Exigent, surdoué, mystérieux, fascinant, inimitable, autant d’adjectifs qui pourraient qualifier Prince. Retour sur un artiste unique qui a su synthétiser tous les styles musicaux et sur sa carrière hors-norme.

Photo issue de l’ouvrage “Picturing Prince” par Steve Park
Photo issue de l’ouvrage “Picturing Prince” par Steve Park

Que sait-on exactement de Prince ?

On sait qu’on le surnomme le kid de Minneapolis et qu’il est considéré par ses pairs comme un génie de la musique. De son œuvre, on connaît tous “Purple Rain”, “Kiss”, “Cream”. Certains savent qu’il a écrit la BO de Batman et la chanson de Sinead O’Connor “Nothing compare to U”. Les femmes le trouvent secrètement hyper sexy, les hommes le trouvent ouvertement super moche. On dit que dans les années 80-90, c’était le rival de Michael Jackson. Beaucoup le connaissent plus à travers ses provocations et ses extravagances qu’à travers sa musique. Alors ? Qui es-tu Prince ?

Son enfance

Prince est né dans le Minnesota à Minneapolis le 7 juin 1958. Son véritable nom est Prince Rogers Nelson. Son père John L.Nelson était plâtrier et sa mère Mattie, travailleuse sociale. Mais le couple était aussi des passionnés de musique et plus précisément de jazz. Son père, pianiste de talent se produisait dans des clubs tandis que sa mère l’accompagnait de temps en temps au chant.

Dès l’âge de sept ans Prince écoute beaucoup de musique de tout horizon et apprend à jouer du piano avec son père. Il commence même à composer ses premiers morceaux. En 1968, ses parents divorcent. Il va vivre un temps chez sa tante, puis dans le sous-sol de la mère d’un ami à lui, André Anderson qui deviendra quelques années plus tard son bassiste. C’est d’ailleurs une partie de sa vie qu’il a reprise dans le film “Purple rain” où on le voit habiter dans la cave de ses parents.

Ses premières formations musicales

Prince / Photo de robert Whitman
Prince / Photo de robert Whitman

A l’âge de 13 ans il monte son 1er groupe, Grand Central où il joue du clavier et de la guitare. En 1974, il devient le chanteur de The Time qui se produit dans des petites salles de Minneapolis. Il participe ensuite à des sessions orchestrales du groupe 94 East.

En 1976, Prince commence à produire des maquettes, il a en poche 14 titres qu’il a composé exclusivement seul. Owen Husney le prend sous son aile et devient son agent artistique.

Les 2 hommes arrivent à obtenir un contrat avec Warner Bros. Les termes de celui-ci sont absolument incroyables. Prince n’a que 19 ans et il parvient à exiger d’être son propre producteur et d’être l’auteur, compositeur et interprète de ses morceaux. Warner Bros signe ces conditions pour 3 albums ce qui est complètement inédit.

Son début de carrière

Prince / Crédit : Allen Beaulieu
Prince / Crédit : Allen Beaulieu

En 1978, il sort son 1er album, “For You”, aux accents funk et rhythm and blues. Sur cet album Prince, joue de 23 instruments et il n’a pas encore 20 ans.

En 1979, il sort un second album “Prince” dans la lignée du précédent. Son troisième opus “Dirty Mind” va être un tournant important. Son goût pour la provocation s’affirme dans les paroles des titres des singles qui parlent ouvertement de sexe, d’adultère et de relations incestueuses. Mais il s’exprime également par son look, torse-nu, foulard, slip noir, longue veste à épaulettes et bas résille. Musicalement, c’est plus pop et inspiré de la new-wave. La patte Prince est née. Il sort ensuite en 1981 “Controversy” qui ressemble en plusieurs points à “Dirty Mind ».

Prince reconnu dans le monde

Couverture de Purple Rain Crédit : Ed Thrasher
Couverture de Purple Rain Crédit : Ed Thrasher

Le succès arrive avec son 5e opus qu’il sort avec son groupe The Revolution en 1982. “1999” est un double album et ses titres “1999” et “Little Red Corvette” seront bien classés.. Cet album bénéficie de l’arrivée de la chaîne de clips MTV où les clips de Pince sont diffusés en boucle. Prince est enfin connu du grand public américain. Malheureusement, un mois plus tard, sort “Thriller” de Michael Jackson qui écrase tout sur son passage. “Thriller” est plus facile d’accès alors que “1999” est avant-gardiste. Mais Prince travaille déjà sur un autre projet, celui d’un film sur sa vie accompagné d’une bande originale.

« Purple Rain” sort en salle en juillet 1984. C’est un succès, chaque titre devient un tube international et la tournée est un triomphe. “Purple Rain” fait partie aujourd’hui des albums cultes. Prince a conscience à l’époque de la puissance de cet opus, ça lui fait un peu peur et il se replonge immédiatement dans le travail. Il prend alors, la décision folle de sortir un nouvel album 6 mois plus tard.

Prince & The Revolution – Purple Rain (Live 1985) [Official Video]

Paisley Park

Intérieur de Paisley Park
Intérieur de Paisley Park

Avec l’argent qu’il a gagné grâce à “Purple Rain”, Prince fait construire une résidence et un complexe dans le Minnesota. Celui-ci va lui permettre de produire ses albums de A à Z. Paisley Park se compose de :

  • plusieurs studios d’enregistrement ;
  •  salles de répétitions ;
  •  salles de concerts ;
  •  ateliers de couture pour réaliser les costumes ;
  • studios de tournages pour les clips.

Il a véritablement créé un endroit au service de son art. Il peut ainsi avoir le contrôle sur tout. Des premières notes d’une chanson jusqu’au costume de scène, en passant par le clip, tout peut être réalisé au même endroit. Il conçoit avec Warner le label Paisley Park Records. Prince y passera beaucoup temps et c’est d’ailleurs dans ses studios qu’il est retrouvé mort le 21 avril 2016 d’une overdose d’anti-douleur. Aujourd’hui, Paisley Park Studio est devenu un musée.

Prince, le prodige

The Prince Estate / Jeff Katz
The Prince Estate / Jeff Katz

Prince était un bourreau de travail, il ne s’arrêtait jamais. Il voulait avoir le contrôle sur toutes les étapes de la création d’un titre. Il était multi-instrumentiste et jouait de plus 20 instruments différents. Sur ses albums, c’est lui qui compose les musiques et les paroles. Comme son idole Stevie Wonder, en studio, il joue de tous les instruments. Il pose sa voix en dernier et enfin assemble le tout. Il paraît qu’il utilisait 2 studios en même temps et que parfois, il passait de l’un à l’autre, car il pouvait travailler sur 2 projets en simultané.

Très exigeant envers lui-même, il était obsédé par la perfection du son. Sa soif d’innovation et de travail est sans limite. Lorsqu’il faisait une performance scénique, il voulait impérativement qu’elle soit filmée. Ainsi, après le concert, le son monté à fond, il visionnait en boucle sa prestation et guettait la moindre faute ou réfléchissait à ce qui pouvait être amélioré.

Son hyper-productivité

Comme on l’a vu, après le succès phénoménal de “Purple Rain”, Prince sort quelques mois plus tard “Around the world in a day”. Dans le même temps, il produit des groupes de Minneapolis comme The Times. La presse parle du Minneapolis sound qui regroupe à la fois les codes du rock, du funk et de la soul. La particularité de ce son vient du fait que les cuivres sont supprimés et remplacés par des sons au clavier. Mais derrière tous les groupes qui émergent de Minneapolis il y a Prince.

Prince & The Revolution – Kiss (Official Music Video)

Moins d’un an après “Around the world in a day”, Prince, toujours accompagné de l’orchestre The Revolution sort l’album “Parade” emmené par les titres “Kiss” et “Girls and Boys”. C’est un succès partout dans le monde. Au fil du temps, il va être de plus en plus créatif et productif. L’année suivante, en 1987, il produit 3 albums dont le magnifique double album “Sign o the Times” qu’il signe seul sans son groupe. Prince a cette faculté de ne pas se reposer sur ses lauriers et d’expérimenter toujours plus loin. Il ne propose pas 2 fois la même chose, il prend des risques à chaque album. “Sign o The Times” en est la parfaite illustration.

L’année suivante sort “Lovesexy” qui ne décolle pas dans les charts. Puis vient la bande originale du film Batman de Tim Burton avec le single “Batdance” complètement dingue, mais très travaillé, qui le fera renouer avec les premières places des hits parade. L’album a été fait en 6 semaines, une prouesse ! En 1991 sort « Diamonds and Pearls” qui aura du succès contrairement à “Graffiti Bridge” l’année précédente qui fera un flop. Entre 1991 et 2015 Prince, va réaliser 29 albums avec du bon, du très bon (“Musicology” en 2004) et du moins bon.

Prince – Batdance (Official Music Video)

Prince sur scène

La reconnaissance, Prince l’obtient surtout sur scène. Il est l’un des plus grands performer de tous les temps. Du haut de son mètre 57, il occupe la scène à merveille. Il chante, il danse, il joue de tous les instruments et il a un charisme et un magnétisme évident. Son perfectionnisme frôle l’obsession. Il s’occupe d’animerla mi-temps du célèbre Super Bowl de 2007.

Le tourneur Alfred Bernardin dit “Je l’ai vu faire déplacer de 30 centimètres un élément de la scène. Il exerce un droit de regard sur tout ce qui l’entoure.”

Un ingénieur du son raconte qu’”il sait tout faire et a une idée précise du résultat qu’il souhaite obtenir. Avant de partir en tournée, les musiciens répètent un répertoire de 150 titres.” Le public ne s’y trompe pas. Les places pour un concert de Prince se vendent en quelques heures. Pour exemple le Earth Tour en 2007 où il a fait 21 concerts à guichets fermés dans l’O2 Arena de Londres. En 2009 à Paris, il décide de faire 2 concerts, un peu à la dernière minute au Grand Palais. Les 11 000 billets se vendent en 77 min, et Prince joue ce jour-là pendant plus de 4 h. Un concert mémorable selon les fans.

Prince et Warner Bros

Prince et sa marque "Slave" sur la joue / Brian Rasic / Rex Futures
Prince et sa marque « Slave » sur la joue / Brian Rasic / Rex Futures

Au début des années 90, Prince entre en conflit pendant de longues années contre sa maison de disques. Il souhaite récupérer et contrôler l’utilisation de son œuvre. Et pourtant, en 1989, il vient de signer avec Warner un contrat de 10 albums en 10 ans. C’est à partir de ce moment qu’il apparaît avec le mot “slave” écrit sur sa joue. Un moyen d’exprimer qu’il se sent esclave de sa maison de disques. Il a ouvert la voie avec son combat contre l’industrie du disque, car après lui de nombreux artistes se sont engagés contre les Majors pour protéger leurs œuvres.

C’est à ce moment de sa carrière que Prince décide d’abandonner son nom pour prendre celui du Love Symbol. Le public est un peu déboussolé par ce changement, et il y perd de sa notoriété et de sa crédibilité. Il continue de produire des albums sous le nom de Prince (un peu bâclés pour certains) pour Warner Bros et en parallèle, il sort des albums sous le sigle du Love Symbol.

En 1999, plus rien ne le lie à Warner et il reprend donc naturellement le nom de Prince.

Des choix audacieux pour distribuer sa musique

Prince ne fait rien comme les autres, il est avant-gardiste et bouleverse les codes dans de nombreux domaines. Et notamment dans la façon de distribuer sa musique. En 2004, lors de ses concerts, l’album “Musicology” était compris dans le billet d’entrée. Ce qui a été un casse-tête pour comptabiliser les ventes de cet album. Il procède de la même façon avec l’album “ Planet Earth” qu’il distribue à l’entrée de ses 21 concerts à l’O2 Arena en 2007. En 2008 et 2010, il inclut des CD à l’intérieur d’un magazine et d’un livret photographique.

Visionnaire, en 2009, il conçoit un site qui se nomme LotusFlow3r où les fans peuvent s’inscrire et s’abonner. Les adhérents recevront ainsi, des nouveaux contenus inédits, il y met tous ses nouveaux morceaux.

Le personnage de Prince

Prince sur scène
Prince sur scène

L’Angleterre avait David Bowie et l’Amérique, Prince. En plus d’être musicien, danseur, chanteur, acteur, il était aussi une véritable icône de la mode. Petit à petit, il s’est construit un univers et un personnage androgyne qu’il fait évoluer sans arrêt au fil de ses albums. Il n’a aucune barrière de genre, il s’habille aussi bien avec des tenues masculines que féminines. Il n’hésite pas non plus à montrer son corps. Tout était étudié dans le moindre détail : « Ses costumes, sa coiffure, son maquillage, ses bijoux, sa barbe, tout est pensé jusqu’à la couleur de sa guitare assortie à sa tenue » dit Delphine Pinasa spécialiste dans les costumes de scène.

Un de ses amis raconte que même dans la vie de tous les jours, il était habillé comme s’il allait monter sur scène. Jean-Paul Gaultier, dit qu’il a été beaucoup inspiré par Prince pour ses créations androgynes. Le chanteur M a également trouvé une source d’inspiration chez lui pour créer son personnage de scène.

Certains éléments de mode reviennent constamment dans ses tenues comme :

  • les pantalons à pattes d’eph’ ;
  • les chemises à jabot ;
  • les boots à talons ;
  • le maquillage au khôl ;
  • la couleur violette que l’on associe d’ailleurs directement à Prince.

Prince a des capacités hors du commun. C’est quelqu’un qui est toujours resté dans sa ligne de conduite et qui s’est battu pour sa musique. Dès le début de sa carrière, il a su imposer sa vision artistique. Il est admiré par les artistes pour son exigence au travail ainsi que ses prouesses musicales. Il est un exemple dans sa prise de risques qui a été constante. Sa maîtrise de l’art scénique est exceptionnelle. Prince est un artiste complet qui force le respect.

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Par  Laure Techer-Grue ,

Laure, 45 ans et Varoise depuis toujours. Diplômée de Lettres Modernes, j’ai été longtemps assistante commerciale. Très curieuse, avec une soif d’apprendre intarissable, j’aime lire, écrire et le pouvoir des mots me fascine. Je suis aujourd’hui rédactrice web et ce métier me permet de me reconnecter à mes envies et mes passions.

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