Des palais et des châteaux abandonnés, un hôpital psychiatrique fermé, une centrale nucléaire désaffectée, des stations de métro fantômes… Le point commun de ces endroits ? Ils ont tous été délaissé par l’Homme et c’est la nature qui a depuis repris ses droits. Des espaces devenus le terrain de jeu d’une pratique celle de l’Urbex qui mêle goût du patrimoine, photographie et adrénaline !

L’Urbex, diminutif d’exploration urbaine, est une discipline qui émerge aux Etats Unis, et qui désormais est un phénomène mondial. Comme pour le géocaching, à l’origine c’est l’envie de découverte. La curiosité pour les lieux abandonnés pousse les « urbexeurs  » à pénétrer dans des endroits reculés, cachés, quasiment inaccessibles. A la fois clandestine et communautaire retour sur cette discipline alternative qui, depuis l’avènement des réseaux sociaux, est passée de l’ombre à la lumière.

L’Urbex, un retour vers le passé

C’est le canadien Jeff Chapman qui va populariser la pratique de l’Urbex. Passionné de patrimoine et d’histoire il fonde même un Fanzine dans lequel il retrace ses expériences d’exploration urbaine. Il y pose les codes et l’éthique de ce mouvement qui peuvent se résumer à la phrase suivante : « Take nothing but pictures, leave nothing but footsteps « . « Ne prenez rien d’autre que des photos, ne laissez rien d’autre que des empreintes de pas ».

Quête de frisson et d’exploration, une pratique pourtant controversée

L’Urbex est à la croisée de l’exploration, de la découverte du patrimoine oublié et de la recherche d’un sentiment d’adrénaline. Si les adeptes de cette pratique sont de plus en plus nombreux c’est aussi en parti lié à la désindustrialisation des pays occidentaux. De nombreux sites tombent dans l’oubli pour devenir l’espace de prédilection de ces aventuriers urbains. Ce qui attire dans l’urbex c’est aussi cette idée d’interdit. Il faut grimper, escalader, se faufiler ne pas faire de bruit, être vigilant ! Des sensations qui deviennent pour certains très vite addictives.

A la rencontre des mondes oubliés

Ce travail d’exploration permet de tomber sur des endroits inédits, désertés par l’Homme. Le résultat : des maisons envahies par une végétation luxuriante, du papier peint défraichi, de la poussière, de la rouille, du mobilier figé dans le temps…

Il y a toute une diversité de lieux qui sont devenus des espaces dédiés à l’urbex souvent le résultats de crises, de désertification de certaines régions. De telle sorte que l’on visite aussi bien des usines désaffectées, des hôtels particuliers abandonnés par des propriétaires ruinés. Des églises à l’entretien trop couteux, des hôpitaux que le service public ne peut plus financer entre autre.

Si ces bâtiments, à en voir les photos, ne sont évidemment plus habités, l’urbex reste pourtant une pratique clandestine. Cependant son illégalité repose encore aujourd’hui sur un vide juridique. Il n’y a pas de législation spécifique pour encadrer cette discipline. La loi reconnait juste de manière générale que la violation de domicile est un délit passible d’une condamnation. Ainsi tout dépend du lieu dans lequel on pénètre et de la manière.

C’est pourquoi l’urbex se fonde sur un code de déontologie précis. Il est nécessaire de prévoir un repérage en amont afin de trouver le meilleur accès et éviter toute effraction. Cette pratique ne doit pas être solitaire pour palier à tout risque d’accident. Enfin il est plus prudent de s’aventurer équipé surtout quand les lieux sont susceptibles de s’effondrer.

Un lien intime à l’histoire, une démarche engagée ?

Si la notion de passé est au cœur de la pratique de l’urbex, pour certains cela invite à une réflexion sur notre société. En immortalisant ces lieux les urbexeurs sont les témoins d’une réalité, celui d’un monde qui préfère créer et construire plutôt que de restaurer. L’Urbex questionne sur la représentation des ruines, sur la globalisation et sur le consumérisme. L’exploration urbaine traduit cette métaphore de la société matérialiste qui produit des objets voués à disparaître.

L’Urbex ou l’esthétique de la ruine

La photographie est indissociable de l’urbex. Si la motivation première est de partir à la découverte de lieux restés longtemps inexplorés, c’est aussi l’occasion de figer en image ces bâtis mourants.

Mettre en lumière les marques du temps c’est le travail de photographes spécialisés dans l’urbex, à l’image de Thomas Jorion. Cet autodidacte parcours le monde à la recherche de paysages et de lieux en ruine. Il s’est notamment pris d’affection pour les palais italiens délabrés. Une passion qui fait naître des photos d’une virtuosité incroyable qui nous transportent dans une époque où la démesure était la norme.

Pour d’autres c’est aussi le moyen de se replonger dans des pans de l’histoire. C’est la démarche du photographe reporter et réalisateur français Philippe Brault. Dans une série de photos l’artiste propose d’explorer les vestiges du régime soviétique suite à la chute du Mur de Berlin. Des décors dignes d’un film où le temps semble suspendu. Un projet d’ailleurs associé à une web série Arte intitulée « Urbex Rouge ».

Une capture de l’empreinte du temps

Certains artistes issu du monde du street-art sont devenus des spécialistes comme le graffeur Jonk. Si au départ il recherche des lieux atypiques et reculés pour pouvoir graffer, sa passion pour la photo le rattrape et il va progressivement immortaliser ces lieux. Ce qui le fait vibrer c’est l’atmosphère de ces endroits, leurs démesures et le sentiment de se sentir minuscule. Il aime à travers ses clichés capter l’impact du temps. Un travail qu’il va mettre en avant sur les réseaux et qui va lui permettre de réaliser plusieurs expositions.

D’ailleurs, si vous aimez la photographie et l’Urbex, les éditions Larousse viennent de sortir un livre superbe : « 100 lieux Urbex à couper le souffle ».

L’Urbex et les réseaux sociaux, une vitrine qui popularise cette pratique

Les réseaux sociaux ont un impact évident dans la démocratisation de l’urbex. Depuis plusieurs années les adeptes de cette pratique exposent leurs trouvailles. Si le paradoxe pour les urbexeurs est de vouloir préserver le secret des adresses, ils sont pourtant de plus en plus nombreux à mettre en avant leur travail. Via instagram, Facebook ou en créant des chaînes Youtube, ils font revivre leurs expériences au plus près du réel. Une visibilité sur cette pratique qui fait débat. Pour certains cette médiatisation irait à l’encontre de l’éthique et du message que délivre l’urbex qui se fonde sur la discrétion, le goût pour l’exploration et la confidentialité.

Pour d’autres justement c’est l’occasion de sensibiliser le public à un patrimoine oublié et de se questionner sur nos modes de vie. Ce qui est sûr c’est que cette pratique ne cesse de se développer poussant les explorateurs à braver encore plus les interdits en quête d’inédit !

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Par  Marie Dardenne,

Parisienne mais pas que, un temps dans l'événementiel, elle est à l'affût des nouveautés. Expo, festival, resto, voyage ... toujours une bonne raison de sortir et de partager ses expériences ! Bref le bon mélange pour vous proposer des articles pétillants !

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