Après la première partie consacrée aux pionnières, puis les agitatrices, place aux femmes artistes libérées !

Sonia Delaunay ou le lyrisme de la couleur

Qu’avait-on dit de moi jusque-là : érigée de l’orphisme, décoratrice, compagne de Robert Delaunay. Puis on a concédé : « collaboratrice, continuatrice… », avant d’admettre que l’œuvre existait en soi.

Sonia Delaunay
Sonia Delaunay photographiée en 1912
Sonia Delaunay photographiée en 1912

En apparence plus consensuelle que ces « prédécesseuses », Sonia Delaunay (1885-1979) n’en est pas moins illustre. Elle est pionnière, avec son mari, de l’abstraction géométrique. Elle sera pourtant éclipsée par son partenaire pendant une bonne partie de sa carrière…

Née en Ukraine dans une modeste famille juive

Sonia Delaunay (1885-1979), née Sarah Stern, puis dite Sonia Terk, est élevée par son oncle maternel à Saint-Pétersbourg dans un milieu aisé et artistique. Elle étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Karlsruhe en Allemagne, avant de s’établir à Paris à 20 ans. Un premier mariage de courte durée avec un galeriste allemand. Puis elle rencontre les peintres Picasso, Derain, Braque et surtout Robert Delaunay qu’elle épouse en 1910. Couple uni dans l’art, ils font tout ensemble, pourtant cela n’empêche pas Sonia de rester dans l’ombre de Robert.

Ils fondent l’orphisme en 1911. Caractérisé par l’utilisation de couleurs vives et de formes géométriques.

La couleur a une vie en elle-même et je crois que c’est cela la grande nouveauté de notre découverte.

En effet, Sonia Delaunay a l’art de tout exprimer dans la couleur et le rythme. Fortement influencée par le fauvisme, Van Gogh et Gauguin en tête. Elle n’aura de cesse avec son mari de poursuivre ses recherches non figuratives sur le coloris et le mouvement. Et ce, même après la mort de Robert en 1941.

Ils adoptent tout deux le simultanisme

Sonia Delaunay (illustration et mise en page) et Blaise Cendrars (poèmes), La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France, 1913
Sonia Delaunay (illustration et mise en page) et Blaise Cendrars (poèmes), La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France, 1913

« Une approche analytique de la peinture, mise en application par les néo-impressionnistes, qui consiste à juxtaposer des touches de couleurs pures pour créer un mélange optique et accentuer la luminosité de l’œuvre. » (Cécile Godefroy, historienne de l’art).

Par ailleurs, dès les années 1910, elle expérimente ses recherches plastiques dans de multiples domaines. Elle s’est totalement imprégnée de ce que disait Tolstoï dans son essai Qu’est-ce que l’art ? (1898) sur « l’équivalence entre les arts », qui fait totalement partie de la culture russe. Pour se renouveler, l’art de son temps doit abolir la hiérarchie entre arts mineurs et arts majeurs. Sonia Delaunay en est convaincue. Alors elle peint mais crée aussi des objets d’arts décoratifs et des textiles qui lui permettent de diffuser sa peinture.

Elle ouvre même une boutique de décoration à Madrid. Puis en crée une autre avec un célèbre couturier pour l’Exposition des Arts Décoratifs à Paris en 1925. Sonia Delaunay devient une « figure de peintre et d’artiste décorateur au féminin ». Et pourtant, jusqu’à ses 70 ans, elle refuse d’être catégorisée dans les « femmes artistes ».

Il faut néanmoins attendre 1964 pour qu’une exposition de ses œuvres soit organisée au musée du Louvre.

Elle est alors l’une des premières femmes à avoir une telle rétrospective de son vivant. Ce n’est qu’à partir de 1967 que sa place comme artiste commence vraiment à être réévaluée. Elle prend alors une dimension internationale, lorsqu’une autre rétrospective lui est consacrée au musée d’Art moderne. C’est donc à l’âge de 82 ans seulement que Sonia Delaunay est pleinement considérée comme artiste ! Elle s’éteint à l’âge honorable de 94 ans, exposée, décorée et célébrée partout dans le monde.

A voir : ses œuvres au musée d’Art moderne de la Ville de Paris et au Centre Pompidou

Frida Kahlo, l’art à bras le corps  

La seule chose que je sais, c’est que je peins parce que j’en ai besoin et je peins tout ce qui me passe par la tête, sans me demander si cela a un sens. 

Frida Kahlo
Autoportrait en Tehuana ou Diego dans mes pensées ou Pensant à Diego, 1943
Autoportrait en Tehuana ou Diego dans mes pensées ou Pensant à Diego, 1943

Frida Kahlo (1907-1954) aurait-elle connu la même postérité si son destin tragique ne l’avait menée à explorer le monde de l’art et son moi intérieur ? Car elle rencontre la peinture presque par hasard. Alors qu’elle est clouée sur un lit d’hôpital suite à un très grave accident. Elle y trouve pourtant la manière de donner « la plus franche expression d’elle-même ».

Troisième des quatre filles d’une mexicaine et du réputé photographe allemand Wilhem « Guillermo » Kahlo

Installés à Mexico, Frida Kahlo est déjà très jeune familière du milieu artistique grâce à ce père érudit, philosophe et dessinateur. Elle se destine pourtant d’abord à des études de médecine. Atteinte d’une poliomyélite à l’âge de 6 ans, son corps est déjà fragilisé par la douleur et connaît ses premières séquelles. Mais sa destinée bascule le 17 septembre 1925 lorsque le bus dans lequel elle se trouve percute violemment un tramway.

A 18 ans à peine et le corps meurtri, sa vie prend un tournant qu’elle n’imaginait pas. Elle passera la majeure partie de sa vie alitée, subissant pas moins d’une trentaine d’opérations, jusqu’à sa mort. Pour occuper son temps, sans doute aussi pour extérioriser cette douleur physique et mentale incommensurables, elle se met à dessiner et peindre grâce à un dispositif particulier imaginé par sa mère et du matériel « chipé » à son père. Ayant pour unique modèle son propre portrait (qu’elle voit dans un miroir fixé au plafond), elle réalise une série d’autoportraits assez uniques dans l’Histoire de l’art (on en compte 55 sur 145 tableaux au total).

Il est aussi fort probable que les nombreux autoportraits paternels aient jouer un rôle dans le choix de ce genre pictural, dont elle était familière pour avoir aidé son père dans son laboratoire.

« J’ai peint sans ambition » dira-t-elle plusieurs années plus tard.

Les Deux Fridas ou Double autoportrait, 1939
Les Deux Fridas ou Double autoportrait, 1939

Fait étonnant, Frida Kahlo ne souhaite pas faire carrière et ne revendique ni gloire ni place sur la scène artistique. Elle peint avant tout pour elle-même, pour avoir le sentiment d’exister. Elle entretient un véritable rapport corporel et violent à la création. Car cette grande amoureuse, qui dévorait la vie à pleines dents avant son accident, a su garder sa fougue malgré son état.

Son audace l’amène à faire la connaissance de la star mexicaine de son temps : Diego Rivera. Le grand peintre communiste révolutionnaire, comme il se surnomme. C’est en effet un peintre muraliste célèbre, grand séducteur et ardent partisan politique. Elle l’épouse en 1929. Le couple que forment « la colombe et l’éléphant », comme ils sont appelés alors, est mythique. Leur relation n’en est pas moins tumultueuse. Ils divorcent dix ans plus tard. Une séparation qu’elle vit très mal et représente dans une de ses plus fameuses toiles : Les Deux Fridas.

Ils se remarient pourtant en 1940 et voyagent aux États-Unis

Diego y reçoit des commandes importantes et Frida expose. Pourtant, la peintre en revient désillusionnée et dès lors renforcée dans son sentiment nationaliste. Elle se met à illustrer, dans ses œuvres mais aussi ses tenues, son sens très affirmé sur ses origines mexicaines et son folklore.

Le couple voyage aussi en France où ils côtoient André Breton et le cercle des surréalistes. A nouveau déçue notamment par la vie et la mentalité parisienne, Frida refuse toute affiliation au courant surréaliste. Car elle le dit elle-même : elle peint la réalité, « sa réalité ». Cela n’empêchera pas André Breton d’admirer son travail et Max Ernst ou Picasso d’y trouver une source d’inspiration. Cette femme et artiste étonnante s’éteint précocement à 47 ans, épuisée par ses opérations mutilantes.

Tourmentée, tragique, violente ou émouvante

Sa peinture à l’esthétique unique a en effet profondément marqué sa génération mais aussi toutes les suivantes. Si celle-ci nous parle encore aujourd’hui, c’est précisément parce que, jusque-là, la majorité des femmes artistes ou écrivaines abordaient toujours des sujets mineurs et/ou féminins. Fervente féministe, « Frida Kahlo peint l’accouchement, la violence conjugale, la fausse couche », parfois même l’irreprésentable. Finalement, « des sujets qui regardent tout autant les hommes que les femmes. » (Claire Berest, historienne de l’art et écrivaine). 

A visiter : La Casa Azul ou « Maison bleue », maison-musée de Frida Kahlo à Mexico ; à voir : le documentaire Chez Frida Kahlo de Xavier Villetard (2010) et bien sûr le film Frida de Julie Taymor avec Salma Hayek (2002).

Niki de Saint-Phalle ou l’art de la révolte

Je compris très tôt que les hommes avaient le pouvoir et ce pouvoir, je le voulais.

Niki de Saint-Phalle
Autoportrait, vers 1958-1959, présenté dans l’exposition « NIki de Saint Phalle » au BAM de Mons en 2018
©Niki Charitable Art Foundation/DR ©Laurent Condominas
Autoportrait, vers 1958-1959, présenté dans l’exposition « NIki de Saint Phalle » au BAM de Mons en 2018
©Niki Charitable Art Foundation/DR ©Laurent Condominas

Artiste autodidacte, Niki de Saint-Phalle est l’une des femmes artistes majeures du XXe siècle. Peintre, sculptrice, performeuse, réalisatrice, designer de costumes… Cette créatrice hors norme au destin tragique a traversé tous les arts et tout ce siècle. Elle y laisse une trace indélébile sur la scène artistique mais aussi et surtout sur les esprits.

Née Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle à Neuilly en France

Niki de Saint-Phalle (1930-2002)  y vit 3 ans seulement avant de s’installer avec ses parents à New York. Enfant de la Dépression issue d’une famille ruinée par le krach boursier de 1929. Sa vie bascule à 11 ans lorsqu’elle est violée par son propre père. Cet événement traumatisant – révélé au public en 1994 seulement, dans une autobiographie – la marquera toute sa vie. Au point d’en imprégner toute son œuvre et ses engagements personnels. La révolte intérieure qui s’en suit l’amène à se réfugier dans l’écriture d’abord, puis dans le théâtre. Mais ses fantômes passés la rattrapent. Après un mariage dont naîtront une fille et un fils, elle sombre dans une grave dépression nerveuse en 1953. C’est alors que la peinture devient sa thérapie.

Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme (…). C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail.

En 1959, c’est la détonante révélation de la nouvelle scène artistique américaine

Les Trois Grâces, 1999, Washington 
© Arts Observer
Les Trois Grâces, 1999, Washington
© Arts Observer

Elle découvre Jackson Pollock, Willem De Kooning, Jasper Johns. Elle est très souvent rattachée au courant du Nouveau Réalisme (groupe dont elle est d’ailleurs l’unique femme). Mais elle avoue être tout autant inspirée par l’œuvre des naïfs Douanier Rousseau ou Facteur Cheval. L’art brut de Jean Dubuffet ou encore Antonio Gaudi. Après son divorce, elle s’installe avec l’artiste Jean Tinguely et entame alors la partie la plus productive de sa carrière.

Contrairement à ses « sœurs d’armes » précédentes, elle a très tôt la démarche judicieuse de délaisser les musées pour investir l’espace public comme lieu d’exposition. Et ainsi s’adresser au plus grand nombre. Projets architecturaux, sculptures monumentales – ses célébrissimes Nanas – l’incontournable Fontaine Stravinsky réalisée avec son compagnon Jean Tinguely –, parcs – les excentriques Jardins du Tarot en Toscane –, elle multiplie les supports, techniques et modes d’expression.

La première action qui la rendra médiatique est sa série Tirs

Douze performances qu’elle produit entre 1961 et 1962. Le concept est simple mais totalement novateur et choquant pour l’époque. Des assemblages en plâtre, dans lesquels sont insérés des poches de peinture, sont les cibles de tirs à la carabine. Violemment perforés, ils laissent alors dégouliner les couleurs à la surface, « comme autant de plaies ». « Un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir » ; « en tirant sur ma propre violence, je tirais sur la violence de mon temps » explique-t-elle. Et pour cause, ses séances cathartiques, parfois participatives, visent à dénoncer les injustices de son époque.

Les tirs de Niki de St Phalle

Car engagée, elle l’est profondément.

Cause féministe, ségrégation raciale (elle soutient Rosa Parks), lutte contre le sida et même droit à l’avortement ou encore réchauffement climatique… Elle est de tous les combats. Mais c’est surtout une perpétuelle lutte personnelle contre sa propre histoire. Ainsi que contre les clichés associés aux femmes de son temps. Ses Mariées, ses Femmes accouchant mais surtout ses imposantes Nanas, joyeuses, sensuelles et décomplexées, en sont l’illustration la plus populaire. L’image d’une femme émancipée, libérée des diktats du patriarcat et de la mode. Paradoxe ou suite logique pour celle qui avait débuté sa carrière dans le mannequinat ?

Celle-ci s’achève précocement cependant, en partie à cause de ces créations qui ont fait sa renommée mondiale. Elle s’éteint en Californie des suites d’une maladie pulmonaire due à l’inhalation de matériaux utilisés pour leur fabrication. Souvent fortes, parfois dérangeantes mais toujours réparatrices, ses œuvres sont à son image : une éternelle tourmentée libérée.

A voir et à visiter : le site officiel de l’artiste ; ses œuvres dans l’espace public à Paris, Capalbio (Toscane), Jérusalem, aux États-Unis ; ses œuvres au musée d’Art moderne de la Ville de Paris et musée d’Art et d’Histoire de Fribourg

Yayoi Kusama, l’art à grand coups de points

Moi, Yayoi Kusama, suis la Alice au pays des merveilles des temps modernes. 

Yayoi Kusama
Portrait de Yayoi Kusama
© DR, Victoria Miro Gallery, London/ Ota Fine Arts, Tokyo/ Yayoi Kusama Studio Inc.
Portrait de Yayoi Kusama
© DR, Victoria Miro Gallery, London/ Ota Fine Arts, Tokyo/ Yayoi Kusama Studio Inc.

En voici un OVNI dans l’Histoire de l’Art ! Avec un œuvre totalement inédit, inclassable et pourtant iconique, l’artiste japonaise Yayoi Kusama, née en 1929, s’est taillé une place de choix dans l’art contemporain.

Aussi hallucinante qu’hallucinée, elle est à l’image de ses créations

Ces « espaces-installations » immersifs aux motifs répétitifs et aux univers psychédéliques. Effacement de soi, « art psychosomatique », elle emploie elle-même, pour parler de son art, des termes qui flirtent avec la psychiatrie, la psychanalyse, et se reconnaît à la fois créatrice et pleinement actrice de son travail.

Volontairement provocante, provocatrice même, elle crée et met en scène ses œuvres. Elle n’hésite pas à jouer avec ou dedans et avec son image. Défrayant ainsi la chronique en assumant pleinement son comportement excentrique. C’est pourtant sa vie qui a en grande partie dicté son orientation esthétique. Influençant dès son plus jeune âge tout son travail créatif.

Son enfance éprouvante dans le Japon impérial des années 1930, malgré une famille aisée, et ses difficultés à trouver sa place, brimée par la société patriarcale dans laquelle elle grandit, la hantent constamment.

Avec une ferme volonté de s’émanciper de ce carcan étouffant, contre l’avis de ses parents… Elle apprend la peinture et commence très jeune à exposer.

Infinity Room, 2013
Infinity Room, 2013

Issues très souvent de projections hallucinatoires dont l’origine remonterait à ses 10 ans, lors d’un épisode singulier où apparaît pour la première fois le motif du pois – qui sera récurrent dans son œuvre –, ses créations témoignent d’un trouble obsessionnel, pleinement assumé toutefois. Selon les spécialistes de l’artiste, il symboliserait « son refus de l’uniformisation ou sa peur de voir disparaître les individualités ».

Dès les années 1950, installée aux États-Unis grâce au soutien de Georgia O’Keeffe, elle ose sortir sa peinture du cadre traditionnel de la toile pour remplir l’espace d’exposition. Pourquoi dès lors se cantonner à ce seul médium ? Les années 1960 voient apparaître ses premières installations. Des sculptures, toujours recouvertes de pois prennent souvent des formes phalliques et occupent de plus en plus de place. Anticonformiste, elle n’hésite pas également à se mettre en scène lors de happening dans les rues de New York. Exprimant alors ouvertement ses idées politiques.

Elle côtoie On Kawara, Andy Warhol, Eva Hesse, Joseph Cornell (avec qui elle eut une relation passionnée et platonique).

Ses sources d’inspiration sont le Pop Art, l’art minimal ou encore le body art.

Associant peinture, sculpture, installation et performance, l’artiste japonaise a fait de son art un langage visuel reconnaissable entre tous. Des espaces colorés, démultipliés par des miroirs et aux limites estompées par le motif. Ce pois qui envahit tout. Bref un monde hypnotique où le spectateur est immergé, voire englouti.

Sa proximité avec la folie, qui est chez elle un catalyseur créatif, la rapprocherait au premier abord de Camille Claudel. Pourtant, c’est davantage avec les deux précédentes artistes citées plus haut qu’elle partage une conception commune de l’art : une vision cathartique et thérapique. Louise Bourgeois, leur contemporaine, affirmait d’ailleurs que « l’art est une garantie de santé mentale. ». Yayoi Kusama tente en effet clairement de panser ses blessures d’enfance à travers ses œuvres. Elle en a d’ailleurs fait, un peu paradoxalement, sa marque de fabrique.

Elle revient au Japon en 1973

C’est tout naturellement qu’elle installe alors son atelier en face de l’hôpital psychiatrique de jour où elle est enfermée volontairement… Et où elle travaille encore aujourd’hui. Consacrée à l’échelle internationale à partir des années 1980, elle acquiert le statut d’icône. Mais surtout, celle de pionnière sur la scène artistique japonaise. Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d’autres pois disait-elle dans les années 1960. Un pois qui, 50 ans plus tard, pèse son poids. Elle est aujourd’hui, à l’âge vénérable de 93 ans, l’une des artistes femmes les plus convoitée sur le marché de l’art ! Une revanche bien méritée sur le passé… 

A voir et à visiter : le Yayoi Kusama Museum à Tokyo ; le documentaire Kusama Infinity de Heather Lenz (2020).

Conclusion 

Bien d’autres femmes remarquables pourraient ici faire l’objet d’un autre chapitre :

  • Sofonisba Aguissola (1532-1625), remarquée par Michel-Ange et peintre officielle de la reine Élisabeth de France, épouse du roi d’Espagne Philippe II ;
  • Rosalba Carriera (1675-1757), extraordinaire pastelliste et portraitiste ;
  • Catherine Duchemin, première femme artiste acceptée à l’Académie Française de Peinture et Sculpture ;
  • Marie-Guillemine Benoist (1768-1826), élève d’Élisabeth Vigée-Lebrun et de Jacques-Louis David, peintre féministe avant l’heure et abolitionniste ;
  • Marie Laurencin (1883-1956), peintre amie de Picasso, compagne et muse d’Apollinaire ;
  • Eva Gonzalès (1849-1883), peintre, modèle et élève remarquable d’Édouard Manet ;
  • Suzanne Valadon (1865-1938), peintre autodidacte fauve, muse et amante de Toulouse-Lautrec et mère du peintre Maurice Utrillo ;
  • Marcello, alias Adèle d’Affry, Duchesse de Castiglione Colonna, rare femme sculptrice aristocrate et remarquée par Charles Garnier, architecte de l’Opéra de Paris ; 
  • Gabriele Münter, élève et amante de Wassily Kandinsky et pionnière de l’art moderne en Allemagne ;
  • Lee Krasner (1908─1984), pionnière de l’expressionnisme abstrait et épouse de Jackson Pollock ;
  • Louise Bourgeois (1911-2010), artiste touche-à-tout inclassable et figure majeure de l’art du XXe siècle ;
  • les Guerillas Girls, « agitateuses sociales et culturelles »… et la liste est encore longue !

Pour finir, ajoutons que, pour Yayoi Kusama comme pour Sonia Delaunay, l’œuvre prime sur le genre. Alors finalement, le génie a-t-il un sexe ? Gageons qu’à l’avenir, nous n’aurons plus à nous préoccuper de cette question. Ni même à nous soucier d’apposer le genre féminin au mot « artiste » ou « peintre ». Nous ne disons pas un « peintre homme » ? – et que l’Histoire de l’Art ne les oubliera pas… puisque les femmes prendront part à son écriture !

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Par  Azza Frossard,

Parisienne de naissance et boulimique de culture, j’ai posé mes valises depuis 10 ans en Savoie. C’est de là que, après moult pérégrinations entre le Maghreb, l’Inde, l'Italie et la France, et riches expériences et rencontres entre festivals, lieux de patrimoine, musées, galeries, associations et collectivités où j’ai exercé, je prends ma plume pour faire ce que j’aime le plus : transmettre ! Avec pour domaines favoris – et une insatiable curiosité ! – l’art, l’histoire, la littérature jeunesse, le cinéma d’animation et les musiques du monde.

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