Dans les médias, les discours politiques et les manifestations pour l’égalité entre les femmes et les hommes, on entend de plus en plus fréquemment parler de sororité. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? D’où vient ce mot ? Et comment a-t-il évolué au fil des siècles ? Tour d’horizon du concept de sororité, qui invite toutes les femmes à cultiver cette solidarité au féminin.

La sororité, c’est quoi ?

Sororité. Substantif féminin, ethymologiquement le mot vient du latin soror : sœur ou cousine. En latin médiéval, le mot sororité désignait une « communauté religieuse de femmes ».

Aujourd’hui, la sororité correspond à la solidarité entre femmes. À travers des formes très diverses, la sororité est une attitude d’entraide et de partage entre amies, filles, sœurs, cousines, etc. Cette conception de solidarité féminine est un moyen d’action, de résistance, un outil pour que les femmes s’allient, non pas contre les hommes, mais contre les stéréotypes et le sexisme ordinaire.

La sororité : acte de soutien entre femmes?
La sororité : acte de soutien entre femmes?

D’où vient le terme de sororité ?

La sororité existe depuis très longtemps dans la langue française. Jusqu’au XVIè siècle, on parle de sororité pour désigner une communauté religieuse de femmes. Elles vivent dans des couvents, dans un environnement exclusivement féminin. Peu à peu, elles sont rejoints par d’autres femmes, non religieuses, souvent veuves, qui fuient les mariages arrangés par leur famille. Apparaissent alors de véritables communautés de femmes, qui forment des petits villages autosuffisants. Mais cela ne plaît pas à l’Eglise ni aux autorités publiques qui persécutent ces femmes. Elles subiront des intimidations, des procès, des condamnations allant parfois jusqu’à des exécutions.

Les sororités dans les universités américaines

Le terme de sororité réapparaît à la fin du XIXè siècle, dans les universités nord-américaines et canadiennes. Des groupes d’étudiants se regroupent pour former des « fraternity », que l’on peut traduire en français par « confréries ». Ce sont des organisations sociales d’étudiants, réservés aux garçons, avec une structure et un fonctionnement spécifiques. Ces fraternités sont des moyens de socialisation pour les étudiants, qui visent à créer un réseau et un esprit de camaraderie, grâce à des valeurs partagées et un rite de passage. Elles permettent également de mettre en relation les étudiants avec des anciens élèves pour faciliter l’insertion professionnelle.

En réaction, des étudiantes se mobilisent et commencent à former leur propre « fraternity ». La première « fraternité de femmes » a été créée le 28 avril 1867 dans une université de l’Illinois. Mais le terme de « fraternity », trop masculin, ne décrit pas bien des groupes composés exclusivement de femmes. C’est pourquoi une professeure de latin a l’idée de reprendre le terme de « sororité ». La première organisation à réellement utiliser la description de « sororité » s’appelle Gamma Phi Beta et a été fondée en 1874 à l’université de Syracuse, dans l’État de New-York. À la fraternité répond désormais la sororité.

Sororité des Gamma Phi Beta de l'université de Syracuse
Sororité des Gamma Phi Beta de l’université de Syracuse

La sororité, au cœur du débat féministe des années 1970

Le terme de sororité a ensuite été réutilisé pendant la révolution sexuelle et culturelle dans les années 1970. Des femmes reprennent le mot « sororité » lors de discours et de manifestations pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Des féministes défendent l’idée qu’il faut créer des sororités, notamment dans le cadre militant. Certaines d’entre elles n’oseraient pas dire les mêmes choses lorsqu’elles sont en présence d’hommes. Ces militantes pensent que les femmes sont souvent assignées aux travaux d’intendance et de logistique, alors que les hommes sont souvent sur le devant de la scène, visibles et en position de pouvoir. C’est à ce moment-là qu’on voit apparaître une séparation dans le mouvement militant féministe : d’un côté celles qui veulent exclure totalement les hommes, et de l’autre celles qui refusent de faire une distinction entre les genres.

Pourquoi parler de solidarité féminine aujourd’hui ?

Après l’affaire Weinstein et des mouvements de libération de la parole sur les violences faites aux femmes qui s’en sont suivi, la sororité est aujourd’hui sur le devant de la scène. À l’automne 2017, les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc apparaissent. Des femmes du monde entier dénoncent, manifestent et s’insurgent contre la société sexiste et patriarcale. On peut alors lire sur les pancartes : « Liberté, égalité, sororité ».

Liberté, égalité, sororité
Liberté, égalité, sororité

Le mot entre peu à peu dans le langage commun, son usage est fréquent. On dit désormais d’un comportement qu’il est « soror ». Pas étonnant alors que ce terme revienne dans les discours politiques sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Ségolène Royal lors d’un meeting en 2007 l’utilisait déjà. Marlène Schiappa évoque régulièrement la sororité dans ses livres et ses interviews TV. En 2019 sur son compte Facebook, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes écrit :

J’adresse un humble message de sororité aux femmes qui marchent contre les violences sexistes et sexuelles, à celles qui en ont vécu, à ceux qui soutiennent cette lutte.

Comment créer une sororité ? 4 conseils faciles :

Voici 4 conseils à appliquer au quotidien pour développer la sororité dans la vie de tous les jours.

1/ S’informer, se renseigner :

Radio : Les Couilles sur la Table est une série de podcasts réalisée par la journaliste Victoire Tuaillon sur Binge Radio. Accompagnée d’un invité, elle questionne les masculinités contemporaines et décrypte le sexisme et le féminisme dans notre société.

Dans le podcast La Poudre, Chloé Delaume parle de sororité au micro de Lauren Bastide dans l’épisode 48.

Ouvrages littéraires : Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés, Le féminin sans tabou de Delphine Lhuillier, Mes bien chères soeurs de Chloé Delaume, Les impatientes de Djaïli Amadou Amal (prix Goncourt des lycéens 2020), Culottées, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent de Pénélope Bagieu.

Cinéma : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (2019), Bande de filles de Céline Sciamma (2014), Mustang de Deniz Gamze Ergüven (2015).

Art : Le collectif Colleuses qui placarde des slogans féministes sur les murs de nos villes. Le collectif Guerilla Girls est un groupe d’artistes féministes venues du cinéma, de la littérature et des arts visuels qui dénoncent depuis les années 80 les inégalités hommes / femmes dans le monde de l’art.

Musique : Camélia Jordana, Amel Bent et Vitaa ont uni leurs voix dans un seul et même album baptisé Sorore. Sinon, (ré)écoutez les albums d’Angèle en guise de piqûre de rappel.

Et vous pouvez aussi apprendre l’Hymne des femmes pour le chanter en cœur avec vos sœurs, copines, cousines, filles, etc. 🙂

Allez lire l’article sur les femmes dans le street art !

2/ S’engager dans une association d’aide aux femmes

Il est possible de s’engager bénévolement dans une association d’aide aux femmes. Vous pouvez donner quelques heures de votre temps, faire une permanence téléphonique ou apporter un soutien financier à l’une des nombreuses associations d’aide aux femmes. Par exemple, vous pourrez aider des femmes victimes de violence, soutenir des jeunes femmes exilées, distribuer des protections hygiéniques aux femmes dans la précarité, etc.

Parmi la multitude d’associations d’aide aux femmes qui existent, on peut citer Solidarités Femmes qui « avec son réseau d’associations spécialisées, proposent plusieurs dispositifs pour mettre à l’abri les femmes victimes de violences, et leurs enfants.» , la Cimade, la Fondation des Femmes, Féminités sans abris, Règles élémentaires, etc.

3/ Faire partie d’un cercle de femmes

Des cercles de femmes émergent de plus en plus autour de nous. Ces groupes de paroles composées uniquement de femmes offrent un moment d’échange, de partage, d’entraide et de bienveillance. C’est l’occasion pour les femmes de redevenir souveraine de leur vie, de s’accorder le droit de prendre du temps pour soi. De plus en plus, on voit apparaître des salons et des événements dans toute la France comme le Festival du Féminin. C’est l’occasion pour ces femmes de s’interroger de ce qui fait leur féminité, quelles sont les valeurs du féminin, etc.

4/ Soutenir des entreprises qui appartiennent à des femmes

Malgré la crise sanitaire, l’année 2020 a battu le record du nombre de création d’entreprises en France. Pourtant, sur les 848 200 nouvelles entreprises, seulement 39 % ont été créées par des femmes, selon l’Insee. Si vous le souhaitez, il est possible de soutenir des entrepreneuses grâce à un réseau d’accompagnement dédié aux femmes. Basées sur l’entraide, le partage de compétences, la formation, de nombreuses associations permettent chaque année de soutenir et de faire émerger de nouveaux projets entrepreneuriaux portés par des femmes. Alors n’hésitez-plus !

Sorti des couvents de religieuses, porté par les féministes des années 1970 puis brandi sur les pancartes avec MeToo, le terme de sororité est plus que jamais d’actualité. Il est clair que ce concept est de plus en plus utilisé dans les médias, la vie politique et la sphère publique. Un terme adulé par certain.e.s, rejeté par d’autres, ce concept divise tant il s’est construit en opposition à son équivalent masculin, la fraternité, qui ne revêt pas les mêmes objectifs (maillage interne?).

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Par  Margo Boulanger,

Un tour du monde en voilier à 15 ans m’a apporté les graines pour imaginer un monde meilleur. Formée dans le secteur socioculturel, j’ai travaillé auprès d’enfants autistes, prisonniers, réfugiés… Aujourd’hui je suis rédactrice web SEO et voyageuse. C’est sûr, je déteste m’ennuyer : vive la nouveauté, l’inattendu et l’optimisme ! Randonnées, découvertes, aventures... Voilà des mots qui raisonnent en moi.

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