La réincarnation, ou le fait de revivre après sa mort dans un autre corps. Sans preuve scientifique possible, il nous est quand même donné de comprendre quelles visions de la vie se cachent derrière cette croyance.

S’il y a bien une angoisse qui traverse les siècles, ce serait l’angoisse de la mort. Depuis la nuit des temps, les Hommes ont raconté des histoires pour atténuer cette peur et lui donner du sens. Que se passe-t-il après la mort ? Nul ne le sait, et pourtant, chaque civilisation, chaque religion, chaque peuple donne sens à ce qui est après la mort. Que l’on parle de l’immortalité de notre âme, de réincarnation, de transmigration des âmes, de paradis : c’est une réponse, incertaine, à l’après de la vie.

Incarnation ou réincarnation ?

En Egypte antique, on ne parle pas de réincarnation, mais d’incarnation. Dans la composition de l’être il y a le ka, qui est l’énergie vitale de l’Homme, qui survit à la mort. En effet, le ka quitte le corps (djet), et accomplit le voyage en 9 étapes jusqu’au jugement, guidé par Anubis. Le ka sera soumis au Jugement, présidé par Osiris, et à la fameuse pesée du cœur. Le ba, traduit maladroitement par âme, est l’énergie de déplacement et de dialogue, qui permet de faire le lien entre le monde invisible (le monde des dieux et des ancêtres) et le monde des Hommes. Contrairement au ka, le ba peut s’incarner sur Terre.

Le ba des égyptiens est une des deux âmes qui survit après la mort. Elle est figurée par un oiseau qui porte la tête du défunt.
Le ba des égyptiens est une des deux âmes qui survit après la mort. Elle est figurée par un oiseau qui porte la tête du défunt.

Toutefois, cette incarnation du ba n’est pas autorisée pour le commun des mortels : l’incarnation tient du divin. C’est seulement le ba des Dieux et des pharaons qui peut s’incarner sur Terre, en objets ou lieux sacrés, en plantes ou en animaux. L’incarnation s’accompagne de toute la connaissance de celui qui s’incarne : il est divin, il choisit de s’incarner, et se souvient de ses vies antérieures. En revanche, dans la réincarnation, l’âme va dans l’au-delà pour se réincarner ailleurs, et oublie ses vies antérieures.

Comment une âme choisit son corps, ou la notion de karma

L’hindouisme et le bouddhisme sont deux religions asiatiques qui croient en la réincarnation. Cependant, le but est de sortir du samsāra, le cycle des renaissances, pour atteindre le nirvana, la libération de ce processus. Le samsāra permet la transmigration des âmes : ce n’est pas la réincarnation à proprement parler, mais le voyage des âmes après la mort.

Hindouisme 

Illustration du nirvana
Illustration du nirvana

Dans l’hindouisme, nous pouvons parler de métempsycose. C’est la réincarnation dans un sens plus large : on peut se réincarner en humains mais aussi en animaux et en plantes. Comme pour le bouddhisme, ce qui détermine les futures réincarnations, c’est le karma. Ainsi, nos actions dans notre vie comptent pour nos vies ultérieures. Le but n’est pas de se réincarner infiniment mais de s’extraire, de se libérer de ce cycle des renaissances. Le corps n’est que l’enveloppe temporaire de l’ātman, son essence invariable, l’âme.

A la façon d’un homme qui a rejeté des vêtements usagés et en prend d’autres neufs, l’âme incarnée, rejetant son corps, usé, voyage dans d’autres qui sont neufs.

Bhagavad-Gîtâ

Il y a toutefois une hiérarchie dans ces renaissances. Être réincarné en Homme est une chance à ne pas gâcher pour se libérer du samsāra.

Bouddhisme

Illustration du cycle des renaissances
Illustration du cycle des renaissances

Les trois caractéristiques de l’existence permettent de mieux comprendre la réincarnation dans le bouddhisme.

L’anitya : c’est l’impermanence, tout est constamment changeant.

L’anātman, c’est l’absence de soi, en opposition avec l’ātman hindou : rien n’a d’existence indépendante. Cela signifie qu’il n’y a pas d’âme, mais seulement un agrégat de phénomènes corporels et mentaux. S’il n’y a pas d’âme, cela signifie qu’il n’y a pas d’âme immortelle. Le moi n’est que pure illusion, illusion d’une permanence, d’un état statique et figé. Le principe de réincarnation n’est pas le même que l’hindouisme. Nous pouvons parler de métensomatose, le passage d’un corps à un autre, puisque l’âme ne peut se réincarner.

Le duhkha : rien ne peut nous satisfaire définitivement. C’est une souffrance qui vient du désir et de l’envie, et c’est à cause de cela que les Hommes sont soumis au cycle des renaissances. Le seul moyen de se libérer de la souffrance du désir, c’est d’accéder au nirvana. Par conséquent, les multiples renaissances ne sont que prolongation de la souffrance…

Souffrance ou voyage initiatique ?

Aujourd’hui, en Occident, de plus en plus nombreux sont ceux qui croient à des théories réincarnationnistes. Croyance séduisante qui nous place dans une chronologie bien personnelle. Car, au-delà de penser à l’après de la vie, la réincarnation nous donne une perspective sur l’avant de notre vie. Cela pourrait remettre notre existence individuelle en perspective et en recherche de cohérence. La réincarnation est vue de façon très positive en Occident : c’est un voyage d’apprentissage. Plusieurs vies nous sont données pour nous comprendre et pour devenir meilleur. Ouvrir sa conscience, en quête de cohérence, au sein d’un parcours initiatique est même devenue l’ambition de pratiques thérapeutiques alternatives, comme la karmathérapie.

Or, la réincarnation dans le monde oriental, signifie prolongation de la souffrance. La souffrance, selon Bouddha, vient de l’ignorance de notre vraie nature. Nous avons l’illusion de constituer un « moi » et avons l’illusion de la permanence. Mais, ces illusions créent des émotions qui laisseront une trace karmique. D’où la nécessité de vivre bien, d’essayer d’être en paix avec soi-même et de régler ses dettes et conflits avant la mort. Bien vivre permet d’aborder la mort avec sérénité.

Un éternel retour, ou comment célébrer la vie et relativiser la mort

Dans les religions traditionnelles africaines, la spiritualité est basée sur le culte des ancêtres. Cependant, contrairement au totémisme, les ancêtres ne sont pas affiliés à un totem, statique, mais sont en mouvement. Ainsi, après la mort, l’âme fait des allers-retours entre le monde invisible et la Terre. La réincarnation s’effectue dans la même lignée : les morts récents se réincarnent dans les nouveau-nés. Autrement dit, l’ADN ne meurt pas, et la réincarnation permet d’assurer une continuité, malgré l’interruption de la mort. Elle crée un renouvellement, constant, et ne fait pas de la mort une fin, seulement une étape.

La croyance en la réincarnation nous autorise à croire à une structure du temps différente. Le temps n’est plus linéaire, mais cyclique. C’est une vision dynamique de l’après-vie qui ne nécessite pas la réincarnation. Les Stoïciens parlaient déjà de palingénésie, ce retour à la vie qui est régénération. Tout se détruit et se régénère : pour cela, nous n’avons qu’à voir la nature. La vie est un éternel retour, un éternel recommencement, qui permet d’appréhender la mort non comme une fin, mais comme une étape.

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Par  Emilie Mezzana,

Diplômée d'un master de philosophie et de psychanalyse, je suis passionnée par l'écriture et aime manier les concepts. Intéressée par de nombreux sujets, ce qui me captive et m'émeut particulièrement : l'humain, ses failles, le tout enrobé d'un peu d'abstraction et de poésie.

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