Aujourd’hui, tout le monde le connaît. Charlie Chaplin est une icône de cinéma et l’égérie du genre muet. Acteur et réalisateur, il a bouleversé l’univers de l’histoire du septième Art. Mais si on le connaît tous, on connaît moins le musicien, compositeur. Observateur, perfectionniste, un homme doté d’une grande sensibilité, lumière sur un artiste qui a su révolutionner le cinéma et la société.

Une enfance pas si simple

Charles Spencer Chaplin par Strauss-Peyton Studio, 1920
Charles Spencer Chaplin par Strauss-Peyton Studio, 1920

Charles Spencer Chaplin est né le 16 avril 1889 à Londres (fun fact : quatre jours avant celui dont il se moquera dans Le Dictateur, Adolf Hitler). Élevé par sa mère, le jeune Chaplin est confronté à la misère et aux privations tout le long de son enfance. À 7 ans, il est envoyé dans une « workhouse », un établissement pour personnes financièrement démunies.

Sorti quelques mois plus tard, il retrouve brièvement sa mère, avant qu’elle ne soit internée en psychiatrie. Il est alors envoyé, avec son frère, chez son père devenu alcoolique. Ce dernier décède deux ans plus tard, en 1900. Dans le même temps, Hannah Chaplin, la mère de Charles connaît de nombreuses rechutes jusqu’à sa mort en 1928.

Ses débuts d’artiste commencent très tôt

Chaplin enfant
Chaplin enfant

Il monte sur les planches pour la première fois à l’âge de 5 ans pour remplacer sa mère, alors actrice et chanteuse de music-hall. C’est une exception, mais c’est peut-être de là que viendra sa passion. Sa mère l’encourage dans cette voie, son père fait jouer son réseau et trouve une place à Charlie dans une troupe de danse, The Eight Lancashire Lads, avec laquelle il part en tournée.

Mais à 9 ans, Chaplin comprend bien vite qu’il préfère jouer la comédie plutôt que de danser. À ses 13 ans, il arrête les études et part à la poursuite de ses rêves de théâtre. Au grand dam de sa mère. Il touche du doigt le succès en interprétant le rôle du groom de Billy dans la pièce Sherlock Holmes de Charles Frohman, pendant deux ans et demi.

En 1906, il s’essaie à la comédie burlesque et à une carrière en solo qui se solde en échec. Il intègre la troupe de Fred Karno et part en tournée aux États-Unis. Ses numéros de pantomime sont très appréciés du public américain.

À son retour en Angleterre, il n’a qu’une envie : y retourner

À sa deuxième tournée américaine il est démarché par les studios de cinéma. En septembre 1913, Charlie Chaplin signe un contrat avec le studio Keystone. Il commence alors à jouer dans des courts-métrages, notamment Pour gagner sa vie. Film qu’il déteste. Mais bientôt, Charlot va marquer un tournant.

C’est lors du deuxième film avec Keystone, L’Étrange aventure de Mabel, que Chaplin choisit le costume charlot (un vagabond en américain). Mais le personnage de « Charlot » apparaît pour la première fois à l’écran dans Charlot est content de lui en 1914.

Costume de Charlot par Charles C. Zoller, 1918
Costume de Charlot par Charles C. Zoller, 1918

Je voulais que tout soit une contradiction : le pantalon ample, la veste étriquée, le chapeau étroit et les chaussures larges… J’ai ajouté une petite moustache qui, selon moi, me vieillirait sans affecter mon expression. Je n’avais aucune idée du personnage mais dès que j’étais habillé, les vêtements et le maquillage me faisaient sentir qui il était. J’ai commencé à le connaître et quand je suis entré sur le plateau, il était entièrement né.

Charlie Chaplin

À partir de là, Charlie Chaplin fait de Charlot son personnage à l’écran dans tous ses films. Il devient réalisateur en plus d’acteur, avec le film Un béguin de Charlot, sorti en mai 1914. Frustré par le manque de contrôle dans ses films produit par des studios, il co-fonde le studio United Artists.

Charlot, le personnage unique créé par un fin observateur

Une fois libre de toutes contraintes, Chaplin commence à produire, réaliser et jouer. L’Opinion publique sort en septembre 1923, acclamée par la critique, le film est un échec pour le public qui ne retrouve pas le personnage de Charlot.

Chaplin revient alors à la comédie, avec un film qui va marquer un tournant dans sa carrière, La Ruée vers l’or. Mais bientôt, le cinéma sonore arrive. Chaplin est sceptique et estime que les « parlants » ne valent pas les muets. Le temps passe et le réalisateur est de plus en plus convaincu par le fait qu’il devrait un jour se mettre à produire des films parlants. Mais Charlie Chaplin voulait cependant respecter un principe : Charlot ne parlera jamais.

Pourtant, il va falloir s’y résigner… ou presque ! Dans Les Temps Modernes (1936), où on entend pour la première fois la voix de Chaplin, Charlot chante dans un mélange de diverses langues de son propre cru. Mais Chaplin s’est ensuite définitivement mis au parlant avec un de ses plus grands longs-métrages : Le Dictateur (1940).

Avant même qu’il ne se mette au cinéma parlant, Charlie Chaplin a su faire vibrer son public et se faire comprendre. Mais comment ?

Affiche La Ruée vers l’Or, 1925 ©DR
Affiche La Ruée vers l’Or, 1925 ©DR

Fin observateur qu’il était, il travaillait tout, ses mouvements, ses mimiques, ses déplacements. Sur le plateau de tournage, rien n’est figé, son cinéma, c’est celui du mouvement, où le personnage et la vie sont essentiels, et non l’intrigue. Pour l’acteur, l’action surpasse de loin le discours.

[Elle] est plus généralement comprise que les mots. Le frémissement d’un sourcil, si imperceptible soit-il, peut transmettre plus qu’une centaine de mots

Fidèle à ses valeurs, même s’il voulait être millionnaire, Chaplin est resté un homme du peuple. Il refusait de faire des films pour des cinémas qui chargeraient plus de 5 cents l’entrée ; il ne veut pas trahir son public : « je suis du peuple, et c’est pour lui que je crée plus que pour toute autre classe ».

C’est aussi comme ça qu’il arrivait à communiquer dans ses films, en faisant des films pour la société, pour tout le monde, en racontant des histoires vraies, des phénomènes de société, etc.. C’est aussi ainsi que son cinéma est devenu politique.

Chaplin et la musique

Affiche Le Dictateur, 1940, © DR
Affiche Le Dictateur, 1940, © DR

On ne peut pas parler de Charlie Chaplin sans évoquer sa passion pour la musique. On connaît moins cet aspect de sa personnalité. Le cinéma était muet certes, mais les séances étaient tout sauf silencieuses. Les salles de cinéma projetaient les films accompagnés par un ensemble de musiciens, ou un pianiste, parfois même des bruiteurs.

Dès ces débuts cinématographiques, Charlie Chaplin tentait de guider les musiciens en donnant des indications. Parce qu’en plus d’écrire, réaliser et jouer dans ses films, il en écrivait aussi la musique. Ce qui est important aussi dans la vie de Chaplin, c’était son rêve de devenir musicien professionnel. Jeune garçon, il travaillait son violon en autodidacte jusqu’à six heures par jour, avant de se faire une raison : il n’aura jamais le talent pour devenir un virtuose. C’est cette déception qui le poussa à se tourner vers le music-hall, puis le cinéma.

Chaplin aujourd’hui

Manoir de Ban, de nos jours © Tahdrummond
Manoir de Ban, de nos jours © Tahdrummond

Bien sûr, il faut voir ou revoir ses films, c’est le moyen le plus efficace pour voir Charlie Chaplin dans son grand art. Mais ce qu’il a de mieux pour voir, admirer et sentir Chaplin aujourd’hui, c’est de se rendre au manoir de Ban à Corsier-sur-Vevey. Ce lieu qui a accueilli l’artiste pendant les 25 dernières années de sa vie, est devenu un musée de 4 000m2, consacrée à sa vie et son œuvre. Le Chaplin’s World. Ici, on découvre un peu plus Charles Spencer Chaplin et Charlot.

Dans ce musée, la visite retrace, depuis le manoir, la vie personnelle et familiale de Charlie, puis dans un autre bâtiment, la vie publique et artistique de Charlot.

Si Charlie Chaplin est connu de tous, c’est parce qu’il n’a pas uniquement marqué son art, mais aussi son époque. En révolutionnant le cinéma, il révolutionnait la société. Qu’il s’agisse de film satirique ou simplement comique, Charlie Chaplin cherchait toujours à produire des films pour le peuple et qui parle du peuple. Il restera à jamais un grand nom du cinéma qui a marqué et marquera des générations de réalisateurs et d’acteurs.

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Par  Clara Lefevre-Manond,

Née à Lille, passée par les Deux-Sèvres, Clara est revenue dans la capitale des Flandres pour ses études. Danseuse classique, elle a aussi fait du tennis. Sportive, elle ne laisse pas un challenge lui saper le moral. Souriante et généreuse, voilà comment la qualifier. Mais attention, sous ses yeux bleus, se cache un sacré caractère : qui s’y frotte s’y pique !

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