Moments de communion, de partage et de célébration autour d’une culture commune. Il est indispensable de rendre hommage aux festivals. Tout en rappelant la place majeure qu’ils occupent dans notre paysage culturel, politique et social à travers le globe.

A l’origine des festivals

Evénement culturel caractéristique des XXe et XXIe siècles

Il tire ses origines dans l’Angleterre du XVIIIe siècle. En France, les orphéons, chœurs réunissant parfois plusieurs milliers de chanteurs se développent, eux, à partir des années 1820. En Allemagne, c’est le Festival de Bayreuth, fondé en 1876 par Wagner, qui marque les débuts de ce mouvement. A la même période, certains modèles émergent, comme le fait d’organiser un festival dans un lieu exceptionnel. C’est le cas des Chorégies d’Orange, créées en 1869 sous le nom de Fêtes romaines. Les représentations ont lieu dans le théâtre antique de la ville.

Dans d’autres régions du monde, certaines festivités qui s’apparentent aujourd’hui à des festivals prennent racine dans des fêtes religieuses

Loy Krathong, la fête des lumières qui se déroule chaque année en novembre dans toute la Thaïlande. Chaque famille lâche un petit radeau (krathong) ou un ballon éclairé d’une lanterne. En hommage à la déesse Ganga ou au Bouddha et en guise de porte-bonheur. Ces festivités nocturnes accompagnent aujourd’hui feux d’artifice, parades et même un concours de beauté. Elles seraient nées au XIIIe siècle.

De même, Holi, ou « Fête des couleurs », est une célébration datant de l’antiquité indienne, dédiée aux divinités Krishna et Kâma. Les participants se jettent de la poudre colorée les uns sur les autres à cette occasion. Une pratique largement reprise à l’occasion de festivals ou de courses urbaines en Europe et aux Etats-Unis. Pour son côté festif bien sûr, mais qui la coupe totalement de sa signification sociale et religieuse.

Fête de Holi en Inde
Fête de Holi en Inde

Enjeux politiques des festivals

« Du pain et des jeux », disait-on à Rome. Bien des monarques ont repris ce principe pour s’attirer les faveurs de la population. C’est notamment le cas de Louis Ie de Bavière. A l’occasion de son mariage en 1810, il organisa de grandes festivités qui devinrent le fameux Oktoberfest. Cette célèbre « fête de la bière » de Munich. Ainsi, durant plus de deux semaines se déroule la plus grande fête foraine au monde. Avec son défilé en costumes traditionnels, ses millions de visiteurs et ses milliers de litres de bière.

L'Oktoberfest à Munich
L’Oktoberfest à Munich

Les festivals sont aussi des actes de contestation, sous couvert de fête

El Día de Muertos au Mexique se déroule le jour de la Commémoration des fidèles défunts dans la tradition chrétienne. Une fête religieuse, donc ? Oui, mais si sa manifestation mexicaine est inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco, c’est pour sa spécificité. Les milliers d’autels installés sur les tombes des défunts, les offrandes, les calaveras d’origine aztèque… Les bougies qui tracent un chemin pour les âmes des morts. Le rituel du souvenir. Toute cette tradition séculaire est antérieure à la christianisation par la force de la région. Cette fête permet de faire revivre des traditions longtemps interdites.

Certains festivals ont été créés ouvertement pour des raisons politiques

Le Festival de Cannes est l’événement culturel le plus médiatisé au monde. On en retient surtout le palmarès prestigieux et la célèbre montée des marches. On l’oublie souvent mais sa création en 1939 est en réaction au fascisme. En effet, la Mostra de Venise de 1938 couronne Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl. Ce film de propagande nazie remporte son prix sous la pression de Hitler. Avec l’impulsion du critique d’art Philippe Erlanger, le gouvernement français se mobilise pour proposer une alternative libre. La première édition du festival doit avoir lieu le 1e septembre 1939. Mais l’entrée en guerre met une halte au projet. Le festival verra enfin son inauguration en 1946.

Quelques décennies plus tard, les pays africains récemment décolonisés voient dans les festivals un moyen d’affirmer leur indépendance et leur identité

En 1966, le Festival des Arts nègres de Dakar constitue un événement sans précédent. Léopold Sédar Senghor, président du Sénégal, clame la revendication alors inouïe de ce festival pluridisciplinaire : « affirmer la contribution des artistes et écrivains noirs aux grands courants universels de pensée ».

En 1969, le Panaf, Festival panafricain d’Alger va plus loin en revendiquant l’indépendance africaine et son union politique. Plus révolutionnaire dans son approche, il invite les Black Panthers et les militants de la libération des régions d’Afrique encore colonisées.

Le Festac ’77 organisé à Lagos, au Nigeria, présente lui aussi au monde les arts et les cultures africaines, réunissant 200 000 visiteurs. Ces festivals emblématiques sont à l’origine d’un mouvement de revendication et de reconnaissance de la place des créateurs du continent africain dans la culture mondiale, qui n’a pas fini de s’exprimer.

Les festivals, outils de reconstruction ?

Les lendemains de la Seconde Guerre mondiale ont vu une effervescence artistique et culturelle. Au-delà des revendications politiques, chaque festival a été une occasion de construire de nouveaux liens, à l’échelle locale comme internationale.

Né en 1947, le Festival d’Avignon est un lieu de création théâtrale et de dialogue entre patrimoine et arts vivants. Il est complété dès 1966 par le OFF, expression spontanée de manifestations culturelles qui envahissent bientôt toute la ville, faisant chaque été d’Avignon une ville-théâtre réunissant des centaines de milliers de spectateurs.

En 1950, au Nord du Japon, un petit concours local de sculpture sur neige initié par des étudiants devient en quelques années un événement de grande ampleur. Avec les Jeux Olympiques d’hiver de 1972, le Festival de la neige de Sapporo devient concours international. Pendant une semaine, plus de deux millions de visiteurs viennent admirer les 250 sculptures monumentales de neige et de glace qui surgissent dans la ville.

Fête de la neige de Sapporo
Fête de la neige de Sapporo

Dans les années 1950 aussi, la ville de Newport, sur la côte Est des Etats-Unis, voit sa tranquillité troublée par l’irruption de deux festivals, l’un de jazz, à partir de 1954, connu pour ses enregistrements mythiques, et l’autre de folk, à partir de 1959, qui a notamment permis de révéler Joan Baez au public.

Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) fut ainsi créé en 1969 pour faire connaître la création audiovisuelle africaine, dans un contexte de très faible diffusion locale et d’absence d’infrastructures cinématographiques. Il reste aujourd’hui l’un des festivals majeurs du continent.

L’engouement international pour les festivals 

Depuis cette période, l’engouement international pour les festivals ne s’est pas démenti, avec des éditions légendaires. S’il ne fallait en citer qu’une, ce serait certainement Woodstock, en 1969 ! Triomphe de la culture hippie, aura sulfureuse de sexe et de drogue, prestation mémorable de Jimmy Hendrix… Tout concourt à faire de cet événement un mythe, malgré la pluie, l’organisation insuffisante et des concerts parfois moyens. Dans cette veine, de nombreux festivals sont aujourd’hui très prisés, pour la qualité des têtes d’affiche, mais aussi pour l’ambiance unique qu’ils proposent, les dimensions exceptionnelles des lieux ou encore l’idée que c’est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie.

C’est le cas de Coachella, en Californie, de Tomorrowland en Belgique ou encore du Festival de l’Ile de Wight en Grande-Bretagne, dont l’édition de 1970, réunissant 600 000 spectateurs, est restée mythique.

Si le nombre de festivals explose partout dans le monde, les nouvelles disciplines sont aussi de plus en plus représentées. En effet, les festivals participent activement de la légitimation de pratiques artistiques considérées comme mineures. On compte par exemple le Festival international du film d’animation d’Annecy (1960), le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (1974) – auquel nous avions consacré un article – ou encore le Festival Juste pour Rire de Montréal (1983), qui fait honneur aux humoristes.

Le développement durable, enjeu majeur pour les festivals aujourd’hui

Festival des Vieilles Charrues
Festival des Vieilles Charrues

Ce qui fait la particularité des festivals, la raison première de notre envie d’y participer, c’est la réunion d’un public nombreux en un lieu et à un moment précis, pour profiter ensemble de la présence d’artistes prestigieux réunis de façon exceptionnelle. Cependant, cette concentration de personnes a des conséquences importantes pour la planète : coût énergétique des installations, bilan carbone des déplacements de chacun, déchets, destruction de la biodiversité locale, nuisances sonores, etc.

Or, nous sommes dans une ère où le développement durable a fait l’objet d’une véritable prise de conscience de la société, et ces pratiques ne peuvent plus durer. Les organisateurs de festivals s’en sont bien rendus compte et œuvrent de plus en plus à limiter l’impact de leurs événements sur la planète. En France, les Vieilles Charrues, fortes de leur ancrage associatif local, ont fait de la responsabilité un axe fort de leur fonctionnement, et ils sont nombreux à suivre la même voie.

Sculpture Exsuscitare Traiectus d'Orion Fredericks au festival Burning Man
Sculpture Exsuscitare Traiectus d’Orion Fredericks au festival Burning Man

Aux Etats-Unis, dans le désert du Nevada, Burning man va plus loin en se fondant depuis trente ans sur dix principes d’inclusion, de don, de liberté d’expression et de responsabilité civique et environnementale. Si de nombreuses critiques peuvent lui être faites, voilà un festival qui, plutôt qu’un événement, se veut une communauté. Une démarche qui vaut d’être étudiée, non ?

L’info pratique :

Avec plus de 130 festivals par an, la ville qui héberge le plus de festivals au monde est… la Nouvelle-Orléans ! Musique, gastronomie, danse, film, littérature, cultures du monde : il y en a pour tous les goûts et pour toutes les saisons. Pour le programme, c’est par ici !

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Par  Laure Armand d’Herouville,

Après avoir vécu son enfance à travers le monde et mené à bien des études d’Histoire et de gestion de projets culturels, Laure Armand d’Hérouville exerce depuis 10 ans dans cet univers créatif et exaltant. Elle est désormais consultante indépendante, en particulier dans le domaine des musées et du patrimoine.

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