Tribunal religieux créé au Moyen-Âge, l’Inquisition rime encore, dans l’imaginaire collectif, avec torture, fanatisme et bûcher. Essayons de tordre le cou à certaines idées reçues qui ont la peau dures !

Le 20 avril 1233, le pape Grégoire IX établit l’Inquisition en France. Ce tribunal ecclésiastique est chargé de lutter contre les hérésies, c’est-à-dire toutes pensées ou opinions contraires à une religion (ici, la religion chrétienne). Du latin inquisitio signifiant enquête ou recherche, l’inquisition est une véritable chasse aux hérétiques. De son fonctionnement à son évolution, retour sur cette institution religieuse qui fait partie de la « légende noire » du Moyen-Âge.

Joaquin Pinto, L’Inquisition (1842 – 1906)
Joaquin Pinto, L’Inquisition (1842 – 1906)

L’Inquisition, c’est quoi ?

Dans une société médiévale où la vie est en grande partie régie par l’Église, celle-ci doit imposer son autorité. Afin de garantir son unité et réprimander toutes formes d’hérésies, elle créé l’Inquisition. Si cette lutte débute avant le pape Grégoire IX, ce dernier la structure et l’organise. Dorénavant, ce sont les inquisiteurs (le plus souvent des frères de l’ordre des dominicains) qui sont chargés d’enquêter sur les hérétiques.

Au nom du pape, ils parcourent l’Europe à la recherche de personnes « déviantes » ou qui se seraient écartés de la foi catholique : sorcières, homosexuels, personnes adultères, etc. Ce n’est pas une justice arbitraire, chaque preuve d’hérésie ou témoignage étant vérifiés par le tribunal de l’Inquisition. Les peines encourues vont de la simple pénitence à la condamnation à mort par le feu. Toutefois, cette dernière demeure assez rare selon les dernières recherches historiques.

Jean-Paul Laurens, L’agitateur du Languedoc, 1887, huile sur toile, 115.5 x 145 cm, Musée des Augustins, Toulouse
Jean-Paul Laurens, L’agitateur du Languedoc, 1887, huile sur toile, 115.5 x 145 cm, Musée des Augustins, Toulouse

L’Inquisition au cours du temps

Le combat contre les hérésies ne débute pas avec l’Inquisition. Avant cela, la chasse aux hérétiques était confiée aux évêques qui collaboraient avec les États et les seigneurs locaux. L’Inquisition vient encadrer cette pratique. À partir du XIIIe siècle, les inquisiteurs enquêtent un peu partout en Europe. Ils se concentrent notamment dans le sud de la France où les Cathares se trouvent en nombre. En 1252, le pape autorise la pratique de la torture. Celle-ci n’est finalement que peu utilisée car peu efficace, même si certains inquisiteurs ne vont pas hésiter à en abuser.

L’Inquisition culmine entre le XIIIe siècle et le milieu du XIVe siècle. Elle participe notamment au célèbre procès des templiers, mais son activité décline la fin du XVe siècle. En 1542 est créée l’Inquisition romaine afin de lutter contre le protestantisme. Elle existe encore aujourd’hui sous le nom de Congrégation pour la doctrine de la foi.

Jean-Paul Laurens, L’interrogatoire, 1881, huile sur toile, 27 x 41 cm, Musée  d’Orsay, Paris
Jean-Paul Laurens, L’interrogatoire, 1881, huile sur toile, 27 x 41 cm, Musée  d’Orsay, Paris

L’Inquisition espagnole

Peut-être la plus célèbre d’entre toutes, l’Inquisition espagnole débute en 1478. Les rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon sont autorisés par le pape à la mettre en place. Leur but est d’imposer l’unité religieuse afin de construire une identité nationale. Pour cela, ils nomment des grands inquisiteurs. Ceux-ci sont chargés de traquer les marranes et les morisques, ces juifs et musulmans nouvellement convertis au christianisme. Ils sont en effet suspectés de retomber dans leur ancienne religion.

Le plus célèbre des grands inquisiteurs espagnol est Tomas de Torquemada. Sous son autorité, 2 000 personnes auraient été envoyé au bûcher (autodafé). Si ce personnage est un symbole de la cruauté de l’Inquisition, il ne faut pas oublier qu’il agit au nom de l’État. Il faut attendre la première moitié du XIXe siècle pour que l’Inquisition espagnole prenne fin.

Jean-Paul Laurens, Le pape et l’inquisiteur, 1882 (le pape Sixte IV à côté du grand inquisiteur Torquemada), huile sur toile, 113 x 134 cm, musée des Beaux-Arts, Bordeaux
Jean-Paul Laurens, Le pape et l’inquisiteur, 1882 (le pape Sixte IV à côté du grand inquisiteur Torquemada), huile sur toile, 113 x 134 cm, musée des Beaux-Arts, Bordeaux

L’Inquisition est, encore aujourd’hui, souvent associée au bûcher et à la torture

Si certains inquisiteurs en abusent, ces techniques sont pourtant moins utilisées que par les juges « laïcs » rendant la justice civile. Cette image nous vient en partie du discours anticlérical du siècle des Lumières, repris par les romanciers du XIXe siècle (Victor Hugo et son drame Torquemada).

Envie de frémir à l’idée d’être interrogé par les inquisiteurs ? Plongez dans les pages du célèbre roman Le Nom de la Rose d’Umberto Eco ou de la trilogie Malefica d’Hervé Gagnon ! Attention toutefois aux stéréotypes…

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Par Pierre-Luc Fourny,

Originaire d’une petite bourgade de Loire-Atlantique, je suis diplômé d’un master en valorisation du patrimoine culturel. Amoureux de football et d’Histoire (qui a dit que les deux ne vont pas ensemble ?), j’aime transmettre cette passion aux personnes qui m’entourent. Travaillant aujourd’hui dans la médiation culturelle, je suis prêt à vous faire voyager à travers le temps !

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