Chaque année, les Français commémorent le 8 mai 1945. Mais que marque véritablement ce jour ? Date emblématique de notre calendrier commémoratif, elle se révèle infiniment plus complexe que la simple célébration de la victoire de 1945.

Acte de capitulation signé
Acte de capitulation signé

Date historique, dont on ne précise même plus le millésime, le 8 mai est commémoré en France depuis 77 ans. Mais que célèbre-t-on réellement ce 8ème jour du mois de mai ? La capitulation de l’Allemagne nazie et l’effondrement du IIIème Reich ? La fin de la Seconde Guerre Mondiale, alors que le Japon n’a pas encore déposé les armes ? Un armistice, comme celui du 11 novembre 1918 ?

Date repère et en même temps un peu fourre-tout, l’approche du 8 mai se révèle finalement plus complexe que prévu ! D’ailleurs, elle ne s’imposera que tardivement comme un jour férié au sein du calendrier français. Retour sur la chronologie historique et symbolique de cette date emblématique. 

Signer la fin des combats… en Europe

Une capitulation, deux signatures

Jodl signe la reddition de l’Allemagne à Reims le 7 mai 1945

2 mai 1945. Berlin, capitale en ruine d’une Allemagne exsangue, est envahie par l’Armée Rouge. Hitler s’est donné la mort quelques jours plus tôt, signant ainsi la fin du IIIème Reich. À l’Ouest, les forces alliées américaines et britanniques sont déjà aux portes de l’Allemagne. Dwight Eisenhower, chef de l’Etat-major de l’armée américaine, exige la capitulation sur tous les fronts et sans conditions.

Le 7 mai 1945, à Reims, au quartier général des forces alliées, le général Alfred Jodl, signe la reddition de l’Allemagne. La fin des combats est fixée au jour suivant à 23h01 (heure allemande). Mais Staline exige que la capitulation soit également ratifiée à Berlin, alors occupée par l’Armée Rouge. Celle-ci a lieu le 8 mai, à 23h01, au quartier général soviétique. Un journaliste commente la scène : « […]on entend que le bruit d’une plume sur le papier. Comme c’est silencieux, l’abdication d’un peuple ».

Capitulation ou armistice ?

Le maréchal Keitel ratifie la capitulation allemande à Berlin le 8 mai 1945
Le maréchal Keitel ratifie la capitulation allemande à Berlin le 8 mai 1945

Dans le texte signé le 7 et 8 mai 1945, l’Allemagne reconnaît sa défaite et dépose les armes. C’est donc bien une capitulation et non pas un armistice. La capitulation marque une victoire militaire tandis que l’armistice est le fruit d’une négociation politique. Elle permet au vaincu de continuer à administrer son territoire. La capitulation, au contraire, reconnaît l’autorité directe du vainqueur sur le territoire occupé. Dans le cas de l’Allemagne, celle-ci va être coupée en deux, posant ainsi les premiers jalons de la Guerre Froide.

Le 8 mai marque donc la victoire des forces alliées ainsi que la fin des combats en Europe. La guerre se poursuit cependant avec le Japon. La capitulation japonaise aura lieu le 2 septembre 1945. C’est donc cette date qui marque officiellement la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

La France, témoin signataire de la capitulation allemande

Le General Charles de Gaulle lance l'appel aux Français a la radio BBC a Londres le 18 juin 1940
Le General Charles de Gaulle lance l’appel aux Français a la radio BBC a Londres le 18 juin 1940

Malgré la défaite de juin 1940, la France a réussi à occuper une place de choix dans le camp des vainqueurs. Grâce à un redressement militaire et son insertion dans les relations entre Alliés, elle participe à la libération de l’Europe de l’Ouest. Elle est donc présente, en tant que témoin, à Reims et à Berlin, les 7 et 8 mai. Signataire, au même titre que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union Soviétique, la présence de la France est une victoire diplomatique.

Dans son allocution radiophonique pour annoncer la fin des combats, le 8 mai 1945, le général de Gaulle martèle : « La guerre est gagnée ! Voici la victoire ! C’est la victoire des Nations Unies et c’est la victoire de la France ! ». Par la suite, le 8 mai demeure, sur le sol français, la date choisie pour commémorer la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

La guerre des mémoires : comment commémorer le 8 mai ?

Le 8 mai en France : un long chemin vers la journée fériée

Dans le cadre français, la célébration du 8 mai a beaucoup évolué. La période de 1939-1945 est riche en dates symboliques. Des associations de résistants et de déportés demandent un jour dédié à la commémoration de la victoire. Dès 1946, celle-ci est fixée au 8 mai…seulement si ce jour tombe un dimanche.

En 1953, l’Assemblée de la IVème République vote une loi rendant ce jour férié. La date s’impose alors comme une référence de la Seconde Guerre Mondiale. Dans le contexte de la réconciliation franco-allemande, un décret de 1959 en supprime le caractère chômé. De 1975 à 1981, cette journée est finalement abandonnée. À la place, on fait mémoire du discours de Robert Schumann sur la construction européenne, prononcé le 9 mai 1950. En 1981, une loi relative au code du travail rétablit la commémoration du 8 mai et son caractère chômé.

Commémoration mondiale ou nationale ?

Le 8 mai est un jour férié uniquement pour les Français ! Ni les Américains, ni les Britanniques ne chôment le 8ème jour du mois de mai. Aux Etats-Unis, des commémorations ont lieu le 30 mai, jour du Memorial Day, pour tous les anciens combattants. La Grande-Bretagne, de son côté, ne commémore pas le 8 mai mais uniquement l’armistice du 11 novembre 1918.

 En Russie, les célébrations de la fin de la Seconde Guerre Mondiale ont lieu le 9 mai ! À cause du décalage horaire, la date du 8 mai à 23h01 correspond, à Moscou, à celle du 9 mai à 01h01.

Un ou des 8 mai 1945 ?

En France, les commémorations de la Seconde Guerre Mondiale ont également pu occulter d’autres évènements, comme le massacre de Sétif. Le 8 mai 1945, à Sétif, en Algérie, on célèbre la victoire. Un cortège se met en marche vers le monument aux morts de la Grande Guerre, agitant des drapeaux français. Des manifestants portant un drapeau algérien se mêlent à la foule, ce qui provoque une intervention des forces de l’ordre. Les célébrations de la victoire sont alors endeuillées par une répression sanglante. D’autres répressions ont également lieu dans les villes de Guelma et Kherrata.

Ces évènements dramatiques ont longtemps été cachés par la presse et les autorités françaises, empêchant une vraie commémoration. Ils reviennent aujourd’hui dans la lumière dans le cadre d’un long travail de mémoire, en lien avec la Guerre d’Algérie.

Le 8 mai appartient à ces dates clefs de l’époque contemporaine. Celles qui commémorent les fins de conflits meurtriers marqués par des atrocités innommables. Celles qui fondent pour partie l’identité des vivants sur le souvenir des morts

Reinhart Koselleck

Date symbolique, polysémique, profondément ancrée dans la mémoire collective, le 8 mai est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Dans le paysage européen, cette date marque le début d’une nouvelle ère : Guerre Froide, construction européenne, décolonisation…

Sans le surestimer, le 8 mai est finalement une articulation majeure du basculement vers la seconde moitié du XXème siècle.

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Par Béatrice de Place ,

Guide-conférencière motivée et dynamique, j’ai à cœur de partager ma passion pour l’Histoire, l’art et le patrimoine au travers d’articles, de visites guidées et de conférences. Evadez-vous au rythme de mes mots aux quatre coins du monde et que puisse vous prendre l’envie de chausser vos chaussures et de partir vous-même à la découverte des richesses de votre histoire et de vos régions !

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