le président Bill Clinton présente des excuses officielles.

Lettre du Dr  Gottlieb
Lettre du Dr Gottlieb

Théories du complot et culture populaire

Le projet MK-Ultra est une mine d’or pour les adeptes des théories du complot. Un statut illégal, des documents détruits et même des expériences menées sur des enfants. L’une des plus célèbres est celle concernant la mort de Robert F. Kennedy en 1968. Le meurtrier présumé, Sirhan Bishara Sirhan, était-il contrôlé mentalement ? Même si les preuves manquent, les conditions de l’assassinat restent mystérieuses.

On dit également que les expériences menées autour du projet MK-Ultra seraient à la base du manuel de torture utilisé par la CIA : le « Kubark ».

Logo de la CIA
Logo de la CIA

Hollywood s’intéresse aussi à ce projet, et de nombreux films et séries s’inspirent des thèmes qui gravitent autour de MK-Ultra

Que ce soient les films Un crime dans la tête de John Frankheimer ou Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman… Des séries comme Manhunt : Unabomber ou Stranger Things (coucou Eleven). D’ailleurs, peut-être que l’auteur de ces lignes et même vous, lecteur, sommes des pions au service de la CIA…  Qui sait  😉 ?

Millie Bobby Brown dans le rôle d’Eleven, Stranger Things saison 1 © Netflix
Millie Bobby Brown dans le rôle d’Eleven, Stranger Things saison 1 © Netflix

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Par  Pierre-Luc Fourny ,

Originaire d’une petite bourgade de Loire-Atlantique, je suis diplômé d’un master en valorisation du patrimoine culturel. Amoureux de football et d’Histoire (qui a dit que les deux ne vont pas ensemble ?), j’aime transmettre cette passion aux personnes qui m’entourent. Travaillant aujourd’hui dans la médiation culturelle, je suis prêt à vous faire voyager à travers le temps !

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