Personnage populaire de la télévision des années 60, le petit poussin noir a fait à la fois l’admiration et l’agacement de plusieurs générations. Calimero, allégorie de la justice ou insupportable geignard invétéré ?

En bonne native des années 80 et nostalgique de ces douces et folles années où la culture s’en est donné à cœur joie, je me suis attachée à une figure particulière, populaire entre toutes : Calimero !

Si cette mignonne frimousse sombre chapeautée de sa coquille blanche ébréchée est aussi connue, ce n’est pas que pour ses jolis yeux bleus mais aussi et surtout grâce – ou à cause ? – de la fameuse réplique que nous lui connaissons tous : « c’est trop injuste ! »

Mais au fait, le sort s’acharne-t-il vraiment sur notre plaintif mais adorable zozoteur ? Pourquoi est-ce « si inzuste » ?

Je me suis plusieurs fois posée la question (et je parie que vous aussi) mais, ne trouvant pas de réponse qui me convienne, je me suis dit qu’il était plus judicieux d’aller directement me renseigner auprès de l’auteur même de la célèbre interjection. 

Calimero : C'est trop injuste !
Calimero : C’est trop injuste !

Bonjour Calimero !

Bonzour !

Comment vas-tu aujourd’hui ?

Ze vais bien, merci. Et vous ?

Pour apprendre à mieux te connaître et te comprendre, j’aimerais en savoir un peu plus sur toi si tu le veux bien. D’où viens-tu exactement ?

Ze suis né en Italie, dans la province de Padoue. Ze sais pas où ça se situe exactement parce que ze suis pas très fort en zéographie, mais ze sait qu’il y fait saud et qu’on manze très bien là-bas !

Ma maman s’appelle Cesira et mon papa Gallettoni.

Calimero brave
Calimero brave

Tu es un poussin, non ? Pourquoi donc es-tu noir ?

En fait, au départ (ça remonte au début des années 60), z’étais l’acteur principal d’une publicité italienne pour une marque de lessive. Mes créateurs, Nino et Toni Pagot, m’ont soisi car z’étais mignon et ils pensaient qu’un petit poussin séduirait facilement le public (sourire enjoleur). Z’étais le héros de ce spot très court (1 minute 30 ze crois) mais pas très drôle pour moi en fait : ze tombais de mon nid directement dans une flaque de boue et du coup, ze devenais tout sale. Et grâce à cette lessive, z’étais nettoyé ! Mais dans les épisodes de la série qui est sortie plus tard, dans les années 70, z’ai gardé ma couleur noire. Ca me rendait différent, alors ça plaisait plus au public…

Penses-tu que cette couleur particulière a joué un rôle dans ta carrière ?

Oui, ze dirais que la couleur noire fait partie intégrante de mon histoire et m’a même finalement porté sance : grâce à elle, ze suis devenu une star ! (rires)

Calimero mécontent
Calimero mécontent

Et ton nom, d’où vient-il ?

Quand Marco Pagot, le fils du réalisateur, m’a serssé un prénom, il a pensé à un lieu marquant pour lui : l’église où ses parents se sont mariés, à Milan, la basilique San Calimero ! Z’aime bien cette symbolique… (sourire). Et en plus, en italien, noir se dit nero et ça rime avec mon nom ! Pas mal, non ?  

Tu es devenu célèbre grâce à ta teinte, particulière pour un poussin, mais aussi par tes mésaventures. Alors, es-tu si malchanceux ? Pourquoi « est-ce si injuste » ?

La première fois que z’ai crié cette phrase, c’est quand ze suis tombé dans la boue, dans ma première aventure à la télé ! Et ensuite, dans la série, les ennuis se sont ensaînés pour moi. A saque épisode, il m’arrivait quelque sose… (soupirs) Et ze crois qu’avec ça, on m’a vite identifié et les enfants me reconnaissaient facilement après. Alors cette réplique, c’est devenu ma signature en quelque sorte. Et puis, il m’en est arrivé beaucoup des mésaventures, alors c’est un peu normal de se plaindre souvent ! Et ze dirais même que, finalement, ça fait du bien ! Vous devez le comprendre en France, c’est quelque sose que vous faites souvent ! (rires) C’était aussi une façon pour moi, ze l’avoue, de faire en sorte que les enfants soient attendris par mes histoires et que leurs parents puissent ensuite les réconforter… (hihi !).

Calimero heureux
Calimero heureux

Pourtant, dans les nouveaux épisodes, tu sembles avoir évolué, mûri… Tout est-il finalement « si injuste » ?

En fait, ze ne suis pas si malsanceux, tout n’est pas si noir – que moi, haha ! –, la preuve dans les nouveaux épisodes, en effet. Maintenant, z’ai décidé d’avoir une autre posture : ze ne subit plus l’inzustice, ze lutte contre elle ! Alors même si ze m’esclame encore que « c’est trop inzuste » dans la nouvelle série, c’est plutôt une manière pour moi d’introduire une de mes nouvelles aventures, pour mieux mettre en avant les situations que ze trouvent anormales parce qu’elles sont inzustes, et pour les combattre, à ma façon bien sûr ! (sourire fier) Ze ne me focalise plus sur ma petite personne comme avant mais z’essaie de voir comment ze peut faire évoluer les sozes à mon échelle. Et ça, c’est très satisfaisant ze trouve !

Calimero et ses amis
Calimero et ses amis

Alors, peut-être bientôt plus de complainte accompagnée de ta phrase fétiche ?

Ah non, ze crois que ze la dirais touzours, elle fait partie de ma personnalité ! Mais z’ai appris à ne plus me plaindre. Et auzourd’hui ze la dit sur un autre ton. Peut-être que c’est la maturité… (rires)

En fait, c’est surtout que ze commençais à en avoir assez de ce rôle de « pleurnissard » que z’avais et de cette imaze assez négative que ze pouvais renvoyer. Et puis, les enfants qui m’ont connu petits ont grandi, sont devenus des adultes, ont eu à leur tour des enfants qui avaient des envies et des attentes différentes. Le producteur de ma série avait même commandé une étude sur la vision qu’avaient les téléspectateurs de mon personnaze. Et il se trouve qu’elle était zustement plutôt négative à cause de cette « victimisation » qui m’était associée, malgré mon côté attassant quand même (sourire). Certains disaient même que z’était dépressif… Hé, z’ai donné mon nom à un syndrome, c’est pas rien ! (rires) L’équipe de production a donc voulu sanzé cette figure d’« anti-héros » que ze représentait pour faire de moi, au contraire, un personnaze positif, courazeux et engazé, bref un vrai héros cette fois ! Et z’en suis plutôt fier ! Fini l’imaze de vilain petit canard : c’est un nouveau moi qui est là ! Auzourd’hui, on m’appelle même « le poussin au grand cœur » ! (rires)  

Calimero et Priscilla
Calimero et Priscilla

Et vous, alors trouvez-vous toujours que « c’est trop inzuste » ? 

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Par Azza Frossard,

Parisienne de naissance et boulimique de culture, j’ai posé mes valises depuis 10 ans en Savoie. C’est de là que, après moult pérégrinations entre le Maghreb, l’Inde, l'Italie et la France, et riches expériences et rencontres entre festivals, lieux de patrimoine, musées, galeries, associations et collectivités où j’ai exercé, je prends ma plume pour faire ce que j’aime le plus : transmettre ! Avec pour domaines favoris – et une insatiable curiosité ! – l’art, l’histoire, la littérature jeunesse, le cinéma d’animation et les musiques du monde.

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